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Minuit moins cinq

Manon Cornellier   7 octobre 2009  Canada
Les temps sont durs pour le chef libéral Michael Ignatieff. Il y a l'affaire Coderre-Cauchon qui n'est pas encore complètement close, l'aile québécoise attendant toujours la nomination de son lieutenant politique et de son organisateur en chef. Il y a les sondages qui confirment le glissement du Parti libéral dans les appuis populaires.

L'enquête de Strategic Counsel, parue hier dans le Globe and Mail, a fait particulièrement mal. Les conservateurs y flottent en eaux majoritaires alors que les libéraux, eux, perdent du terrain dans le très crucial Ontario.

Ce qui préoccupe encore plus l'entourage du chef, cependant, est l'impression en train de s'enraciner que Michael Ignatieff manque de contenu et n'offre rien pour appuyer ses prétentions au pouvoir. La critique n'est pas nouvelle. Elle flotte dans l'air depuis l'été, mais elle s'est accentuée depuis que le chef libéral a décidé de ne plus soutenir le gouvernement Harper.

Michael Ignatieff et son équipe n'ont pourtant pas chômé. Ils ont passé les derniers mois à remettre le parti sur pied. L'organisation a repris du muscle, le nombre de membres a rebondi et les coffres se remplissent. Tout cet arsenal est censé servir à défendre quelque chose. Mais quoi?

Impatients de connaître la réponse, certains commentateurs ont commencé à soupçonner le chef libéral de n'avoir rien à dire, ce qui serait tout de même étonnant de la part de cet auteur et professeur. Et en 2006, durant la course à la direction du parti, il n'avait pas craint de mettre des idées en avant, comme la reconnaissance de la nation québécoise.

***

Michael Ignatieff a peut-être encore toute son imagination, mais il a perdu l'audace qui avait marqué sa première campagne au leadership. Sa défaite à l'époque l'a rendu extrêmement prudent et les affrontements avec les conservateurs, depuis qu'il est chef, ont fait de lui un politicien timoré et prévisible.

Un exemple. Interrogé par un citoyen le printemps dernier, il a osé dire que, si la croissance économique et le contrôle des dépenses ne suffisaient pas à venir à bout d'un éventuel déficit structurel, il pourrait être nécessaire, en dernier recours, de hausser les taxes. Les conservateurs l'ont aussitôt attaqué avec férocité. Au lieu de répliquer en soulignant l'absence de plan conservateur pour éliminer le déficit, il a retraité. Depuis, les libéraux s'en remettent, comme les conservateurs, à la pensée magique pour faire disparaître le déficit.

Que le chef libéral ne se fasse pas le champion d'une hausse de taxes est compréhensible. Ce serait l'équivalent d'un suicide politique. Mais en reculant dès les premières flèches conservatrices, ses troupes et lui ont montré qu'ils étaient vulnérables à l'intimidation. Depuis, les conservateurs imposent leur perspective sur les grands enjeux, qu'il soit question de finances publiques, de justice ou d'environnement.

***

Les libéraux souffrent aussi, au dire d'un député, du « traumatisme » laissé par l'échec du Tournant vert de Stéphane Dion. Ils ont peur depuis de prendre les devants et de provoquer un débat sur une politique minimalement complexe. C'est oublier que le Tournant vert, qui comprenait une taxe sur le carbone, est arrivé au pire moment, le prix de l'essence étant alors à un sommet, et que M. Dion n'était pas armé pour tenir tête aux conservateurs, qui avaient passé l'été 2008 à tailler son plan en pièces.

D'autres libéraux ont plutôt peur de se faire voler leurs idées s'ils les présentent dès maintenant. Cela ne vaut que pour les promesses ponctuelles. Si le futur programme est plus qu'une simple liste d'épicerie et forme un tout cohérent et articulé, il n'y a pas grand danger à exposer ses lignes de force et la vision qui le sous-tend.

