Revue de presse - Il n'y a pas qu'Ignatieff
Le chef libéral Michael Ignatieff a été littéralement enterré sous une pluie de commentaires plus sévères et pessimistes les uns que les autres. En ce qui concerne l'originalité cependant, il faudra repasser. Rien ne se démarquait de ce qu'on pouvait lire dans la presse francophone, alors changeons de sujet. Et un qui suscite la réflexion est l'état des finances publiques.
L'équipe éditoriale de SunMedia relève avec étonnement que le Bloc québécois est le seul à avoir mis en avant des pistes de solution pour éliminer le déficit structurel qui nous pend au bout du nez. « Il est tout de même incroyable que, de tous les partis siégeant à la Chambre des communes, c'est celui voué à briser le pays qui a pris les devants avec un plan pour éliminer le déficit. Ce qui est presque aussi incroyable, c'est que ce plan offre un mélange sensé d'idéologies de droite et de gauche, ciblant les plus riches tout en réduisant la taille de la grosse fonction publique fédérale. » SunMedia accorde au Bloc le mérite d'offrir un point de départ pour une discussion qui s'impose. Le déficit atteindra, après tout, au moins 56 milliards cette année. Selon SunMedia, Harper aurait intérêt à tendre l'oreille, car la survie de son gouvernement dépend de l'appui d'un seul parti d'opposition. « Si travailler avec le plan du Bloc entraînait une plus grande stabilité à Ottawa, nous nous en porterions mieux. Il se ferait peut-être accuser de flirter avec les séparatistes, une accusation qu'il lance volontiers à ses opposants, mais il servirait ainsi les intérêts du Canada, ce qui est le plus important pour l'instant. »
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, n'y croit pas une seconde, car la prudence n'a plus sa place quand « les humains se font citoyens et électeurs ». Et les gouvernements et les politiciens sont à leur image. « Ils produisent des prévisions économiques et des budgets qui présument que l'imprévu et le pire n'arriveront pas. » Il y a des exceptions, comme l'ancien ministre des Finances Paul Martin qui insérait de nombreuses mesures de prudence dans ses budgets, une pratique abandonnée par les conservateurs. « Les projections conservatrices sont basées sur l'hypothèse que rien de mal ne surviendra et que l'économie se rétablira plutôt bien, que la croissance sera au rendez-vous, que les revenus croîtront rapidement et qu'en 2015, le Canada n'aura plus de déficit. » Voilà un pari risqué étant donné les incertitudes qui planent sur l'économie mondiale. Les vrais conservateurs sont habituellement sceptiques et prudents, écrit Simpson, mais ces vertus ont disparu du conservatisme nord-américain depuis quelques décennies. Elles ont fait place à la conviction que la réduction du fardeau fiscal était la solution à tous les maux. « Étrangement, ceux qui ont adopté ce nouveau conservatisme dédaignent la prudence qui vient avec la création de réserves pour les mauvais jours. » Qu'il s'agisse des républicains américains, des conservateurs albertains ou ontariens, ou encore du gouvernement Harper. Ce dernier a utilisé le surplus laissé par les libéraux pour réduire les taxes, un peu la dette, tout en augmentant les dépenses au-delà du taux d'inflation. Et en plus, il a éliminé toutes les mesures de prudence budgétaire. Y reviendra-t-il avec cette sortie de récession? « L'expérience d'hier et d'aujourd'hui nous dit que non », conclut-il, pessimiste.
Le chien de garde
Entre-temps, cependant, le Bureau du directeur parlementaire du budget est dans la mire des conservateurs. Ils lui rationnent les vivres et limitent son indépendance. Le Toronto Star s'en inquiète, car cette petite équipe de fonctionnaires est la seule à fournir aux députés une analyse indépendante des prévisions et des dépenses du gouvernement. Que les élus aiment ou non les manières du titulaire actuel, cela ne justifie pas de le tenir en laisse. Agir ainsi « contrecarre l'objectif poursuivi ». Le Guardian, de Charlottetown, veut bien défendre le directeur parlementaire du budget, mais il rappelle que ce dernier ne peut, en définitive, remplacer les députés, dont le rôle premier est de demander des comptes au gouvernement pour sa gestion des taxes.
Selon James Travers, du Toronto Star, la force de Stephen Harper vient d'ailleurs beaucoup de la faiblesse de ses opposants. Comme Jean Chrétien avant lui. Mais « en l'absence d'une opposition compétente, les gouvernements minoritaires conservateurs dirigent comme s'ils avaient une majorité et obtiennent trop souvent de bonnes notes qu'ils ne méritent pas ». En matière d'économie, Travers est surpris de la confiance des Canadiens envers Harper. « À part avoir étudié l'économie, il y a peu de choses dans l'histoire du premier ministre qui justifie cette confiance. Des dépenses débridées et inefficaces, mais politiquement populaires, des réductions de la TPS qui ont fait disparaître un surplus de 13 milliards » ont été le lot de son gouvernement. En plus, il n'a pas vu venir la récession. Autre dossier préoccupant: l'environnement. Mais voilà, « la gestion économique et environnementale ne semble pas faire le poids devant la faim de leadership », déplore Travers, et c'est le gouvernement sortant qui en profite.
