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Une inévitable collision

Chantal Hébert   19 octobre 2009  Canada
Sous le couvert d'un renvoi sur le projet fédéral de commission nationale des valeurs mobilières, c'est la direction de l'union économique canadienne que le premier ministre Stephen Harper revendique formellement en Cour suprême.

Le projet qui est au coeur du litige place le gouvernement conservateur sur la voie d'une collision frontale non seulement avec le Québec mais également avec l'Alberta, foyer principal du mouvement conservateur dont se revendique le premier ministre actuel. Par contre, l'idée d'une commission nationale des valeurs mobilières est solidement implantée en Ontario, où elle fait consensus de Bay Street à Queen's Park.

Sur le plan strictement politique, l'énergie que met le gouvernement Harper à réaliser un projet foncièrement controversé constitue un autre puissant signal de sa volonté de remplacer le PLC comme « parti naturel de gouvernement » au Canada. L'expérience de Brian Mulroney a démontré les périls d'asseoir le Parti conservateur fédéral sur un axe Québec-Alberta; la reconstitution de cet axe est rendue encore plus aléatoire par la présence du Bloc québécois dans l'arène.

Les ambitions de Stephen Harper pour son parti passent forcément par la mise en place de solides fondations en Ontario. Sur ce front, l'initiative actuelle constitue un autre coup de boutoir dans les remparts ébréchés de la dernière vraie forteresse libérale au pays. Mais elle correspond également à la vision que se fait du fédéralisme le premier ministre actuel, une vision qui s'est exprimée avec constance au fil des quatre budgets conservateurs.

***

Peu de premiers ministres fédéraux ont aussi explicitement manifesté leur sentiment que les provinces étaient les maîtresses d'oeuvre de l'union sociale canadienne que Stephen Harper. Depuis son arrivée au pouvoir, les grands chantiers sociaux chers à ses prédécesseurs libéraux ont été abandonnés. Au sein du gouvernement Harper, les ministères à vocation sociale ont des rôles secondaires.

S'il est exact que la promesse de baliser le pouvoir fédéral de dépenser n'a pas été réalisée, elle reste dans les cartons d'un éventuel gouvernement majoritaire conservateur. Certains des penseurs les plus en vue de la droite canadienne préconisent même un désengagement fédéral presque complet sur le front de la politique sociale.

À l'inverse, par contre, Stephen Harper estime non seulement que le leadership de l'union économique revient de droit au gouvernement fédéral, mais que son exercice est essentiel au bon fonctionnement d'une fédération moderne.

C'est le bien-fondé constitutionnel de ce concept que le gouvernement conservateur demande à la Cour suprême d'affirmer par le biais du renvoi annoncé vendredi.

En s'adressant directement au plus haut tribunal au pays pour faire valider son projet, le gouvernement Harper devance un rendez-vous qui était inscrit au calendrier juridique canadien depuis que le gouvernement de Jean Charest avait confié le même dossier à la Cour d'appel du Québec, l'été dernier.

Il aurait été intéressant de connaître la perspective du plus haut tribunal du Québec sur la question avant que la Cour suprême n'en soit saisie. Il ne fait aucun doute, par contre, que, dans n'importe quel scénario, c'est cette dernière qui aurait eu le dernier mot. En fin de compte, le renvoi québécois n'était qu'une première étape en chemin pour la Cour suprême.

Québec estime avoir des arguments solides à l'appui de sa compétence en matière de réglementation des marchés financiers. L'avenir le dira. Les prétentions des uns et des autres sur ce sujet n'ont jamais été confrontées en cour. Mais le parcours de combattant du Québec en matière constitutionnelle n'est pas particulièrement victorieux, et Ottawa avait commencé à engranger des avis juridiques favorables à sa cause du temps où les libéraux étaient encore au pouvoir.

***

Des élections fédérales auront presque certainement lieu avant que la Cour suprême ne se prononce sur ce litige. Un changement de gouvernement ne mettrait pas pour autant fin au dossier. En prenant le chemin du plus haut tribunal au pays, le premier ministre Harper se rallie finalement à la position libérale sur le sujet. Pour éviter de sacrifier son présent ontarien à ses espoirs électoraux québécois le printemps dernier, Michael Ignatieff avait le premier endossé l'idée d'un renvoi.

Sur le fond cependant, le PLC a toujours été foncièrement partant pour une commission nationale des valeurs mobilières. Le projet est inscrit dans les gènes du parti de M. Ignatieff. Si le point de vue fédéral l'emporte en Cour, il serait contre nature que son chef exige de ses ténors ontariens qu'ils y renoncent.

Dans les faits, Stephen Harper est, de loin, le plus « provincialiste » des chefs de partis fédéralistes en poste à Ottawa. Aussi bien sa filiation réformiste que ses antécédents progressistes-conservateurs prédisposent sa formation à une plus grande décentralisation des pouvoirs que son vis-à-vis libéral. Sa démarche actuelle illustre les inévitables limites de l'autonomie à laquelle peuvent aspirer les provinces dans le cadre fédératif canadien.
 
 
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  • Marc A. Vallée
    Abonné
    lundi 19 octobre 2009 07h00
    En autant que l'union économique soit bilingue
    À partir du moment ou l'on est en contact avec les différents ministères fédéraux, on se rend compte que certains ministères sont plus bilingues que d'autres, ou si l'on veut que certains sont très unilingues anglais. Je ne parle pas des termes technologiques ou des acronymes qui circulent principalement en anglais auprès des francophones. Déjà que l'unilinguisme d'Ottawa est atténué par l'unilinguisme de Gatineau de l'autre coté de la rivière. Qu'en sera-t-il quand le centre économique du Canada sera dans la ville Reine? Je me pose des questions.

