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PLC: la fin de la pensée magique?

Chantal Hébert   2 novembre 2009  Canada
L'arrivée d'un nouveau chef de cabinet à la tête du bureau de Michael Ignatieff ne remontera pas d'emblée la cote du Parti libéral du Canada dans les sondages. Peter Donolo est aussi inconnu de la vaste majorité des électeurs qu'il est célèbre dans les milieux politiques. Mais son retour, très remarqué, sur la colline parlementaire fédérale devrait au moins assurer que les libéraux consacreront le temps qui les sépare de la prochaine campagne électorale à autre chose qu'à conspirer encore contre un autre chef.

Dans les coulisses du PLC, la machine à aiguiser les couteaux s'est tue, tout au moins pour un temps. En voyant une étoile du parti accepter de piloter la barque de Michael Ignatieff, plusieurs libéraux se sont dit que le naufrage que laissent entrevoir les sondages n'était peut-être pas encore inévitable.

Peter Donolo a fait partie de la dernière équipe libérale à réussir à franchir le pas de l'opposition au pouvoir. Il est issu de la mouvance de Jean Chrétien pour lequel il a été directeur des communications jusqu'en 1999. Le fait que de récents et futurs prétendants au trône comme Bob Rae, Dominic Leblanc et Martin Cauchon se revendiquent tous de la même mouvance accrédite l'hypothèse d'un cessez-le-feu sur le front du leadership.

Mais Michael Ignatieff aurait tort d'y voir un vote de confiance de l'establishment libéral à son endroit. Les sages du PLC — car il y en a — ont plutôt conclu que les risques pour le parti de provoquer une crise interne en tentant de déloger le chef sont plus grands que ceux de faire contre mauvaise fortune bon coeur en s'accommodant de son leadership.

Il y a bel et bien péril en la demeure libérale. Selon CROP, le PLC est désormais tombé sous la barre du score électoral de Stéphane Dion au Québec. D'autres sondages montrent que, depuis le début de l'automne, la ligne rouge ontarienne a commencé à s'effriter, et cela, même dans la forteresse libérale de Toronto.

**
Pour avoir la moindre chance de mener à bien une mission de sauvetage, Peter Donolo devra au préalable empêcher le PLC, son chef et son caucus de faire une rechute de pensée magique. La formule qui avait mené Jean Chrétien au pouvoir lors de la première incarnation fédérale de M. Donolo ne marchera pas cette fois-ci. Trop de ses éléments manquent à l'appel.

Pour mémoire, Jean Chrétien était devenu chef le jour où la destruction du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney et la montée fulgurante du Reform Party et du Bloc québécois avaient été programmées, avec la mort de l'Accord du lac Meech.

Le gouvernement de Stephen Harper n'est pas à la veille de fournir un tel cadeau à l'opposition officielle. Même s'il était porteur de projets aussi controversés, son statut minoritaire le protégerait contre ses plus dangereux penchants. La division du vote conservateur qui avait permis au chef libéral de l'époque de balayer l'Ontario était également un événement exceptionnel, qui ne se répétera pas, tout au moins du vivant politique de Michael Ignatieff.

Au moment où il a pris la tête du PLC, Jean Chrétien avait plus d'expérience politique que Michael Ignatieff ne peut espérer en accumuler. En particulier, Jean Chrétien avait de plus solides instincts québécois que l'ensemble de ses conseillers.

L'accueil, aussi positif en français qu'en anglais, que les médias ont fait à l'embauche de Peter Donolo témoigne de ce que les sensibilités québécoises de son ancien patron ont un peu déteint sur lui. Mais le débat Canada-Québec a bien changé depuis que M. Donolo a quitté Ottawa, et la polarisation qui avait permis à Jean Chrétien de rallier les fédéralistes québécois sous ses drapeaux s'est estompée.

Le discours libéral fédéral au Québec est aussi désuet que les manuels militaires de la guerre froide. Depuis son arrivée au leadership, Michael Ignatieff n'a pas réussi à lui substituer autre chose que quelques phrases creuses. Si le PLC veut occuper de nouveau une place de premier plan dans le paysage politique du Québec, le vide intellectuel québécois dans lequel évolue son chef devra être comblé rapidement.

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Dans tous les scénarios, le PLC a besoin d'un filon pour rattraper les conservateurs dans les sondages et de temps pour l'exploiter et pour reconfigurer l'image de son chef. Les circonstances pourraient lui aménager l'espace dont il a si désespérément besoin.

Chaque jour davantage, le dossier de la grippe H1N1 menace de tourner en fiasco de politique publique. C'est un développement qui pourrait faire plus mal au gouvernement conservateur que la récession et devant lequel il est nettement plus démuni. Pour autant, on imagine mal qu'un parti fédéral ressuscite l'idée (suicidaire) de précipiter des élections à la faveur d'une crise de santé publique. Reste à voir ce que Michael Ignatieff fera de ce sursis.

****

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
 
 
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  • Yvon Roy
    Abonnée
    lundi 2 novembre 2009 08h24
    TPS
    Ignatieff JE-ME-MOI pourrait toujours promettre d'abolir la TPS tout comme Jean Chrétien en son temps. Ou encore l'ALENA. Et peut-être bien aussi les moules zébrées de l'Hôtel-de-Ville de Montréal.

