Revue de presse - Du pareil au même
Les conservateurs ont continué à susciter l'indignation pour leur détournement partisan des annonces d'investissement dans les infrastructures. Elle était d'autant plus vive que plusieurs enquêtes journalistiques sur la répartition inégale des fonds sont venues confirmer ce que les libéraux tentaient de démontrer depuis la fin de septembre, à savoir que les circonscriptions conservatrices étaient favorisées.
Le Vancouver Sun résume le sentiment général. Selon lui, il y a une question de fond: «Où doit-on tracer la ligne entre le parti au pouvoir et le gouvernement, avec ses pouvoirs de taxation et de dépenses et son devoir de protéger les intérêts des Canadiens?» Le quotidien convient qu'il y aura toujours une tension entre les deux puisque, pour demeurer au pouvoir, un parti doit séduire les électeurs et qu'un gouvernement, lui, doit informer les contribuables des programmes qu'il leur offre. Par contre, «nous ne voulons pas que notre propre argent serve à nous vanter le gouvernement, mais bien à nous donner l'information pour se faire une opinion nous-mêmes». En affichant leur nom ou leur logo, les conservateurs insinuent que, «pour bénéficier de leurs taxes, les contribuables doivent voter pour le parti au pouvoir», ce qui rend toute cette affaire dérangeante, dit le Sun. Et ces méthodes minent d'autant plus les institutions que les conservateurs de Stephen Harper se sont fait élire en promettant de mettre fin aux excès des libéraux.
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, est beaucoup plus fataliste. Il ne voit rien de nouveau dans cette manie du parti au pouvoir de favoriser ses circonscriptions. À leur retour au pouvoir en 1980, les libéraux de Pierre Elliott Trudeau faisaient face aussi à une profonde récession et ont réagi comme le gouvernement Harper, en multipliant les dépenses d'infrastructures, et les données de l'époque montraient qu'ils privilégiaient les comtés contrôlés par les libéraux. L'enquête du Globe, cette semaine, sur la répartition des fonds pour les infrastructures de loisirs, a montré le même penchant de la part des conservateurs et les libéraux, et les néo-démocrates ont protesté, comme les conservateurs au début des années 1980. «Les Canadiens ont vu tant d'exemples de ce comportement, certains remontant aux débuts de l'histoire politique de ce pays, qu'ils haussent les épaules. Qu'attendre d'autre? Il est hérétique de dire que, même si ce genre de favoritisme persiste, sa pratique est moins répandue maintenant qu'il y a quelques décennies», conclut Simpson.
Harper égale Chrétien
Son collègue Lawrence Martin, toujours du Globe and Mail, est plus sévère, surtout à l'endroit de Stephen Harper. Il «y a trop de Jean Chrétien en lui. [Les deux hommes] ont des personnalités très différentes, bien sûr, mais quand vient le temps d'agir sur le front politique, ils partagent les mêmes faiblesses: une mentalité combative forte et arrogante et des tendances autoritaires. Et elles ne sont pas toujours maîtrisées, ce qui porte ombrage à leur bilan et diminue le respect du public pour la politique», écrit Martin, lui-même auteur d'une biographie de Chrétien. Les excès conservateurs ne sont pas encore à la hauteur de ceux des libéraux, ajoute le chroniqueur, et les conservateurs avaient raison, à l'époque, de les dénoncer et de promettre de faire le ménage. Mais on a vite constaté, dit Martin, que ça ne changerait pas, que ce serait le régime d'un seul homme, secret et déterminé à menotter les empêcheurs de tourner en rond, comme le directeur parlementaire du budget. «Les politiciens de carrière, comme le sont essentiellement MM. Harper et Chrétien, sont plus à l'aise dans l'univers de la tactique que des idées. En ayant trop vu, les politiciens de carrière ont le sentiment qu'il faut viser bas pour gagner, que l'idéalisme relève de la naïveté. Leur détermination inébranlable pour gagner et prouver leur valeur est telle qu'ils sont prêts parfois à faire tout ce qu'il faut.»
Un pas plus loin
Ouvertement de gauche, Frances Russell, du Winnipeg Free Press, s'attarde plutôt au comportement politique général de Harper en s'inspirant des commentaires de l'historien Michael Behiels. Ce dernier affirme que l'approche de Harper en matière de politique, d'affaires étrangères et de gouvernance est avant tout inspirée par son fondamentalisme chrétien. Cela explique sa méfiance à l'endroit des gens de gauche, qu'il juge trop relativistes. Dans un discours fait en 2003 devant le groupe conservateur Civitas, Harper accusait la gauche d'être même «nihiliste sur le plan moral». Cela explique son mépris pour les «socialistes», les partis d'opposition, les groupes de pression, son désir de resserrer le système de reconnaissance des réfugiés et les millions qu'il envisage d'investir dans la construction de prisons. Toujours selon Behiels, la démographie facilite la tâche des conservateurs, en particulier avec l'immigration récente qui provient en grande partie de pays où les religions fondamentalistes prédominent. Les conservateurs les courtisent assidûment, ce qui explique leur percée dans les banlieues. Des sondages montrent par ailleurs que la très grande majorité des évangélistes appuient maintenant les conservateurs, ce qui n'était pas le cas en 1996.
