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Le PLC tourne la page Coderre

Ignatieff change d'idée et nommera bientôt un lieutenant québécois

Guillaume Bourgault-Côté   5 octobre 2009  Canada
Michael Ignatieff et sa femme Zsuzsanna Zsohar hier à Québec
Photo : Clément Allard Le Devoir
Michael Ignatieff et sa femme Zsuzsanna Zsohar hier à Québec

À retenir

    • Après deux semaines de déchirement, les libéraux du Québec veulent projeter une image unifiée
    • Le nom de Denis Coderre était sur toutes les lèvres au congrès du Parti libéral
    • Michael Ignatieff entend bientôt nommer un remplaçant à Denis Coderre
Québec — Tourner la page de l'épisode Coderre et se serrer collectivement les coudes: après deux semaines de déchirements publics, les libéraux du Québec (PLC-Q) ont tenté hier de projeter l'image d'une équipe unifiée, alors que Michael Ignatieff appelait ses troupes à la loyauté.

S'adressant aux militants et aux députés du PLC-Q réunis en congrès à Québec, M. Ignatieff a entamé son discours en indiquant clairement que « l'équipe, c'est vous, et le chef, c'est moi ». Ce sera là l'une des deux seules allusions faites à la démission de son lieutenant politique Denis Coderre, l'autre étant que « la fidélité et la loyauté, chez nous, c'est pour une institution [le PLC], pas pour une personnalité ».

Le reste du discours de M. Ignatieff fut plutôt celui d'un chef cherchant à mobiliser ses troupes en vue de la prochaine campagne électorale. Il a vivement critiqué la gestion économique du gouvernement Harper, qu'il qualifie d'« incompétent, arrogant et indifférent ». M. Ignatieff a lancé que le principal défi pour les libéraux serait de convaincre les Québécois d'éviter le « vote de contestation » et de choisir la « seule alternative » possible aux conservateurs.

Mais il y aura plus: les libéraux devront aussi relever le défi de passer outre aux répercussions du départ de Denis Coderre pour mener une campagne efficace. Hier, le nom de M. Coderre rebondissait au détour de plusieurs conversations de coulisses. Et dans les corridors, à micro ouvert ou fermé, plusieurs se montraient sévères envers l'ancien lieutenant de M. Ignatieff.

« C'est peut-être plus un petit drame humain qu'autre chose, estime le député Marc Garneau, président du caucus québécois. Ce n'est pas quelque chose qui a ébranlé le parti. [M. Coderre] a eu un conflit personnel vis-à-vis un comté, et le chef a dû trancher. »

Pour Marcel Proulx, député de Hull-Aylmer, Denis Coderre « aurait peut-être pu se retirer sans nécessairement rendre tout ça public. Mais il a choisi de le faire, et c'est son choix », Mêmes propos chez Marlene Jennings, députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine. « Si j'avais eu la chance de parler à Denis avant, je lui aurais conseillé [...] de ne pas le faire de la manière qu'il l'a faite. »

Mais selon un stratège libéral, « le départ de M. Coderre dans ces circonstances n'est peut-être pas si mauvais: en faisant les choses ainsi, il s'est mis beaucoup de monde à dos. S'il n'avait rien dit, beaucoup auraient pensé: "pauvre Denis". Là, au contraire, il y a une espèce d'unanimité pour dire: "OK, c'était inutile, on tourne la page et on continue". Ça regroupe. Il nous a rendu service, au fond. »

Une autre source confie que Denis Coderre « fonctionnait de manière autoritaire: si tu ne voulais pas faire campagne à sa manière, tu ne pouvais pas être dans l'équipe. Ça va donner un peu d'air à des candidats qui n'auraient pas eu leur place autrement ». « Denis faisait un vacuum autour de lui, juge également un stratège bien placé au sein du parti. Je crois que son départ permettra à plusieurs personnes de revenir, des gens qui ne s'entendaient pas nécessairement bien avec lui. »

Candidate désignée dans Ahuntsic, Noushig Eloyan indiquait que ce départ aura été l'occasion de « crever un abcès, de dire publiquement plusieurs petites choses qui dérangeaient dans un sens ou dans l'autre. Il y a eu une prise de conscience qui a permis de ressouder tout le monde, je crois ».

Partie prenante du conflit qui a dégénéré jusqu'à la démission de Denis Coderre, l'ancien ministre Martin Cauchon, candidat pressenti dans Outremont, juge que « l'unité est reconstruite. Faites le tour, parlez aux gens, l'esprit est bon, et le caucus s'est montré fort la semaine dernière. Je suis fier de la situation que je vois aujourd'hui, et fier des décisions de mon chef ».

