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Perspectives - Et le gagnant est...

Éric Desrosiers   13 octobre 2009  Canada
Il est généralement d'usage, lorsque l'on reçoit un prix important, de commencer par se dire très surpris d'avoir été choisi et de remercier ensuite absolument tout ce qui bouge de nous avoir permis de recevoir cet honneur. Cette attitude serait particulièrement recommandée à notre nouveau « plus meilleur ministre des Finances »: Jim Flaherty.

On n'a pas fini de l'entendre, celle-là, durant les prochaines élections fédérales! La prestigieuse revue économique européenne Euromoney a décerné la semaine dernière, dans le cadre des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Istanbul, en Turquie, son prix du « ministre des Finances de l'année » au Canadien Jim Flaherty. Rouge d'émotion, celui qui a aussi été ministre des Finances dans le gouvernement ontarien de Mike Harris a généreusement partagé son prix avec tous ses concitoyens qui, a-t-il dit, « ont bâti une économie stable et ont uni leurs efforts pour affronter la tempête, et ce, mieux que la plupart des pays ».

Le jury a notamment salué l'étonnante solidité durant la crise du système bancaire canadien attribuable à un cadre réglementaire plus strict qu'ailleurs. Il a aussi souligné la remarquable santé des finances publiques qui a permis au gouvernement d'adopter un plan de relance économique musclé sans pour autant enterrer le pays sous une montagne de dettes.

On sait toutefois que les règles du système bancaire au Canada existaient bien avant l'arrivée du gouvernement Harper et que l'on doit surtout au Bureau du surintendant des institutions financières le fait qu'elles aient été appliquées rigoureusement durant toutes ces années. En ce qui concerne l'état enviable des finances publiques canadiennes, on se souviendra qui a réussi à ramener les déficits à zéro et institué ensuite une tradition de juteux surplus consacrés en partie au remboursement de la dette. En fait, s'il y a une nouveauté, c'est que l'on s'est récemment remis, à Ottawa, à évoquer la possibilité d'un déficit, pas seulement conjoncturel, mais structurel.

Le jury souligne également la rapidité avec laquelle Ottawa a resserré les règles de prêts hypothécaires au début 2007 et a offert 25 milliards d'aides aux banques en octobre 2008. Il faudrait cependant préciser qu'il n'y avait pas grand mérite à serrer la vis aux prêts hypothécaires à risques dans un pays où ces pratiques étaient très peu répandues, et ce, surtout après l'éclatement spectaculaire des subprimes aux États-Unis. Quant à l'aide apportée aux banques, le ministre Flaherty expliquait lui-même, à l'époque, que de telles mesures étaient déjà tellement répandues à l'étranger que le Canada ne pouvait pas faire autrement sans risquer de pénaliser ses propres banques par rapport à leurs concurrents.

L'extraordinaire aplomb de son système financier et son impressionnant plan de relance économique ont conféré au Canada une autorité morale qui lui a permis de jouer un rôle important dans la recherche de solutions à la crise et de nouveaux modèles de régulation dans les institutions internationales, comme le G7 et le G20, a noté la revue Euromoney. Cela fait plaisir à entendre après avoir vu le gouvernement canadien glisser ces dernières années du côté des parias de la scène internationale en matière de lutte contre les changements climatiques.

« Admettons que les gouvernements précédents ont laissé un bel héritage aux conservateurs de Stephen Harper et que Jim Flaherty n'aurait probablement pas adopté les mêmes politiques si la crise ne l'y avait pas forcé, mais le gouvernement a quand même fait ce qu'il fallait », disait la semaine dernière au Devoir, l'économiste Daniel Schwanen, directeur général adjoint au Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale. « Disons, alors, que c'est tout le Canada qui mérite des félicitations. »



Nob'elle

Un autre prix a été décerné hier. Ce que l'on appelle le « Nobel d'économie » a été remis conjointement aux Américains Elinor Ostrom et Oliver Williamson qui se sont démarqués, tous deux, pour leurs recherches dans ce secteur peu connu des sciences économiques explorant les limites de la logique de marché. On ne peut plus d'actualité en cette ère de quête de développement durable, la professeure Ostrom a notamment expliqué comment des communautés sont arrivées, au fil des générations, à gérer leurs ressources communes, telles que l'eau ou les stocks de poissons, de manière plus efficace que ne pouvait le faire le marché ou l'État.

Moins spectaculaire et controversé que le choix de l'économiste de gauche et chroniqueur du New York Times, Paul Krugman, le prix de cette année attirera sans doute surtout l'attention à cause du fait qu'Elinor Ostrom est la première femme à recevoir cet honneur depuis sa création en 1969. On pourrait toutefois aussi noter au passage que Mme Ostrom n'appartient pas non plus à la confrérie des économistes, mais à celle des experts en sciences politiques, et que celui qui devait être le grand favori cette année, l'économiste de l'Université de Chicago, Eugene Fama, avait la malchance de devoir sa réputation à ses théories sur l'incomparable efficacité du marché à fixer le juste prix des actifs dans le secteur financier.






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