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    La propagande conservatrice se nourrit de fonds publics

    Les bulletins aux électeurs ont coûté 6,3 millions en 2008-2009

    16 novembre 2009 |Hélène Buzzetti | Canada
    Ottawa — Les députés du Parti conservateur ont puisé à deux mains dans la caisse de la Chambre des communes pour financer leurs envois publicitaires répétés dans leurs circonscriptions. Ils ont drainé 6,3 millions de dollars des coffres du Parlement pour faire pleuvoir leur littérature, souvent partisane, sur leurs commettants et ceux de leurs adversaires.

    Ces informations risquent de faire sourciller alors que les troupes de Stephen Harper sont déjà malmenées à cause de la répartition — jugée inéquitable par l'opposition — des fonds de relance économique et à cause aussi de l'obligation faite par Ottawa de vanter ces fonds en installant des milliers de pancartes, pour une facture de 5 à 45 millions de dollars.

    Le Devoir a épluché au cours des derniers jours les dépenses de chaque député pour l'exercice 2008-09 telles que soumises par la Chambre des communes. Ce document indique notamment les frais d'impression encourus par chacun pour envoyer des bulletins d'information à ses électeurs. Conclusion: les conservateurs ont réclamé des sommes astronomiques à la Chambre des communes à cette fin, confirmant les pires soupçons de l'opposition.

    Alors que les députés de l'opposition ont en moyenne réclamé 17 977 $ chacun en frais d'impression, les députés conservateurs ont réclamé plus que le double: 38 337 $ en moyenne chacun. À eux seuls, donc, les 164 députés conservateurs ont imposé à la Chambre des communes un fardeau de 6,3 millions de dollars à ce chapitre. Celui des 210 députés de l'opposition s'élève à 3,8 millions. (Notons que l'élection de 2008 a provoqué un roulement de députés portant leur total à au-delà de 308.)

    La tête du palmarès

    Autre façon de constater la gourmandise conservatrice: 58 députés ont réclamé des remboursements de 50 000 $ et plus pour des frais d'impression. De ce nombre... 54 sont conservateurs! Les champions toute catégorie en la matière sont: Rick Norlock (87 749 $), la secrétaire d'État Helena Guergis (86 808 $), Laurie Hawn (85 989 $), le ministre Vic Toews (85 940 $), Peter Goldring (85 234 $), le ministre Peter Van Loan (83 531 $), Russ Hiebert (81 888 $), Barry Devolin (80 470 $), Patrick Brown (79 195 $) et la néo-démocrate Olivia Chow (78 605 $).

    Le conservateur Daniel Petit (Charlesbourg) s'en tire très bien lui aussi, avec une facture annuelle de 72 937 $. Ses collègues du caucus québécois ont eux aussi été friands de ces envois, Steven Blaney engendrant des coûts de plus de 58 000 $ et le ministre Jean-Pierre Blackburn, 54 000 $.

    On remarque aussi que Rahim Jaffer, le seul conservateur à avoir été battu en Alberta, a quand même eu le temps pendant son règne de cinq mois et demi de dépenser plus de 51 000 $. Son successeur, la néo-démocrate Linda Duncan, a dépensé seulement 13 000 $ pour l'autre moitié de l'année.

    Coup de pouce électoral?

    Les députés ont le droit d'envoyer quatre fois par année un bulletin d'information à leurs commettants. Mais les «10 %», eux, ne sont pas limités. Il s'agit de communications que peuvent envoyer les députés n'importe où au pays, aussi souvent qu'ils le désirent, pour peu que chaque version du dépliant soit différente et ne soit pas imprimée en plus de 4000 ou 5000 exemplaires (plus exactement 10 % du nombre de foyers dans sa circonscription, d'où le nom). Les députés d'un même parti peuvent aussi se regrouper pour envoyer un «10 %» collectif une fois par mois.

    Ce sont ces deux formules que les conservateurs ont abondamment utilisées pour faire pleuvoir leur littérature partisane sur le pays, particulièrement dans les circonscriptions non représentées par le Parti conservateur. Le tout aux frais des contribuables puisque c'est la Chambre des communes qui paye les frais d'impression et d'envoi, en cause ici.

    En 2008, les partis d'opposition s'étaient insurgés contre les envois massifs et systématiques faits par le Parti conservateur. En septembre par exemple, à quelques jours du déclenchement des élections par Stephen Harper, le ministre John Baird avait commandé l'envoi de 60 000 dépliants ridiculisant le Tournant vert de Stéphane Dion. Cet envoi hautement partisan avait amené son adversaire libéral à déposer une plainte. Dans plusieurs autres cas, les dépliants arboraient de faux bulletins de vote invitant le citoyen à cocher le chef offrant la meilleure stratégie de lutte contre le crime.

    «Beaucoup de gens n'aiment pas cela», confirme la porte-parole de la Chambre des communes, Colette Déry. «Les députés, mais aussi les commettants qui reçoivent des envois de députés d'une autre circonscription, qui n'en sont pas ravis et nous le font savoir.» Les plaintes n'ont pas encore été traitées, et d'ici à ce que le bureau de régie interne de la Chambre tranche la question, les règles resteront inchangées.

    Les partis d'opposition n'avaient aucun moyen en 2008 de mesurer l'ampleur du phénomène de courrier-rebut politique. Les chiffres rendus publics récemment par la Chambre permettent maintenant de le faire et de confirmer leurs soupçons. Le règlement de la Chambre des communes interdit seulement aux députés d'utiliser leurs envois pour inviter les électeurs à les réélire.

    Rappelons que le Parti conservateur est toujours l'objet d'une enquête du commissaire aux élections d'Élections Canada pour ses tactiques publicitaires lors de la précédente campagne électorale, celle de 2005-06. La formation de Stephen Harper est accusée d'avoir échafaudé un stratagème lui ayant permis de dépasser les limites des dépenses permises en matière de publicité.












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