L'entourage de M. Ignatieff assure que l'élaboration de la future plateforme avance bien, mais on avoue aussi que le temps presse pour que le chef définisse sa personnalité publique et impose son message. Il doit, dit-on, se distinguer de Stephen Harper et le PLC doit faire de même vis-à-vis du PC. Ce sera plus facile maintenant que le parti a repris son rôle d'opposition aux Communes, mais critiquer ne suffira pas, ce qui nous ramène à la question du contenu.

Les libéraux n'ont pourtant pas le luxe du temps. Des élections peuvent encore avoir lieu cet automne. Le projet de loi budgétaire permettant d'indemniser l'Ontario et la Colombie-Britannique pour l'harmonisation de leur taxe de vente avec la TPS, projet auquel s'oppose le NPD, donnera lieu à des votes de confiance. Ce sera la même chose avec la motion de voies et moyens mettant en oeuvre une décision dans un litige sur le bois d'oeuvre. Finalement, il y aura six journées d'opposition durant lesquelles les partis pourront présenter une motion de défiance. Au moins une d'entre elles pourrait avoir lieu après la conférence de Copenhague, qui doit, début décembre, négocier un protocole post-Kyoto. Si le Canada y fait mauvaise figure, il sera difficile de ne pas réagir chez les libéraux, les néodémocrates ou les bloquistes.

On commence à sentir un sentiment d'urgence dans les rangs libéraux. Avec raison. Plus l'impression de superficialité se sédimente, plus elle devient difficile à briser. Et si Michael Ignatieff n'y parvient pas d'ici Noël, ou même avant, ce pourrait être la fin de son rêve politique. De l'avis même d'un de ses proches collaborateurs.
 
 
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  • Normand Carrier
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 06h03
    Quant l'électeur cherche la ligne de démarcation entre libéral et conservateur ......
    Les deux partis susceptibles de prendre le pouvoir ne se démarquent pas et entre les conservateurs qui ont décu les Québécois jusqu'a la corde et un chef libéral timoré et en manque de leadership qui n'a rien a offrir et approuve l'exploitation des sables bitumineux pour quelques votes en Alberta ! C'est le désert au Québec lorsque Ignatieff n'a aucune idée sur la nation québécoise et répond des inepties sur l'harmonisation des taxes si ce n'est pour démontrer son penchant centralisateur a la Trudeau ....
    Si les fédéralistes qui traitent les nationalistes de tous les noms , n'ont que si peu d'arguments , ils ne devront pas être surpris de voir le Bloc cheminer encore une fois vers les 40% et les cinquante députés ! Ils n'auront qu'a blamer leur incapacité et leur propre ineptie car Gilles Ducepte les dépasse de plusieurs têtes et dans tous les sens du mot .....
    Normand Carrier

  • Patrick Vanasse
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 08h08
    La déception
    Décidément, le leadership de Ignatieff est une véritable déception. La vacuité politique ainsi que l'absence de combativité de ce leader, face à un chef conservateur belliqueux ressortent énormément. Le Parti libéral risque d'avoir à passer de nombreuses années dans l'opposition et traverser le désert si jamais le gouvernement Harper s'arrangeait pour tomber ou déclenchait des élections cet automne, avec comme résultat un gouvernement majoritaire.

  • Yvon Roy
    Abonnée
    mercredi 7 octobre 2009 09h53
    B.B. Phoques
    À part les B.B. Phoques, je ne vois vraiment pas ce que le PLC pourrait se mettre sous la dent pour se rendre intéressant.

