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    Pas d'accord avec l'Inde sur le nucléaire

    Mais Stephen Harper garde espoir: «Nous ne vivons plus dans les années 1970, nous sommes en 2009»

    18 novembre 2009 |Guy Taillefer | Canada
    Stephen Harper a notamment rencontré la présidente indienne, Pratibha Patil, au cours de sa visite à New Delhi, hier. Le premier ministre canadien terminera aujourd’hui sa visite en Inde sans être parvenu à conclure une entente de collaboration nucléaire.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Prakash Singh Stephen Harper a notamment rencontré la présidente indienne, Pratibha Patil, au cours de sa visite à New Delhi, hier. Le premier ministre canadien terminera aujourd’hui sa visite en Inde sans être parvenu à conclure une entente de collaboration nucléaire.
    • Pas d'entente de collaboration nucléaire entre les deux pays
    • «Nous continuons de négocier», a déclaré Stephen Harper
    • Le premier ministre canadien n'en veut pas à l'Inde d'avoir détourné la technologie canadienne il y a 35 ans
    • Modestes avancées dans les discussions sur un éventuel traité de libre-échange entre les deux pays
    New Delhi — Récolte incomplète pour le premier ministre Stephen Harper en Inde, lui qui souhaite que sa visite officielle sorte de leur longue hibernation les relations entre les deux pays. Une importante entente de collaboration nucléaire, dont a bien besoin le Canada pour soutenir son industrie, aurait pu constituer le point d'orgue de son séjour hier, mais elle ne s'est pas concrétisée.

    Qu'à cela ne tienne, «nous continuons de négocier», avait déclaré la veille à Mumbai M. Harper, devant des gens d'affaires, «et nous parviendrons à une entente bientôt». L'entente est pourtant sur la planche à dessin depuis janvier dernier. «Le nucléaire est un pilier émergent de notre relation», a réitéré M. Harper hier à New Delhi, en conférence de presse conjointe avec son homologue indien Manmohan Singh, alors même que les journaux indiens révélaient à la une la mise en état d'alerte des installations nucléaires indiennes pour cause de menace terroriste.

    Dans la même veine, M. Harper ne s'est pas gêné pour balayer du revers de la main l'objection selon laquelle l'Inde ne mérite toujours pas la confiance du Canada, pour l'avoir trahie il y a 35 ans, en ce qui a trait à l'utilisation responsable de la technologie nucléaire civile. Ottawa a brutalement suspendu sa coopération nucléaire en 1974, après que l'Inde eut utilisé la technologie civile canadienne pour fabriquer sa première bombe atomique. Ce détournement militaire a durablement refroidi les relations entre les deux pays. «Nous ne vivons plus dans les années 1970, nous sommes en 2009. L'Inde est un pays stable et important pour le Canada», a tranché hier M. Harper. M. Singh a enfoncé le clou: «Le fait que nous ayons conclu au cours des dernières années des ententes de coopération nucléaire civile avec les États-Unis, la France et l'Union européenne est bien la preuve que ces réticences n'ont pas raison d'être.»

    Reste que le relèvement du niveau de sécurité sur les sites des réacteurs indiens est venu mettre en lumière la vulnérabilité de la région au terrorisme — d'autant qu'en l'occurrence, il y a connexion canadienne. La presse indienne affirmait hier que les services de renseignement indiens et américains soupçonnaient un citoyen canadien d'origine pakistanaise, Tahawwur Rana, et un complice d'être impliqués dans la commission des attentats commis à Mumbai le 26 novembre 2008, faisant plus de 190 morts. Des informations additionnelles veulent que les deux hommes, détenus à Chicago depuis un mois, aient visité des régions indiennes où se trouvent spécifiquement des réacteurs nucléaires — d'où la décision de décréter l'état d'alerte. Rana, un consultant en immigration, aurait utilisé son passeport canadien pour obtenir un visa indien à entrée multiple et se rendre à Mumbai peu avant les attentats. MM. Harper et Singh ont reconnu avoir discuté de l'affaire pendant leur rencontre hier.


