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Parti libéral du Canada - L'apprenti

Bernard Descôteaux   3 octobre 2009  Canada
Un dicton veut qu'en politique, une semaine soit une éternité. Après la semaine intense qu'il vient de vivre, le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, sait maintenant combien cela est vrai. Ce furent des moments difficiles, révélateurs des faiblesses de l'équipe libérale et d'un chef encore vert.

Etre chef de l'opposition officielle n'est pas une sinécure. Le chef libéral l'a répété plusieurs fois ces derniers jours alors que s'étalaient ses déboires avec son ex-lieutenant au Québec, Denis Coderre. Un sentiment que d'autres avaient déjà ressenti. Ainsi, Brian Mulroney a déjà avoué que la période la plus difficile de sa carrière politique avait été ses années dans l'opposition. La chose s'explique. Le gouvernement a entre les mains tous les instruments du pouvoir. Contrairement à un premier ministre, un chef de l'opposition ne peut s'assurer l'appui de ses militants, organisateurs et députés par des nominations ou des promesses de subventions et de bouts de routes. Tout au plus, peut-il leur faire miroiter que le pouvoir est à portée de la main.

Le drame vécu par Michael Ignatieff cette semaine aura été de réaliser que le pouvoir est loin d'être à portée de la main. La stratégie annoncée lors du caucus de Sudbury il y a un mois aura fait long feu. La motion de censure annoncée a été battue jeudi, si bien que le gouvernement Harper, grand gagnant de cette opération, semble en selle pour encore plusieurs mois. C'est le retour à la case départ pour les libéraux.

À tous égards, la crédibilité de M. Ignatieff se trouve affectée par cet échec. On voit aujourd'hui à quel point il a mal mesuré le risque pris en défiant le gouvernement. Il était clair pourtant que les Canadiens ne voulaient pas d'élection à ce moment-ci. Il a mal lu les sondages d'été, généralement peu fiables, qui le mettaient au coude à coude avec le Parti conservateur. Surtout, il a eu tort de croire que 35 jours de campagne suffiraient pour prendre la tête et remporter l'élection.

Intellectuel à peine sorti de son université, Michael Ignatieff manque manifestement de flair. Contrairement à un Brian Mulroney ou à un Jean Chrétien, il n'a pas cette sensibilité qu'on appelle l'instinct politique qui, d'emblée, vous indique d'où le vent souffle et avec quelle force. Il n'a pas non plus ce réflexe de toujours s'assurer de ses appuis au sein même du parti et de la loyauté de ses proches, ce qu'illustre l'incident avec Denis Coderre. Il savait pourtant qu'en dépit de ses talents d'organisateur, celui-ci pouvait être un électron libre qu'il fallait encadrer. Résultat, faute d'avoir autour de lui des conseillers politiques connaissant bien le Québec, Michael Ignatieff a permis à banale chicane interne d'investiture locale, comme tous les partis politiques en vivent, de se transformer en conflagration. La sortie du lieutenant québécois sur l'influence des conseillers torontois sur les affaires du parti au Québec, tout exagérée qu'elle soit, laissera des traces profondes dans l'inconscient des électeurs. Jacques Parizeau appelait cela « s'auto-pelure-de-bananiser ».

Être chef de l'opposition officielle, c'est être prétendant au poste de premier ministre. En présentant une motion de défiance pour faire tomber le gouvernement, il nous disait être prêt à le devenir. Manifestement, il ne l'était pas. Le néophyte politique qu'il est devra poursuivre son apprentissage. Il peut remercier les néo-démocrates qui, en assurant la survie du gouvernement conservateur, lui donnent la chance de se rattraper.

bdescoteaux@ledevoir.com






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  • Normand Carrier
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 06h20
    Monsieur Ignatieff a beaucoup de croutes a manger .....
    On se doutait que cet intellectuel manquait de leadership et était déconnecté de la réalité politique mais les dernières révélations ont dépassé tout entendement ! Il avait l'air d'un pee-wee sur la glace et les erreurs se sont multipliées et son flair politique s'est avéré inexistant ce qui est mortel en politique......Que Coderre reste ou parte , le mal est fait et l'organisation du P.L.C. au Québec est bancal et inexistante dans la majorité des comtés en région ! Dire que des partisants libéraux dépourvus de toute objectivité nous le présentaient comme le grand stratège qui sortirait comme le grand génie de toute ses manoeuvres ! On n'a plus les génies qu'on avait et il faudra attendre encore longtemps pour voir apparaître la septième merveille du monde dans le parti libéral .....
    Normand Carrier

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 07h48
    M. Ignatieff
    Il faut apprendre de ses erreurs.

  • André Loiselet
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 10h19
    Croque-mort
    À quoi bon posséder tant de diplômes si c'est pour ignorer qu'on a pas sa place en politique active?
    M. Coderre a plus de charisme que lui. Faut le faire!
    Si Stéphane Dion avait des allures professorales Monsieur Ignnatieff a tout du principal d'école. Avec ses allures de croque-mort, comment peut-il assurer la survie du gouvernement libéral? Il assurera sans problèmes celle de M. Harper.
    Le temps peut bien être au sombre et nos écrivains se suicider...

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 11h35
    Coderre, un électron libre
    Monsieur Descôteaux qualifie Denis Coderre d'électron libre. Ce dernier fait en effet très québécois. Comme l'adolescent qui se révolte contre le père qui veut le mettre au pas, il a cédé à la colère. Et devant un million et plus de téléspectateurs à Tout le monde en parle, il va rentrer dans le rang, docilement, en ventant les mérites (?) de son chef et la grandeur (?) de son parti. Il est probable qu'Ignatieff lui redonnera la chance de continuer de faire de la politique et de contribuer ainsi à la survie du faux pays qu'est le Canada.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 20h49
    @ Roland Berger
    On peut l'aimer, on peut le détester. Mais on ne peut renier la réalité du Canada comme pays. Un pays qui sait coucher depuis 140 ans à coté des États-Unis ne peut qu'avoir l'admiration la planète. Bon! Le pays, il n'est pas parfait. Après 250 ans, les Québécois qui occupaient le territoire original ne sont toujours pas intégrés. C'est ce que M. Ignatieff réalise. Tant mieux! Si les Libéraux peuvent réaliser que tant qu'ils n'auront pas conquis le coeur des Québécois, ils ne pourront régner sur le Canada, tant mieux! Comme je l'ai dit ailleurs, il est temps que le chef du Parti Libéral soit lui-même responsable du dossier québécois et qu'il ne le confie plus à un lieutenant.

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