  • Gilbert Talbot
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 10h30
    D'accord
    je suis bien d'accord avec votre analyse madame Cornellier. le PLC se retrouve aussi coincé que l'an dernier devant la menace d'une élection à l'automne. C'est surprenant même de voir se répéter à peu près le même scénario. L'an dernier, à même date, le PLC hésitait, tergiversait, changeait d'idée, puis quand il en a trouvé une, la taxe sur le carbone, la moitié du parti l'a rejetée, puis renié son chef, Stéphane Dion. Aujourd'hui, on n'a pas encore renié le chef, mais on sent que ça s'en vient. La critque et la démission de Denis Coderre, n'est pas un fait isolé, mais le début de la chaîne des critiques de plus en plus acerbes que Ignatieff va subir
    .
    On presse maintenant Ignatieff de mettre du contenu dans son prograame et j'imagine que c'est ce à quoi il est en train de réfléchir. Et quand il sortira son scoop, vous verrez la moitié du PLC le rejeter. Ignatieff se révèle de plus en plus faible, de plus en plus «girouette» (pour reprendre un terme interdit de l'Assemblée nationale ). Harper lui ne change pas d'idée, mais est un très bon tacticien. Il va tout faire pour provoquer des élections le plus tôt possible, cet automne, maitenant qu'il se rapproche du pourcentage qui donne des gouvernements majoritaires. Remarquez qu'il en était là aussi l'an dernier, mais il n'a pas réussi.

    Si la tendance se maintient, moi je prédis un autre gouvernement minoritaire conservateur cet automne. Il se peut que la déconfiture des libéraux en Ontario aide tant soit peu le NPD dans cette province. Et le Bloc gagnera encore le Québec, peut-être avec plus de siège. Duceppe est de loin le meilleur de tous les chefs à Ottawa : le plus expérimenté, un sens critique corrosif, une très bonne équipe de députés et un très bon sens tactique. Harper et le NPD d'ailleurs lui ont concédé le Québec. Que reste-t-il pour le PLC : une photo, vieille photo de Chrétien et Trudeau.

  • Carol Belleau
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 13h06
    La solution : ne plus avoir de « lieutnant politique »
    Alors voilà, Marc Garneau ne sera pas le lieutenant politique du chef du parti Libéral du Canada au Québec, il sera le "représentant de Michael Ignatieff au Québec ». Bien que les oreilles molles de Denis Coderre et la servitude de son ton ne nous aient pas impressionnées lors de sont passage à « Tout le monde en parle » (4 octobre 2009), son constat premier demeure et se voit doublement confirmé par cette nouvelle : désormais, au PLC, les choses seront officiellement commandées à partir de Toronto.

  • Yvon Bureau
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 13h32
    Tourner la page ou le livre?
    M. Coderre veut tourner la page;
    M Ignatieff veut tourner le livre !

  • Christopher Lackey
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 16h30
    Une grosse déception...effectivement
    Il y a cinq ou six mois de cela, je donnais mon appui à M. Ignatieff dans ce forum. Ce n'était pas parce que je suis un libéral partisan mais parce que j'estimais qu'il fallait se débarrasser des conservateurs à tout prix et au plus tôt possible, et j'ai cru (avec tort) que cet homme allait avoir des idées nouvelles et originales et il n'allait pas se laisser intimider par les conservateurs comme son prédecesseur.

    Mon opinion sur le gouvernement n'a pas changé depuis mais de toute évidence beaucoup de gens qui étaient prêt d'appuyer Ignatieff ne le sont plus. Il ne s'explique jamais, n'a dit rien de substance depuis qui sait quand, et parait très incomfortable, comme toute geste qu'il fait est une réponse basée sur des calculations stratégiques précises et non pas ses vrais croyances.

    Ce performance n'est pas digne d'un chef du tout, laisse beaucoup à désirer, et lui a merité un nouveau nom dans la presse anglophone, "Iffy", qui est en fait très juste, et dont il va avoir beaucoup de misère de se débarrasser.

    Christopher Lackey
    Kitchener ON

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 17h46
    Minuit moins cinq... pour le Québec !
    Ingnatieff n'a rien à offrir au Québec comme son pays unanime derrière cette position. Le Québec qui se minorise à vitesse grand V grâce aux politiques d'immigration canadienne n'a plus rien à attendre de cette fausse fédération. Il est minuit moins cinq Québec !

    Claude L'Heureux, Québec

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