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Revue de presse- L'éminence grise

Manon Cornellier   31 octobre 2009  Canada
Un changement de personnel au sein du bureau d'un chef politique est généralement perçu comme une affaire interne valant à peine une nouvelle, rarement un commentaire. L'annonce de l'arrivée de l'ancien directeur des communications de Jean Chrétien, Peter Donolo, au poste de chef de cabinet du leader libéral Michael Ignatieff a eu un tout autre effet. C'est le sujet qui a fait couler le plus d'encre cette semaine. Presque tous les chroniqueurs politiques canadiens-anglais en ont parlé, ce qui est un signe de la haute estime dans laquelle M. Donolo est tenu, mais aussi de l'ampleur des problèmes de M. Ignatieff.

La confusion qui a entouré cette annonce a été perçue comme une démonstration supplémentaire du manque d'expérience et d'organisation de son bureau. «Quand Michael Ignatieff se montre incapable de démettre son plus haut employé sans faire une gaffe embarrassante, voilà un assez bon signe qu'il était nécessaire que cette tête, et peut-être d'autres, tombe», résume Greg Weston, de SunMedia. L'arrivée de Donolo est peut-être le remède qu'il fallait pour éviter le désastre. Selon Weston, l'erreur d'Ignatieff a été de s'entourer des amis et conseillers qui l'ont fait sortir de Harvard pour l'amener au PLC, alors que les qualités requises pour prendre la direction d'un parti ne sont pas les mêmes que celles nécessaires pour diriger un parti politique et gagner une élection.

Michael Ignatieff n'est pas le premier à faire cette erreur, écrit James Travers, du Toronto Star. Mais «luttant pour se familiariser à nouveau avec un pays qu'il avait quitté, le chef libéral a sérieusement sous-estimé l'importance de s'entourer de conseillers qui avaient été là assez longtemps pour comprendre le Parlement, ses jeux d'intérêts et ses étranges complots». Selon Travers, la capitale fédérale est facile à trouver, mais difficile à saisir, et ses intrigues peuvent tuer les plus grandes ambitions. Le remplacement de Davey était devenu nécessaire, poursuit-il, car il vaut toujours mieux qu'un chef s'entoure de conseillers dont les forces compensent ses propres faiblesses. «Ignatieff a besoin de seconds capables de lui offrir un flair stratégique et une connaissance intime du parti, de ses joueurs clés et des squelettes.» Donolo répond en partie à ce besoin, «il comprend l'importance d'un message cohérent et sait voir les risques associés aux attentes exagérées. Mais plus important encore, Donolo comprend et connaît Ottawa».

Sauveur?

L'équipe éditoriale du Toronto Star pense qu'avec sa longue expérience sur les scènes fédérale et municipale torontoises, Donolo «est capable de déterminer quelques priorités clés en plus d'avoir le talent nécessaire pour aider Ignatieff à les communiquer». Le Star recommande quand même aux libéraux la prudence. «Leur optimisme semble prématuré. Les problèmes d'Ignatieff sont plus profonds que les lacunes de ses adjoints. Sa vision est imprécise, ses politiques sont nébuleuses, son image publique est au mieux ambivalente, et sa capacité de jouer le rôle de premier ministre soulève toujours des doutes.» Selon le Star, des changements plus importants restent à faire.

Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, aurait intérêt à en prendre note, elle qui ne tarit pas d'éloges à l'égard du nouveau chef de cabinet. «Magicien politique, intelligent, fin stratège et expérimenté», écrit-elle à son propos. Elle fait remarquer aussi combien l'image de Chrétien a souffert après le départ de Donolo. À son avis, le nouveau chef de cabinet «fera presque certainement une grosse différence pour le succès d'Ignatieff comme leader». Il reste cependant que ce dernier «manque clairement d'instinct politique et a perdu son aplomb de chef», surtout depuis ses menaces de défaire le gouvernement et la glissade qui a suivi dans les sondages. «Ignatieff a cruellement besoin d'un opérateur politique talentueux, habile et capable de tenir tête à la fourberie de la machine Harper. Il l'a maintenant», conclut-elle.

Le fait qu'Ignatieff ait «écarté son plus loyal supporteur» pour fait appel à un ancien de l'ère Chrétien donne un indice du «désespoir croissant» du chef libéral, écrit Don Martin, chroniqueur au National Post et au Calgary Herald. «Le changement de personnel est un signe qu'Ignatieff reconnaît que la situation est grave, grave au point de devoir sacrifier la loyauté en échange d'une supervision adulte venue de l'extérieur.» Il y a quand même quelque chose de positif dans l'arrivée de Donolo, ironise Martin. Pour qu'il quitte un emploi bien payé dans le secteur privé et mise sa réputation sur «un semblant de perdant», ce doit être parce qu'il voit de l'espoir là où il ne semblait plus y en avoir.

Selon Lawrence Martin, du Globe and Mail, la mission de Donolo est la même que lorsqu'il a rejoint l'équipe Chrétien en 1991: contribuer à la remise à flot du navire libéral. «Et il pourrait être capable de le faire», prédit le journaliste. Une de ses grandes qualités était d'éviter au caucus d'être submergé par les tensions entre les camps Chrétien et Martin. Ensuite, il est très conscient de l'importance de l'image en politique. Avec Chrétien, Donolo mettait en valeur un populiste. Avec Ignatieff, il devra promouvoir un homme «qui vole haut plutôt que d'être entraîné dans la fosse des jeux tactiques et de la politique brute dont se délecte Stephen Harper».
 
 
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