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Le faux problème d'Ignatieff

Chantal Hébert   5 octobre 2009  Canada
Michael Ignatieff n'est pas le premier chef libéral à vivre des crises existentielles au Québec. De John Turner à Stéphane Dion, tous les successeurs de Pierre Trudeau y ont vécu des misères. Le cas du chef libéral actuel se distingue néanmoins de ceux de tous ses prédécesseurs.

John Turner a payé les pots cassés du rapatriement de la Constitution en 1984; il s'est retrouvé du mauvais côté du débat québécois sur le libre-échange canado-américain en 1988. Jean Chrétien était en porte-à-faux avec le mouvement nationaliste québécois du début à la fin de l'épisode de Meech et du référendum qui a suivi. Le scandale des commandites, dans le cas de Paul Martin, et son rôle de premier plan dans le débat sur la clarté référendaire, dans celui de Stéphane Dion, ont tiré le PLC vers le bas au Québec au cours des trois dernières élections fédérales.

On chercherait en vain dans la brève feuille de route politique de Michael Ignatieff un élément majeur qui expliquerait le désenchantement de l'électorat québécois à son égard. Mais on chercherait tout aussi en vain un élément central identifiable de sa vision.

***

Dans les faits, le chef libéral n'a pas vraiment un problème québécois. Il a un problème de contenu. Cela explique pourquoi sa formation est en recul non seulement au Québec, mais également en Ontario et en Colombie-Britannique.

Ce n'est pas parce qu'un parti est dirigé par un intellectuel qu'il est automatiquement un parti d'idées. Depuis que Michael Ignatieff est devenu chef, le flou artistique a remplacé les idées neuves. Il y a dans cette vacuité une grande part de parti pris. Certains des conseillers du chef libéral sont convaincus que la voie du pouvoir ne passe pas par le renouvellement des politiques du parti. En cela, ils se trompent lourdement.

Stephen Harper n'aurait pas réalisé une percée au Québec en 2006 s'il n'avait pas avancé le concept du fédéralisme d'ouverture, incarné à l'époque par des promesses précises sur le front du déséquilibre fiscal et de la représentation du Québec à l'UNESCO. À l'inverse, l'automne dernier, c'est l'idée que se faisait le premier ministre de la politique culturelle et de la justice, plutôt que sa personnalité ombrageuse, qui a eu un effet repoussoir sur l'électorat québécois.

Dans le même ordre d'idées, les politiques de Jean Chrétien sur le financement populaire, le mariage entre conjoints de même sexe et sur la guerre en Irak avaient fini par avoir raison de bien des réserves québécoises au cours de son dernier mandat.

Il est d'autant plus risqué de parier sur la personnalité d'un chef pour l'emporter dans une campagne électorale que l'on peut très bien être un brillant intellectuel — ce qui est le cas de Michael Ignatieff — et ne pas avoir de dons pour le leadership politique. Ce qui distingue les bons leaders de ceux qui se sont trompés de carrière, c'est finalement l'instinct. Et cette qualité se raffine avec le temps.

C'est son instinct politique qui a permis à Jean Chrétien de naviguer à travers le champ de mines post-référendaire ou de trancher le débat sur l'Irak à la satisfaction éventuelle d'une vaste majorité de Canadiens, ou encore à Stephen Harper de réussir en réunifiant son parti là où Joe Clark — un chef qui a toujours eu le don de ne pas être à la bonne place au bon moment — avait échoué. Stéphane Dion était dénué d'instinct politique, et l'on n'a pas encore de preuve que son successeur soit mieux pourvu.

***

En attendant, l'admiration que voue sa garde rapprochée au chef libéral est un obstacle à l'exercice d'un essentiel sens critique à son endroit. À cet égard, un des spectacles troublants auxquels il m'ait été donné d'assister a été celui de membres de l'entourage de Michael Ignatieff émus jusqu'aux larmes par le discours (peu mémorable) qu'il a prononcé lors de la clôture du congrès libéral de Vancouver, le printemps dernier.