Le départ de Denis Coderre imposera « qu'on fasse plus de travail d'équipe, et je pense que c'est à notre avantage », croit Justin Trudeau, député de Papineau. Il a repoussé du revers de la main l'idée que l'entourage du chef est trop torontois. « Si une chose rassemble les gens de partout au pays, c'est parfois d'être jaloux de Toronto et de son influence », dit-il en parlant de « réflexe ».

Au final, le nouveau président de l'aile québécoise du PLC, Marc Lavigne, a dit avoir trouvé « très encourageante » la réaction des militants et des députés. « Je regarde ce qui se passe aujourd'hui, et ce n'est pas ce qui s'annonçait au début de la semaine. On voit que les gens ont envie de travailler et de laisser ça derrière. »

Un remplaçant

Michael Ignatieff a par ailleurs profité d'un point de presse pour annoncer qu'il nommerait très bientôt un remplaçant à Denis Coderre. Cette personne sera possiblement un élu, a-t-il dit. Au début de la semaine, le chef libéral avait pourtant mentionné que le poste de lieutenant politique demeurerait vacant.

« Il y a dans la constitution du parti un représentant du chef sur le comité exécutif et on va nommer quelqu'un dans les jours qui viennent », a expliqué M. Ignatieff. « Je vais nommer ce représentant et je crois qu'on va choisir peut-être en même temps un organisateur en chef, une organisatrice en chef », a-t-il ajouté.

L'organisateur en chef du PLC-Q, Pierre Lajeunesse, a démissionné en même temps que M. Coderre. Les noms de Marc Garneau, Pablo Rodriguez et Alexandra Mendez circulaient hier comme possible nouveau lieutenant, mais tant M. Garneau que M. Rodriguez n'avaient entendu parler de rien à la fin de l'après-midi.

Concernant le contenu de son discours — où il a notamment parlé de ses origines québécoises avec emphase —, M. Ignatieff s'est défendu de ne pas pouvoir détailler quel type de solution il propose aux Canadiens. Le chef libéral a mentionné que le discours d'hier n'était pas une « annonce électorale, c'était pour donner et recevoir de l'inspiration. Nous élaborerons [plus tard]. »

Mais, selon lui, il est bien difficile de proposer des mesures économiques précises quand « les données changent de semaine en semaine ». Son parti est celui de la responsabilité fiscale et de la compassion sociale, a-t-il simplement dit en ajoutant vouloir sortir de « l'arrogance partisane » qui guide selon lui le gouvernement actuel.

Le congrès a autrement été l'occasion d'élire plusieurs personnes au sein de la structure du PLC-Q. Marc Lavigne a été désigné nouveau président, alors que l'avocat Marc Bélanger présidera dorénavant la commission politique. C'est lui qui sera chargé de superviser les changements à apporter à la plate-forme du parti, selon le moment du déclenchement des élections.

Celles-ci apparaissent désormais bien incertaines pour l'automne, le NPD donnant actuellement son appui au gouvernement en échange de l'adoption de bonifications à l'assurance-emploi. Interrogé sur la position de son parti — alors que certains députés exprimaient hier matin à mots couverts leur malaise à devoir voter contre toutes les initiatives du gouvernement —, Michael Ignatieff a indiqué que le PLC voterait au cas par cas, mais que tout vote de confiance serait négatif.
Michael Ignatieff et sa femme Zsuzsanna Zsohar hier à Québec Michael Ignatieff entouré de son équipe québécoise, dont les députés Pablo Rodriguez et Justin Trudeau, hier, à la fin du congrès du PLC-Q.
 
 
 
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  • Gilbert Talbot
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 00h59
    Le temps des bouffons continue.
    Falardeau n'est plus, mais «Le temps des bouffons» continue. Coderre est allé faire le clown à «Tout le monde en parle», mais pas à Québec. Ignatieff a fait ses grimaces à la télé, mais personne n'est dupe, même s'il avait oublié de mettre son nez rouge. Bah! Guy Laliberté lui en trouvera bien un à mettre au bon moment, quand le temps des élections reviendra, mais j'ai ben l'impression que ce ne serapas cet automne : le supense est remis à plus tard.

  • Gilles Stewart
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 01h26
    Harvard
    Michael Ignatieff doit s'ennuyer de Harvard en ce moment. Pathétique, cette tentative de se ressouder avec le Québec.

  • Sarcelle33
    Inscrite
    lundi 5 octobre 2009 05h27
    Accommodement pour M. Cauchon
    Malgré tout ce qui s'est dit à propos de cette saga, il serait sans doute intéressant de connaître les motifs pour lesquels M.Cauchon fut choisi comme candidat à Outremont.
    Il arrive qu'un service rendu en attire un autre...particulièrement si vous lisez 'Veil of secrecy'.

    http://accommodementsoutremont.blogspot.com/

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 06h42
    M. Coderre chef de l'ADQ ?
    M. Coderre montre ici sa capacité d'être populaire, de bien gérer ses affaires et de ne pas, par Toronto, se laisser faire.