  • Yves Capuano
    Inscrit
    lundi 2 novembre 2009 22h22
    Ignatieff et le TGV...
    La journée où j'ai entendu Monsieur Ignatieff se prononcer sur le projet de TGV dans l'axe Québec-Windsor j'ai su qu'il était un très mauvais politicien et un piètre homme d'état.

    Au lieu de rallier à lui les premiers ministres du Québec et de l'Ontario autour d'un projet rassembleur de développement économique durable pour tout l'est du Canada (en plus de projeter d'autres projets de TGV aussi dans l'ouest dans le futur) ; qu'a dit Michael Ignatieff?

    Il a annoncé qu'il ferait PEUT-ÊTRE le TGV si les finances publiques le permettaient une fois qu'il serait au pouvoir!!!! Wow ! Toute une annonce! Autrement dit, au lieu de présenter le TGV comme un investissement rentable en infrastructure de l'avenir pour le Canada, au lieu de nous dire que la productivité nationale en serait augmentée et que la pollution de l'air en serait réduite, ce qui fait du TGV le plus grand projet de développement durable pour l'avenir; Monsieur Ignatieff a présenté le TGV comme une dépense comme les autres, que l'on fait si on en a les moyens! Voilà pour la compréhension du grand intellectuel et "comte" Ignatieff (comme il s'est nommé lui-même à Radio-Canada en interview) sur le développement économique canadien! Mais il y a pire. En faisant cette annonce, il a totalement oublié de consulter les premiers ministres du Québec et de l'Ontario qui travaillaient sur ce projet bien avant lui. Ainsi, en rapetissant ce projet à la seule distance Montréal-Toronto.il venait de choquer à la fois le premier minsitre du Québec pour la partie Québec-Montréal et le premier minsitre de l'Ontario pour la partie Windsor-Toronto! Au même moment, il devait subir la démission de son lieutenant québécois Denis Coderre au Québec. Pas besoin d'être Machiavel pour comprendre que Michael Ignatieff, bien que professeur d'université de calibre international, est très loin d'avoir les aptitudes requises pour devenir Premier ministre du Canada.

  • Drouin Denis
    Inscrit
    vendredi 6 novembre 2009 10h36
    TOUJOURS DEUX SOLITUDES
    Très intéressant à lire. Mais je me demande si les difficultés du PLC que vous évoquez ne tiendraient pas à la base, à la fondamentale dualité canadienne, toujours et encore les deux solitudes. C'est certain que les jeux occultes de pouvoir et les lancers de couteaux brouillent les perceptions des observateurs.

    Pour avoir l'appui du ROC il faut cacher les attentes québécoises. Et vice versa. J'ai l'impression que s'il y a pensée magique c'est de croire qu'il soit possible de parler pour tous les canadiens.

    La présence du Bloc québécois est très embêtante pour le PLC : les libéraux ne sont plus seuls à essayer de convaincre, fort maladroitement du reste, l'électorat québécois qu'ils travaillent pour eux. Les électeurs québécois se rendent bien compte de la qualité du discours politique pragmatique fédéral du Bloc. Refusant la stratégie de la chaise vide, les bloquistes occupent fort adroitement et avec compétence l'espace démocratique que leur offre l'appui électoral québécois.

    La persistance du Bloc québécois sur l'échiquier politique canadien démontre avec une puissante évidence (les faits ont la vie dure), que le Canada est une entité morcelée quant à son territoire mais surtout quant ses constituantes sociales. Le plus grand danger pour le Bloc et les souverainistes serait que les fédéralistes le reconnaissent enfin et agissent en conséquence. Mais le ROC en est-il capable ? En attendant, Business as usual.

  • Kassabian,Ani
    Abonné
    vendredi 6 novembre 2009 16h55
    PLC:La fin de la pensée magique?
    Même si Peter Donolo avait été illuminé par l'Esprit Saint,le PLC ne pourra éviter d'étre presque éjecté du Parlement aux prochaines élections.
    Il y a vraiment,mais vraiment péril en la demeure liberale avec Michaël Ignatieff.
    M.Donolo,le capitaine du bateau, fera ce qu'il pourra faire pour sauver le PLC du naufrage.Mais,absolument,il faut tenir compte que la donne politique a belle et bien changée.M.Donolo ne se retrouve plus devant un homme comme Jean Chrétien.mais bien devant un parfait étranger,qui ne connait rien,mais absolument rien de la politique tout court.
    Les sage du parti devrait plutôt voir à long terme.Les risque que le NPD prendrait leur place dans l'opposition sont plus grands que d'attendre leur déconfiture aux prochaines élections.
    De toute façon le PLC a besoin du nouveau sang,d'une nouvelle vision des problèmes,d'une façon originale de gerer notre pays,sinon nous restons dans le cul de sac de Steven Harper.

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    samedi 14 novembre 2009 16h12
    L`encerclement
    Ignatieff souffre d`un étranglement progressif avec le retour des tentacules de l`équipe Chrétien. Le temps viendra que l`on admettra l`impuissance d`Ignatieff à faire avancer le parti vers le pouvoir. Bientôt les Trudeau-fils, Garneau et autres candidats feront la preuve de leur impuissance au Québec francophone. Le nid de vipères mordra qui l`aura mordu et le parti deviendra encore plus vulnérable à la marginalité. Les joueurs en présence n`ont plus de soutien populaire dans ce pays appelé Canada.

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