Le PLC tourne la page Coderre
Ignatieff change d'idée et nommera bientôt un lieutenant québécois
Photo : Clément Allard Le Devoir
Michael Ignatieff et sa femme Zsuzsanna Zsohar hier à Québec
À retenir
- Après deux semaines de déchirement, les libéraux du Québec veulent projeter une image unifiée
- Le nom de Denis Coderre était sur toutes les lèvres au congrès du Parti libéral
- Michael Ignatieff entend bientôt nommer un remplaçant à Denis Coderre
Québec — Tourner la page de l'épisode Coderre et se serrer collectivement les coudes: après deux semaines de déchirements publics, les libéraux du Québec (PLC-Q) ont tenté hier de projeter l'image d'une équipe unifiée, alors que Michael Ignatieff appelait ses troupes à la loyauté.
S'adressant aux militants et aux députés du PLC-Q réunis en congrès à Québec, M. Ignatieff a entamé son discours en indiquant clairement que « l'équipe, c'est vous, et le chef, c'est moi ». Ce sera là l'une des deux seules allusions faites à la démission de son lieutenant politique Denis Coderre, l'autre étant que « la fidélité et la loyauté, chez nous, c'est pour une institution [le PLC], pas pour une personnalité ».
Le reste du discours de M. Ignatieff fut plutôt celui d'un chef cherchant à mobiliser ses troupes en vue de la prochaine campagne électorale. Il a vivement critiqué la gestion économique du gouvernement Harper, qu'il qualifie d'« incompétent, arrogant et indifférent ». M. Ignatieff a lancé que le principal défi pour les libéraux serait de convaincre les Québécois d'éviter le « vote de contestation » et de choisir la « seule alternative » possible aux conservateurs.
Mais il y aura plus: les libéraux devront aussi relever le défi de passer outre aux répercussions du départ de Denis Coderre pour mener une campagne efficace. Hier, le nom de M. Coderre rebondissait au détour de plusieurs conversations de coulisses. Et dans les corridors, à micro ouvert ou fermé, plusieurs se montraient sévères envers l'ancien lieutenant de M. Ignatieff.
« C'est peut-être plus un petit drame humain qu'autre chose, estime le député Marc Garneau, président du caucus québécois. Ce n'est pas quelque chose qui a ébranlé le parti. [M. Coderre] a eu un conflit personnel vis-à-vis un comté, et le chef a dû trancher. »
Pour Marcel Proulx, député de Hull-Aylmer, Denis Coderre « aurait peut-être pu se retirer sans nécessairement rendre tout ça public. Mais il a choisi de le faire, et c'est son choix », Mêmes propos chez Marlene Jennings, députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine. « Si j'avais eu la chance de parler à Denis avant, je lui aurais conseillé [...] de ne pas le faire de la manière qu'il l'a faite. »
Mais selon un stratège libéral, « le départ de M. Coderre dans ces circonstances n'est peut-être pas si mauvais: en faisant les choses ainsi, il s'est mis beaucoup de monde à dos. S'il n'avait rien dit, beaucoup auraient pensé: "pauvre Denis". Là, au contraire, il y a une espèce d'unanimité pour dire: "OK, c'était inutile, on tourne la page et on continue". Ça regroupe. Il nous a rendu service, au fond. »
Une autre source confie que Denis Coderre « fonctionnait de manière autoritaire: si tu ne voulais pas faire campagne à sa manière, tu ne pouvais pas être dans l'équipe. Ça va donner un peu d'air à des candidats qui n'auraient pas eu leur place autrement ». « Denis faisait un vacuum autour de lui, juge également un stratège bien placé au sein du parti. Je crois que son départ permettra à plusieurs personnes de revenir, des gens qui ne s'entendaient pas nécessairement bien avec lui. »
Candidate désignée dans Ahuntsic, Noushig Eloyan indiquait que ce départ aura été l'occasion de « crever un abcès, de dire publiquement plusieurs petites choses qui dérangeaient dans un sens ou dans l'autre. Il y a eu une prise de conscience qui a permis de ressouder tout le monde, je crois ».
Partie prenante du conflit qui a dégénéré jusqu'à la démission de Denis Coderre, l'ancien ministre Martin Cauchon, candidat pressenti dans Outremont, juge que « l'unité est reconstruite. Faites le tour, parlez aux gens, l'esprit est bon, et le caucus s'est montré fort la semaine dernière. Je suis fier de la situation que je vois aujourd'hui, et fier des décisions de mon chef ».
Le départ de Denis Coderre imposera « qu'on fasse plus de travail d'équipe, et je pense que c'est à notre avantage », croit Justin Trudeau, député de Papineau. Il a repoussé du revers de la main l'idée que l'entourage du chef est trop torontois. « Si une chose rassemble les gens de partout au pays, c'est parfois d'être jaloux de Toronto et de son influence », dit-il en parlant de « réflexe ».