À l'inverse, l'image que se fait l'équipe libérale de Stephen Harper est dangereusement réductrice. Elle ne correspond ni à sa feuille de route, remarquable dans la mesure où il n'a jamais mené une seule campagne sans gagner du terrain, ni à la réalité de ce que sa gouvernance ne fait pas le genre de vagues qui mèneraient à un raz-de-marée électoral libéral. Le résultat de cette myopie est un discours décalé, qui ne touche que les convertis.

Entouré de conseillers qui surestiment ses qualités et qui sous-estiment celles de Stephen Harper, Michael Ignatieff est un cordonnier mal chaussé qui ne se rendra pas beaucoup plus loin sur la route du pouvoir s'il n'y voit pas rapidement. Et il ne lui suffira pas de retirer le petit caillou québécois qui s'est glissé dans son soulier pour retrouver son élan.

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
 
 
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  • Marc A. Vallée
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 06h56
    Manque de contenu
    Vous avez raison sur plusieurs points. Entre autres:
    . les libéraux manquent de contenu,
    . les libéraux sous-estiment Stephen Harper et ne savent pas comment viser ses points faibles.

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 06h57
    Les libéraux font pitié...(Monique Legault)
    A suivre la politique canadienne, on a le gôut de ne pas voter aux prochaines élections.

    Je regardais Coderre à Tout le monde en parle et j'avais des nausées. C'est évident qu'il a besoin d'une cure pour trouver le nom de sa maladie mentale et se faire traiter. Un psy pourrait mettre un nom sur ce phénomène.

    Ignatieff quand il parle, il ferme les yeux et on a l'impression qu'il dort en parlant. Serait-ce le subconcient qui agit...

    On accorde trop d'importance aux politiciens mais pas assez au contenu des messages. Les journalistes devaient aussi y mettre du contenu aux analyses. C'est souvent superficiel.

    Coderre doit partir et il serait bon dans une émission de variétés.

  • Georges Paquet
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 07h10
    M. Ignatieff, lisez ce texte attentivement.
    Il faut que les proches de Michael Ignatieff lui découpent ce texte et l'invitent à réfléchir profondément aux conseils sages et précieux que lui prodigue Chantal Hébert, cette analyste politique brillante et indispensable. Il faut donner aux Canadiens de très bons arguments en faveur d'un vote libéral. Ce n'est pas suffisant de détester Stephen Harper et son entourage, même si on a raison sur plusieurs points.

  • Geneviève Caron
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 08h31
    Rafraîchissant
    Madame Hébert, il fait bon de vous lire. Votre lecture des faits est rafraîchissante. Merci

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 10h16
    Du contenu, M. Coderre en a en surplus
    Si M. Ignatieff manque de contenu, ce n'est pas le cas de M. Coderre qui en a du contenu, physiquement et intellectuellement itou avec sa défense de la langue française en général et dans les sports, en particulier.

  • Mario Bruyere
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 10h28
    Idées, instinct et conviction
    Chantal, je lisais votre chronique dans le Star et après la lecture de celle du Devoir, me disait que vous auriez pu tout simplement en faire une traduction pour le plus grand bien de la garde rapprochée et ontarienne de Michael Ignatieff. Outre les idées et l'instinct, le parti libéral souffre d'un grand manque de conviction depuis Paul Martin, ensuite Stéphane Dion et maintenant Ignatieff. On est bien loin de la tête forte de Jean Chrétien qui persistait et signait mordicus, jusqu'à la commission Gomery. Cette conviction et cette opiniâtreté lui ont valu la confiance d'une majorité Canadiens qui au moins savait à quoi s'en tenir. Comme quoi l'intellect peut devenir un handicap.