Le Vancouver Sun résume le sentiment général. Selon lui, il y a une question de fond: «Où doit-on tracer la ligne entre le parti au pouvoir et le gouvernement, avec ses pouvoirs de taxation et de dépenses et son devoir de protéger les intérêts des Canadiens?» Le quotidien convient qu'il y aura toujours une tension entre les deux puisque, pour demeurer au pouvoir, un parti doit séduire les électeurs et qu'un gouvernement, lui, doit informer les contribuables des programmes qu'il leur offre. Par contre, «nous ne voulons pas que notre propre argent serve à nous vanter le gouvernement, mais bien à nous donner l'information pour se faire une opinion nous-mêmes». En affichant leur nom ou leur logo, les conservateurs insinuent que, «pour bénéficier de leurs taxes, les contribuables doivent voter pour le parti au pouvoir», ce qui rend toute cette affaire dérangeante, dit le Sun. Et ces méthodes minent d'autant plus les institutions que les conservateurs de Stephen Harper se sont fait élire en promettant de mettre fin aux excès des libéraux.
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, est beaucoup plus fataliste. Il ne voit rien de nouveau dans cette manie du parti au pouvoir de favoriser ses circonscriptions. À leur retour au pouvoir en 1980, les libéraux de Pierre Elliott Trudeau faisaient face aussi à une profonde récession et ont réagi comme le gouvernement Harper, en multipliant les dépenses d'infrastructures, et les données de l'époque montraient qu'ils privilégiaient les comtés contrôlés par les libéraux. L'enquête du Globe, cette semaine, sur la répartition des fonds pour les infrastructures de loisirs, a montré le même penchant de la part des conservateurs et les libéraux, et les néo-démocrates ont protesté, comme les conservateurs au début des années 1980. «Les Canadiens ont vu tant d'exemples de ce comportement, certains remontant aux débuts de l'histoire politique de ce pays, qu'ils haussent les épaules. Qu'attendre d'autre? Il est hérétique de dire que, même si ce genre de favoritisme persiste, sa pratique est moins répandue maintenant qu'il y a quelques décennies», conclut Simpson.
Harper égale Chrétien
Son collègue Lawrence Martin, toujours du Globe and Mail, est plus sévère, surtout à l'endroit de Stephen Harper. Il «y a trop de Jean Chrétien en lui. [Les deux hommes] ont des personnalités très différentes, bien sûr, mais quand vient le temps d'agir sur le front politique, ils partagent les mêmes faiblesses: une mentalité combative forte et arrogante et des tendances autoritaires. Et elles ne sont pas toujours maîtrisées, ce qui porte ombrage à leur bilan et diminue le respect du public pour la politique», écrit Martin, lui-même auteur d'une biographie de Chrétien. Les excès conservateurs ne sont pas encore à la hauteur de ceux des libéraux, ajoute le chroniqueur, et les conservateurs avaient raison, à l'époque, de les dénoncer et de promettre de faire le ménage. Mais on a vite constaté, dit Martin, que ça ne changerait pas, que ce serait le régime d'un seul homme, secret et déterminé à menotter les empêcheurs de tourner en rond, comme le directeur parlementaire du budget. «Les politiciens de carrière, comme le sont essentiellement MM. Harper et Chrétien, sont plus à l'aise dans l'univers de la tactique que des idées. En ayant trop vu, les politiciens de carrière ont le sentiment qu'il faut viser bas pour gagner, que l'idéalisme relève de la naïveté. Leur détermination inébranlable pour gagner et prouver leur valeur est telle qu'ils sont prêts parfois à faire tout ce qu'il faut.»
Un pas plus loin
Ouvertement de gauche, Frances Russell, du Winnipeg Free Press, s'attarde plutôt au comportement politique général de Harper en s'inspirant des commentaires de l'historien Michael Behiels. Ce dernier affirme que l'approche de Harper en matière de politique, d'affaires étrangères et de gouvernance est avant tout inspirée par son fondamentalisme chrétien. Cela explique sa méfiance à l'endroit des gens de gauche, qu'il juge trop relativistes. Dans un discours fait en 2003 devant le groupe conservateur Civitas, Harper accusait la gauche d'être même «nihiliste sur le plan moral». Cela explique son mépris pour les «socialistes», les partis d'opposition, les groupes de pression, son désir de resserrer le système de reconnaissance des réfugiés et les millions qu'il envisage d'investir dans la construction de prisons. Toujours selon Behiels, la démographie facilite la tâche des conservateurs, en particulier avec l'immigration récente qui provient en grande partie de pays où les religions fondamentalistes prédominent. Les conservateurs les courtisent assidûment, ce qui explique leur percée dans les banlieues. Des sondages montrent par ailleurs que la très grande majorité des évangélistes appuient maintenant les conservateurs, ce qui n'était pas le cas en 1996.
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