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 07h41
    Le fédéral protecteur des petits épargnants du Québec !
    La Cour Suprême s'est déjà prononcé sur la porté de l'article 91 et 92 qui précisent les juridictions exclusives des provinces et du fédéral. Le fait est qu'il n'y a pas de juridiction exclusives qui tiennent quand le législateur fédéral inscrit le mot Canada dans une de ses lois. La jurisprudence accumulées le confirme clairement; cette cause est perdue.
    ........................

    Le fédéral est il en mesure de faire une meilleur job que le Québec en matière de protection des petits épargant ? C'est que laisse croire certains observateurs, dont Éric Duhaime (ADQ)dans une lettre ouverte. Je lui répond ici:


    Voici un extrait:

    (...)

    Le fédéral mieux placer pour protéger les investisseurs du Québec. On aurait souhaiter que ce fut le cas dans l'histoire du papier commercial : Ce désastre des fameux PCAA aurait pu être évité si le fédéral, qui règlemente et surveille les sociétés de notations, n'avait pas été si « incompétent ». En effet sa négligence aura permit à DBRS (Toronto) d'être la seule société de notation a attribuer une note de AAA au PCAA non bancaire, ce qui qualifiait ce « produit toxique » pour les investisseurs institutionnels (Caisse de dépôt ; Banque Nationale ; Mouvement Desjardins). Or DBRS était en conflit d'intérêts parce que payer par un promoteur de ces produits (Coventree). Sans cette notation il est très peu probable que ce produit aurait trouver un marché ; et le Québec aurait épargner une perte cumulative s'élevant à une dizaine de milliards. C' est la révélation surprenante (jamais traduite en français) que nous fait un journaliste du Globe and Mail, dans un commentaire portant sur qui porte la responsabilité du désastre des PCAA :

    (...) « But the one party that wears it more than anyone else is Canada's DBRS Ltd. While U.S. rating agencies refused to endorse Canadian paper because of the OSFI-created bank loan flaw, DBRS jumped in and gave the notes its highest ratings. Without the DBRS rating, flawed Canadian ABCP would likely never have found a buyer. Also worthy of question is DBRS's close relations with ABCP issuers. The firm earned commissions on the notes it rated and wasn't always quick to share bad news with investors. It had become such a market booster that it rushed to reassure investors it "has no concerns" about the quality of ABCP issued by Toronto's Nereus, even though the firm was reeling from a management exodus and legal battle with its parent Coventree Inc. »

    (...)

    (Conclusion: L'incompétence du fédéral à mieux encadrer et surveiller ses agences de notation de crédits a couter au Québec 10 milliards ! Il est donc très mal placer pour jouer les donneurs de leçons.).

    ............

    M Éric Duhaime m'a répondu et on trouve ma réplique. Nos échangent sont ici, en bas de page):

    http://www.vigile.net/Le-federal-protecteur-des-pe

    JCPomerleau

  • Robert Henri
    Inscrit
    lundi 19 octobre 2009 08h13
    Je crache sur la monarchie, le Sénat, la Cour Suprême, Harper et ses C0n-Servateurs...
    On a la loi 101 qu'il faudrait restaurer dans son intégralité et pour ce faire on a la clause dite nonobstant qui a servi à tous les gouvernements du Québec pour nous protéger de la haïssable constitution de 1982 par le traître Trudeau. Il ne nous reste qu'à nous en servir pour protéger nos institutions et notre façon de faire...

  • Jacques Morissette
    Abonné
    lundi 19 octobre 2009 10h53
    Peut-on séparer la tête et le coeur d'un Canada uni.
    J'ai lu rapidement votre article. J'ai comme l'impression que Harper voudrait que la tête soit au fédéral, tandis que le coeur soit dans le domaine des provinces. Peut-on séparer les deux sans risquer que s'effrite graduellement le Canada en entier?

    En gros, il y a une culture québécoise différente de celle du reste du Canada. L'approche du social est aussi relativement différent au Québec de celle du reste du Canada. Comme s'il essayait de rabouter tout ça ensemble dans le Canada entier. Mais je me gourre peut-être...

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 19 octobre 2009 14h02
    Le nid rétrécit
    Petit à petit, le nid du Québec rétrécit. Moins de députés au Parlement d'Ottawa et un gouvernement fédéral qui décidera de tout et laissera aux provinces de se chicaner sur l'application locale de ces décisions. Vive la dépendance !
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Pierre Allard
    Inscrit
    samedi 24 octobre 2009 00h55
    Un PC confédéral en gestation
    Le Parti Conservateur est certes moins centralisateur que le Parti Libéral et, s'il poussait dans cette voie jusqu' à un concept de confédération - ne gardant au fédéral que les affaires extérieures dont l'armée. le système financier dont les banques et la monnaie et une Charte des Droits incluant -n entre autres, celui a la médecine gratuite dont le principe est déjà posé, il pourrait remplacer les Liberaux comme "parti de gourvernance" dans un État décentralisé dans lequel il n'existerait plus de velléités sécessionistes, même au Québec.


    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/08/29/un

    Pierre JC Allard

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