  • Yosie Saint-Cyr
    Inscrite
    lundi 5 octobre 2009 11h52
    Enfin!
    Tres bien dit... merci d'etre si franche! Yo

  • Claude Archambault
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 12h00
    La force de Harper
    Harper gagnera les prochaines élections et sera majoritaire. Et ce sera grâce au Québec. Au Québec il gardera ses circonscriptions actuels et en gagnera peu être une ou deux. Les raisons sont multiples, les bévues d'Ignatieff, la force de son autorité, ses positions plus modérés (qui cache certainement une droite plus radical) et au Québec le jeu de la carte électoral qui donne une surreprésentation de siège au Bloc. Si le Québec votait libéral, Harper ne pourrait être majoritaire et tout au plus serait minoritaire. Mais les chances seraient d'avoir un gouvernement libéral minoritaire.

    Il ne faut pas oublier que les Libéraux sont beaucoup plus proche du Québec en ce qui concerne l'environnement, le militaire, les positions social, l'économie. La seule position que les libéraux ont qui ne plait pas à certain Québécois c'est sur la souveraineté, mais à se sujet la position de Harper est tout aussi déplaisante pour eux et de plus les souverainistes forme une minorité des québécois de toute façon.

    Malheureusement le jeu de la carte électoral leur accorde une importance exagérée.

  • Michel Fafard
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 13h34
    L'instinct du tueur
    Ce qui a manqué à Stéphane Dion et ce qui manque à Michael Ignasieff c'est l'instinct de tueur que Jean Chrétien avait. Les intellectuels ont souvent tendance à voir la politique au niveau théorique sans sens pratique.

  • Michel J. Cyr
    Inscrit
    lundi 5 octobre 2009 15h40
    Hébert manque de perspicacité;est-ce possible?
    Il semble que tous les médias,incluant ceux du Québec ont tous un penchant pro Harper,un gouvernement totalitaire ,qui semble exercer des pressions sur tous les médias du canada.
    Les médias ne veulent pas croire ou voir ce qui est et ce qui s'en vient.
    Nous avons un gouvernement qui ment et triche continuellement et les médias semblent beurrer tout en rose pour Harper.
    Chantale Hébert dit que Ignatieff a manqué son coup au Congrès du parti libéral à Québec en fin de semaine.Il me semble qu'elle n'a pas compris son message principal qu'il répète depuis quelque temps,dont il a répété à Québec:c'est que le canada ne peut pas accepté un gouvernement d'extrême droite qui coupe tous les acquis en culture,en droit linguiistique en justice sociale,etc. Et dont le fruit économique récolté jusqu'à maintenant est un déficit de presque 60 milliards.
    Au Québec on aimait à haïr les gouvernements de Trudeau et Chrétien,mais les résultats pour le Québec
    étaient meilleurs qu'ils le sont maintenant avec Harper ou qu'ils le seront si Harper demeure.
    Peut-être que le peuple québécois va être plus perspicace qu'Hébert et jettera Harper dehors ,
    et retourner son parti en Alberta où il pourra peut-être aider à nettoyer l'environnement détéorié qui fut causé par l'exploitation déréglementée des sables bitumineux.
    Pour rendre ça possible il faudra que les québécois au moins pour cette fois-ci lâchent le Bloc Québécois pour aider les libéraux.C'est un vote stratégique pour se débarrasser de Harper.Un vote pour Ignatieff n'est pas un vote pour chrétien et son régime des commandites.Ignatieff n'a rien eu à faire avec ça. De toute façon il n'y aura pas grande séparation du Québec avec Harper au pouvoir.Son armée ne sera pas trop loin.
    Miche J.Cyr
    Dieppe,N.B.

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 16h29
    Un Coderre éclairant
    Le propos de Denis Coderre devrait convaincre les Québécois et Québécoises de voter pour le Bloc. Malgré des faiblesses et des erreurs, ce parti est vraiment le seul qui puisse défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Imaginez un moment un gouvernement libéral majoritaire. Une multiplication de Coderre prêts à vanter le chef et le parti.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    lundi 5 octobre 2009 17h59
    Le Bloc....
    Pourquoi perdre son temps à voter pour un parti, peuplé d'opportunistes, qui ne sera jamais au pouvoir. Que les souverainistes se concentrent donc sur le PQ au lieu de semer la bisbille à Ottawa.