    Être l'objet d'un personnage animé à l'émission de Gérard D. Laflaque est déjà une autre indication de son envergure et de sa personnalité joyeuse et bien assurée.

    Fait que, si l'ADQ veut revenir de son 8 % actuel dans les sondages aux environs de 30,84 % de l'élection de 2007, il devrait recruter M. Coderre comme chef pour que, de nouveau, tout le monde en parle.

    Un parti qui se cherche un chef et un chef qui va se chercher un parti.

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 07h25
    Le PLC tourne la page Coderre
    Le PLC tourne la page Coderre...

    Peut-il faire autrement?


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Guy-Michel Lanthier
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 08h20
    Belle mascarade!
    Pour son passage à TLMEP, je m'attendais à une déclaration en bonne et due forme de la part de Denis Coderre. Je m'attendais à une déclaration qui passerait à l'histoire. Pourquoi pas, son passage au Bloc Québécois. Mais non, son entrevue avec Guy A. Lepage m'a laissé sur ma faim.

    Du côté des libéraux par contre, on n'y a pas été de main morte. Michael Ignatieff a affirmé son autorité sur le parti part de nombreuses formules-chocs dont entre autres, «C'est vous l'équipe du Québec, c'est moi le chef»

    Avec un peu de recul, je crois que tout ça n'est qu'une mascarade!

    Plus de détails sur mon blogue :

    http://g-m-l.blogspot.com/2009/10/le-cas-coderre-l

    Guy-Michel Lanthier, ing.
    Conférencier et consultant en leadership

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 09h22
    Saison perpétuelle des trahisons
    Les Libéraux nous ont formaté pour vivre étape par étape la trame de fond de leurs trahisons. De Trudeau à Ignatieff, même combat, le vrai visage des Libéraux se profile au Québec. Leur faire confiance serait se mentir à soi-même.

  • Michel Stroggof
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 09h30
    Capacité intellectuelle
    C'est encore un signe que le PLC n'a pas encore collectivement le niveau intellectuel de décoder la réalité. J'ai déjà assisté au congrès et le niveau fait pitié (comme il est dit plus haut les bouffons ne sont pas loin). Ce n'est pas drôle pour le Québec. D'ailleurs, ne met-on pas de côté un peu trop facilement ceus (ou celles) qui ont des idées mais c'est de l'écran qu'il faut pour plaire au peuple. Ah!
    Michel ElSanto

  • J.M. Rodrigue
    Inscrite
    lundi 5 octobre 2009 10h19
    Pendant que Harper continue d'harponner son électorat de l'ouest...
    Décevant Denis Coderre à l'émission «Tout le monde en parle», il a décidément le logo du PLC tatoué sur la joue, pas surprenant qu'il présente l'autre joue à souffleter... Sa carrière politique au Parti Libéral est terminée. L'idée de l'envoyer à l'ADQ n'est pas si mauvaise, ce Parti a besoin d'un tel remontant... qui va finir par le tuer.

    Quant à Ignatieff, le chef passe son temps à changer d'idée...pas étonnant non plus qu'il descend dans les sondages.

    Les fédéralistes canadiens feraient mieux de voter pour le NPD, au moins Jack-in-the-box est fidèle à lui même...

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 11h45
    La page de qui ?
    Le milieu politique est sans doute le seul où l'on tourne la page qu'on n'a pas écrite.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • André Labelle
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 11h51
    OBJECTIF DU PLC: LE POUVOIR À TOUT PRIX
    Le PLC est formidable dans sa capacité de tout nier à la seule fin de prendre le pouvoir. Pas de problème. Pas de conflit. Mais on ne regarde surtout pas dans le rétroviseur. Le PLC essaie de nous faire croire qu'il est en téflon. Les commandites, Martin, Dion et maintenant Coderre. «Oyez Braves citoyens ! Rien ne colle sur le PLC. Croyez-nous, on vous le dit: le PLC c'est le plus beau, le plus grand, le plus fort. Croyez-nous et votez pour le PLC.»

    Mais je continue à trouver que ça sent toujours pas mal fort toutes sortes d'odeurs pas agréables dans une maison.

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 21h38
    Bravo Chantal
    La chronique de Chantal Hébert de ce jour résume la situation d`Ignatieff de façon frontale. Merci de cette analyse sans retenue d`un académicien faussement perçu meneur d`hommes, chez ces Libéraux de pacotille.

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