    Libre-échange

    Faute d'avoir conclu un accord sur le nucléaire, M. Harper a signé hier en compagnie du premier ministre Singh deux ententes plus secondaires. La première annonce de modestes avancées dans les discussions sur un très éventuel traité de libre-échange entre les deux pays. Il s'agit d'un «protocole d'entente sur la formation d'un groupe d'étude conjoint qui aura pour mandat d'établir les paramètres d'un partenariat économique global». La seconde est un protocole d'entente sur le plan énergétique destiné à accroître la coopération bilatérale en matière d'énergie propre et renouvelable, d'efficacité énergétique, d'exploration pétrolière et gazière... Il y est question de tout, en fait, sauf de collaboration nucléaire.

    Venu s'abreuver au boom économique indien, M. Harper a passé la plus grande partie de la journée derrière des portes closes, en tables rondes et en tête-à-tête, rencontrant notamment la chef du parti du Congrès, Sonia Gandhi, dont l'aura en fait à l'heure actuelle l'un des principaux acteurs de la politique indienne — pendant que les journalistes qui l'accompagnaient étaient pour l'essentiel invités à jouer les touristes dans Delhi.

    La mission de M. Harper en Inde en est une de reconstruction des relations canado-indiennes, après des années de stagnation et de laisser-aller. Sa visite de trois jours, la plus longue qu'il ait effectuée à ce jour en pays étranger (et qu'il termine aujourd'hui à Amritsar, en pays sikh, avant de rentrer ce soir à Ottawa), fait suite aux 11 visites ministérielles qui y ont été faites depuis près de trois ans, dont cinq dans la seule année 2009. En outre, Ottawa a ouvert cette année de nouveaux bureaux commerciaux à Hyderabad, à Calcutta et à Ahmedabad, portant à huit le nombre de ses bureaux diplomatiques et commerciaux en Inde.

    Le commerce bilatéral entre les deux pays demeure pour le moins anémique, bien qu'il soit en augmentation. Il a atteint le niveau record de 4,62 milliards en 2008; il était de 3,8 milliards l'année précédente.

    Mission de reconstruction, sinon de survie. Avec la Chine qu'il ira visiter en décembre, l'Inde est le gros marché de la technologie nucléaire. Le Canada, qui a tardé à entrer dans le jeu, peut difficilement regarder passer le train. L'avenir de l'industrie canadienne passe en bonne partie par la conclusion d'ententes de coopération nucléaire avec ces deux pays.

    Besoins énergétiques

    Le fait est que la faiblesse de ses infrastructures énergétiques risque de saboter la croissance économique de l'Inde. On s'attend à ce que ses besoins en énergie soient multipliés par cinq au cours des 25 prochaines années, alors qu'à l'heure actuelle l'offre a beaucoup de mal à répondre à la demande. Les 17 réacteurs nucléaires indiens fournissent à peine 3 % de l'électricité du pays. L'État indien espère presque tripler cette proportion au cours des dix prochaines années en construisant de 25 à 30 nouveaux réacteurs.

    Par extension, l'intérêt canadien est également minier. Les centrales thermiques alimentées au charbon et au gaz comblent près de 65 % des besoins en électricité du pays. Aussi évalue-t-on à des dizaines de milliards de dollars les sommes qui seront requises dans les dix à vingt prochaines années pour développer l'industrie du charbon. Un guide conçu à l'intention des exportateurs canadiens par l'organisme fédéral Exportation et Développement Canada (EDC) parle au demeurant d'«occasions substantielles» d'affaires en ce qui a trait à l'exploitation du minerai de fer, de la bauxite et de la potasse.

    Reste que la frénésie capitaliste dont est saisie l'Inde soulève des objections considérables de la part des mouvements sociaux et environnementaux du pays, ce dont ne parlent pas les pages économiques des journaux. L'un de leurs porte-parole les plus en vue est l'écrivaine Arundhati Roy, qui dénonçait récemment dans un long essai publié dans la revue Outlook le fait que le «progrès» annoncé allait coûter leurs terres et leur mode de vie à des dizaines de millions d'Indiens pauvres, sans garantie de plus grande justice sociale en ce qui a trait à l'accès aux soins de santé, à l'éducation et au logement. Or une grande proportion des richesses minières du pays sont dans l'est et le centre du pays, qui est en proie à un important mouvement de résistance paysanne et tribale. L'un des principaux acteurs de cette résistance est une guérilla maoïste radicale, les Naxalites, une épine au pied du gouvernement indien qui, pour l'essentiel, a décidé de lui opposer une solution militaire.












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