    De toute façon, c'est cause perdue pour ces deux partis rétrogrades où c'est la paye qui compte....!

    Mme Legault écrit avoir ressenti des nausées en regardant Coderre, à "Tout le monde en parle" pour d'autres, Duceppe produit le même effet mais ils n'ont pas le droit de le dire sur la tribune du Devoir, car venant de la bouche des fédéralistes, ça devient une insulte contrairement aux énoncés des pkiss!

  • Sarcelle33
    Inscrite
    mardi 6 octobre 2009 03h35
    Deux partis mais du pareil au même.
    C'est à se demander pourquoi les Québécois s'interrogent
    sur l'avenir du Parti Libéral du Canada ou du Parti Conservateur...

    L'hitoire dit que le gouvernement du Québec, qu'il soit Libéral ou Péquiste, a toujours dû se traîner à genoux pour
    obtenir les redevances qu'Ottawa devait leur remettre. Même que le grand fédéraliste Jean Charest n'y arrive pas.

    Que Michael Ignatieff manque de contenu ou que Stephen Harper chante du Beatles, les Québécois et Québécoises pourraient bien se passer de ces deux marionnettes dont les ficelles sont discrètement tirées par une riche corporation et un organisme religieux secret qui sont loin de favoriser les intérêts de la nation francophone Québécoise.

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 9 octobre 2009 16h10
    La connaissance du Canada et du système fédéral ne dépasse pas le bout de son nez.
    Ne pas reconnaître l'influence qu'excerce le gouvernement du Canada, par tous les leviers dont il dispose, sur l'ensemble de l'économie, sur la vigueur des exportations, sur le niveau de l'emploi, sur la sécurité de nos dépôts dans les banques, sur la sécurité contre le terrorisme, c'est ne pas pouvoir discuter intelligemment de tous les pouvoirs dont dispose le Québec et des résultats qu'il obtient dans ses domaines de compétence. En passant, ce n'est pas un dicton ni une légende urbaine que de constater que le Québec possède plus de pouvoir en propre dans le système canadien que la France n'en possède dans l'Union européenne.

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    samedi 10 octobre 2009 15h18
    La place régressive du Québec au Canada
    Mazatlán, Sinaloa, Mexique 10 octobre 2009
    Le beau Michael de Lisa Frulla (club des EX) doit dire rapidement aux Québécois et aux autres du ROC quelle place il entend leur donner dans la Fédération de CONS canadienne, sinon nous n'allons pas lui donner nos votes au Québec.
    Le NPD de Jack Layton et du seul représentant NPD au Québec Thomas Mulcair réussiront-ils mieux que le Bloc dans leur nouvelle stratégie à Ottawa pour "francophoniser" les organismes fédéraux sur notre territoire national québécois ? Bonne stratégie d'appuyer le Bloc en ce sens, on verra bien quel accueil ils recevront de la part du PLC et des CONS... la semaine prochaine.
    Quand les Québécois, présentement endormis "dans le confort et l'indifférence politique sur les 3 paliers/oreillers de gouvernement" vont-ils enfin se réveiller pour constater qu'ils ne comptent plus au Fédéral et reprennent en mains leur destinée en s'assumant enfin "MAÏTRES CHEZ EUX" ???
    Couper les vivres à Ottawa dans leurs prochaines déclarations d'impôt fédéral ne serait-il pas la solution ???... ou du moins un pas dans la bonne direction??... car ils ne doivent pas compter sur Charest et sa clique pour réclamer les millions qui leur sont dus... certains depuis longtemps... Les bandits á cravate et en jupons ne sont pas tous au Québec, n'est-ce pas ?

    Le joyeux retraité de « la Perla del Pacífico »
    André Lacombe-Gosselin

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