Au final, le nouveau président de l'aile québécoise du PLC, Marc Lavigne, a dit avoir trouvé « très encourageante » la réaction des militants et des députés. « Je regarde ce qui se passe aujourd'hui, et ce n'est pas ce qui s'annonçait au début de la semaine. On voit que les gens ont envie de travailler et de laisser ça derrière. »
Un remplaçant
Michael Ignatieff a par ailleurs profité d'un point de presse pour annoncer qu'il nommerait très bientôt un remplaçant à Denis Coderre. Cette personne sera possiblement un élu, a-t-il dit. Au début de la semaine, le chef libéral avait pourtant mentionné que le poste de lieutenant politique demeurerait vacant.
« Il y a dans la constitution du parti un représentant du chef sur le comité exécutif et on va nommer quelqu'un dans les jours qui viennent », a expliqué M. Ignatieff. « Je vais nommer ce représentant et je crois qu'on va choisir peut-être en même temps un organisateur en chef, une organisatrice en chef », a-t-il ajouté.
L'organisateur en chef du PLC-Q, Pierre Lajeunesse, a démissionné en même temps que M. Coderre. Les noms de Marc Garneau, Pablo Rodriguez et Alexandra Mendez circulaient hier comme possible nouveau lieutenant, mais tant M. Garneau que M. Rodriguez n'avaient entendu parler de rien à la fin de l'après-midi.
Concernant le contenu de son discours — où il a notamment parlé de ses origines québécoises avec emphase —, M. Ignatieff s'est défendu de ne pas pouvoir détailler quel type de solution il propose aux Canadiens. Le chef libéral a mentionné que le discours d'hier n'était pas une « annonce électorale, c'était pour donner et recevoir de l'inspiration. Nous élaborerons [plus tard]. »
Mais, selon lui, il est bien difficile de proposer des mesures économiques précises quand « les données changent de semaine en semaine ». Son parti est celui de la responsabilité fiscale et de la compassion sociale, a-t-il simplement dit en ajoutant vouloir sortir de « l'arrogance partisane » qui guide selon lui le gouvernement actuel.
Le congrès a autrement été l'occasion d'élire plusieurs personnes au sein de la structure du PLC-Q. Marc Lavigne a été désigné nouveau président, alors que l'avocat Marc Bélanger présidera dorénavant la commission politique. C'est lui qui sera chargé de superviser les changements à apporter à la plate-forme du parti, selon le moment du déclenchement des élections.
Celles-ci apparaissent désormais bien incertaines pour l'automne, le NPD donnant actuellement son appui au gouvernement en échange de l'adoption de bonifications à l'assurance-emploi. Interrogé sur la position de son parti — alors que certains députés exprimaient hier matin à mots couverts leur malaise à devoir voter contre toutes les initiatives du gouvernement —, Michael Ignatieff a indiqué que le PLC voterait au cas par cas, mais que tout vote de confiance serait négatif.
S'adressant aux militants et aux députés du PLC-Q réunis en congrès à Québec, M. Ignatieff a entamé son discours en indiquant clairement que « l'équipe, c'est vous, et le chef, c'est moi ». Ce sera là l'une des deux seules allusions faites à la démission de son lieutenant politique Denis Coderre, l'autre étant que « la fidélité et la loyauté, chez nous, c'est pour une institution [le PLC], pas pour une personnalité ».
Le reste du discours de M. Ignatieff fut plutôt celui d'un chef cherchant à mobiliser ses troupes en vue de la prochaine campagne électorale. Il a vivement critiqué la gestion économique du gouvernement Harper, qu'il qualifie d'« incompétent, arrogant et indifférent ». M. Ignatieff a lancé que le principal défi pour les libéraux serait de convaincre les Québécois d'éviter le « vote de contestation » et de choisir la « seule alternative » possible aux conservateurs.
Mais il y aura plus: les libéraux devront aussi relever le défi de passer outre aux répercussions du départ de Denis Coderre pour mener une campagne efficace. Hier, le nom de M. Coderre rebondissait au détour de plusieurs conversations de coulisses. Et dans les corridors, à micro ouvert ou fermé, plusieurs se montraient sévères envers l'ancien lieutenant de M. Ignatieff.