L'équipe éditoriale de SunMedia relève avec étonnement que le Bloc québécois est le seul à avoir mis en avant des pistes de solution pour éliminer le déficit structurel qui nous pend au bout du nez. « Il est tout de même incroyable que, de tous les partis siégeant à la Chambre des communes, c'est celui voué à briser le pays qui a pris les devants avec un plan pour éliminer le déficit. Ce qui est presque aussi incroyable, c'est que ce plan offre un mélange sensé d'idéologies de droite et de gauche, ciblant les plus riches tout en réduisant la taille de la grosse fonction publique fédérale. » SunMedia accorde au Bloc le mérite d'offrir un point de départ pour une discussion qui s'impose. Le déficit atteindra, après tout, au moins 56 milliards cette année. Selon SunMedia, Harper aurait intérêt à tendre l'oreille, car la survie de son gouvernement dépend de l'appui d'un seul parti d'opposition. « Si travailler avec le plan du Bloc entraînait une plus grande stabilité à Ottawa, nous nous en porterions mieux. Il se ferait peut-être accuser de flirter avec les séparatistes, une accusation qu'il lance volontiers à ses opposants, mais il servirait ainsi les intérêts du Canada, ce qui est le plus important pour l'instant. »
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, n'y croit pas une seconde, car la prudence n'a plus sa place quand « les humains se font citoyens et électeurs ». Et les gouvernements et les politiciens sont à leur image. « Ils produisent des prévisions économiques et des budgets qui présument que l'imprévu et le pire n'arriveront pas. » Il y a des exceptions, comme l'ancien ministre des Finances Paul Martin qui insérait de nombreuses mesures de prudence dans ses budgets, une pratique abandonnée par les conservateurs. « Les projections conservatrices sont basées sur l'hypothèse que rien de mal ne surviendra et que l'économie se rétablira plutôt bien, que la croissance sera au rendez-vous, que les revenus croîtront rapidement et qu'en 2015, le Canada n'aura plus de déficit. » Voilà un pari risqué étant donné les incertitudes qui planent sur l'économie mondiale. Les vrais conservateurs sont habituellement sceptiques et prudents, écrit Simpson, mais ces vertus ont disparu du conservatisme nord-américain depuis quelques décennies. Elles ont fait place à la conviction que la réduction du fardeau fiscal était la solution à tous les maux. « Étrangement, ceux qui ont adopté ce nouveau conservatisme dédaignent la prudence qui vient avec la création de réserves pour les mauvais jours. » Qu'il s'agisse des républicains américains, des conservateurs albertains ou ontariens, ou encore du gouvernement Harper. Ce dernier a utilisé le surplus laissé par les libéraux pour réduire les taxes, un peu la dette, tout en augmentant les dépenses au-delà du taux d'inflation. Et en plus, il a éliminé toutes les mesures de prudence budgétaire. Y reviendra-t-il avec cette sortie de récession? « L'expérience d'hier et d'aujourd'hui nous dit que non », conclut-il, pessimiste.
Le chien de garde
Entre-temps, cependant, le Bureau du directeur parlementaire du budget est dans la mire des conservateurs. Ils lui rationnent les vivres et limitent son indépendance. Le Toronto Star s'en inquiète, car cette petite équipe de fonctionnaires est la seule à fournir aux députés une analyse indépendante des prévisions et des dépenses du gouvernement. Que les élus aiment ou non les manières du titulaire actuel, cela ne justifie pas de le tenir en laisse. Agir ainsi « contrecarre l'objectif poursuivi ». Le Guardian, de Charlottetown, veut bien défendre le directeur parlementaire du budget, mais il rappelle que ce dernier ne peut, en définitive, remplacer les députés, dont le rôle premier est de demander des comptes au gouvernement pour sa gestion des taxes.
Selon James Travers, du Toronto Star, la force de Stephen Harper vient d'ailleurs beaucoup de la faiblesse de ses opposants. Comme Jean Chrétien avant lui. Mais « en l'absence d'une opposition compétente, les gouvernements minoritaires conservateurs dirigent comme s'ils avaient une majorité et obtiennent trop souvent de bonnes notes qu'ils ne méritent pas ». En matière d'économie, Travers est surpris de la confiance des Canadiens envers Harper. « À part avoir étudié l'économie, il y a peu de choses dans l'histoire du premier ministre qui justifie cette confiance. Des dépenses débridées et inefficaces, mais politiquement populaires, des réductions de la TPS qui ont fait disparaître un surplus de 13 milliards » ont été le lot de son gouvernement. En plus, il n'a pas vu venir la récession. Autre dossier préoccupant: l'environnement. Mais voilà, « la gestion économique et environnementale ne semble pas faire le poids devant la faim de leadership », déplore Travers, et c'est le gouvernement sortant qui en profite.
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