« C'est peut-être plus un petit drame humain qu'autre chose, estime le député Marc Garneau, président du caucus québécois. Ce n'est pas quelque chose qui a ébranlé le parti. [M. Coderre] a eu un conflit personnel vis-à-vis un comté, et le chef a dû trancher. »
Pour Marcel Proulx, député de Hull-Aylmer, Denis Coderre « aurait peut-être pu se retirer sans nécessairement rendre tout ça public. Mais il a choisi de le faire, et c'est son choix », Mêmes propos chez Marlene Jennings, députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine. « Si j'avais eu la chance de parler à Denis avant, je lui aurais conseillé [...] de ne pas le faire de la manière qu'il l'a faite. »
Mais selon un stratège libéral, « le départ de M. Coderre dans ces circonstances n'est peut-être pas si mauvais: en faisant les choses ainsi, il s'est mis beaucoup de monde à dos. S'il n'avait rien dit, beaucoup auraient pensé: "pauvre Denis". Là, au contraire, il y a une espèce d'unanimité pour dire: "OK, c'était inutile, on tourne la page et on continue". Ça regroupe. Il nous a rendu service, au fond. »
Une autre source confie que Denis Coderre « fonctionnait de manière autoritaire: si tu ne voulais pas faire campagne à sa manière, tu ne pouvais pas être dans l'équipe. Ça va donner un peu d'air à des candidats qui n'auraient pas eu leur place autrement ». « Denis faisait un vacuum autour de lui, juge également un stratège bien placé au sein du parti. Je crois que son départ permettra à plusieurs personnes de revenir, des gens qui ne s'entendaient pas nécessairement bien avec lui. »
Candidate désignée dans Ahuntsic, Noushig Eloyan indiquait que ce départ aura été l'occasion de « crever un abcès, de dire publiquement plusieurs petites choses qui dérangeaient dans un sens ou dans l'autre. Il y a eu une prise de conscience qui a permis de ressouder tout le monde, je crois ».
Partie prenante du conflit qui a dégénéré jusqu'à la démission de Denis Coderre, l'ancien ministre Martin Cauchon, candidat pressenti dans Outremont, juge que « l'unité est reconstruite. Faites le tour, parlez aux gens, l'esprit est bon, et le caucus s'est montré fort la semaine dernière. Je suis fier de la situation que je vois aujourd'hui, et fier des décisions de mon chef ».
Le départ de Denis Coderre imposera « qu'on fasse plus de travail d'équipe, et je pense que c'est à notre avantage », croit Justin Trudeau, député de Papineau. Il a repoussé du revers de la main l'idée que l'entourage du chef est trop torontois. « Si une chose rassemble les gens de partout au pays, c'est parfois d'être jaloux de Toronto et de son influence », dit-il en parlant de « réflexe ».
Au final, le nouveau président de l'aile québécoise du PLC, Marc Lavigne, a dit avoir trouvé « très encourageante » la réaction des militants et des députés. « Je regarde ce qui se passe aujourd'hui, et ce n'est pas ce qui s'annonçait au début de la semaine. On voit que les gens ont envie de travailler et de laisser ça derrière. »
Un remplaçant
Michael Ignatieff a par ailleurs profité d'un point de presse pour annoncer qu'il nommerait très bientôt un remplaçant à Denis Coderre. Cette personne sera possiblement un élu, a-t-il dit. Au début de la semaine, le chef libéral avait pourtant mentionné que le poste de lieutenant politique demeurerait vacant.
« Il y a dans la constitution du parti un représentant du chef sur le comité exécutif et on va nommer quelqu'un dans les jours qui viennent », a expliqué M. Ignatieff. « Je vais nommer ce représentant et je crois qu'on va choisir peut-être en même temps un organisateur en chef, une organisatrice en chef », a-t-il ajouté.
L'organisateur en chef du PLC-Q, Pierre Lajeunesse, a démissionné en même temps que M. Coderre. Les noms de Marc Garneau, Pablo Rodriguez et Alexandra Mendez circulaient hier comme possible nouveau lieutenant, mais tant M. Garneau que M. Rodriguez n'avaient entendu parler de rien à la fin de l'après-midi.
Concernant le contenu de son discours — où il a notamment parlé de ses origines québécoises avec emphase —, M. Ignatieff s'est défendu de ne pas pouvoir détailler quel type de solution il propose aux Canadiens. Le chef libéral a mentionné que le discours d'hier n'était pas une « annonce électorale, c'était pour donner et recevoir de l'inspiration. Nous élaborerons [plus tard]. »
Mais, selon lui, il est bien difficile de proposer des mesures économiques précises quand « les données changent de semaine en semaine ». Son parti est celui de la responsabilité fiscale et de la compassion sociale, a-t-il simplement dit en ajoutant vouloir sortir de « l'arrogance partisane » qui guide selon lui le gouvernement actuel.
Le congrès a autrement été l'occasion d'élire plusieurs personnes au sein de la structure du PLC-Q. Marc Lavigne a été désigné nouveau président, alors que l'avocat Marc Bélanger présidera dorénavant la commission politique. C'est lui qui sera chargé de superviser les changements à apporter à la plate-forme du parti, selon le moment du déclenchement des élections.
Celles-ci apparaissent désormais bien incertaines pour l'automne, le NPD donnant actuellement son appui au gouvernement en échange de l'adoption de bonifications à l'assurance-emploi. Interrogé sur la position de son parti — alors que certains députés exprimaient hier matin à mots couverts leur malaise à devoir voter contre toutes les initiatives du gouvernement —, Michael Ignatieff a indiqué que le PLC voterait au cas par cas, mais que tout vote de confiance serait négatif.
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