La section Québec du PLC décapitée
La démission de Denis Coderre comme lieutenant entraîne d'autres départs
Photo : Jacques Grenier Le Devoir
Denis Coderre en conférence de presse, hier, dans un restaurant de Montréal-Nord.
La démission fracassante de Denis Coderre hier a créé une onde de choc qui se fera sentir longtemps, puisque, dans son sillage, cinq dirigeants de la formation ont également claqué la porte, décapitant du même coup la direction du Parti libéral du Canada au Québec.
Dans un restaurant de sa circonscription, à Montréal-Nord, Denis Coderre a soutenu hier matin ne plus avoir « l'autorité morale » pour continuer dans ses fonctions de lieutenant du Québec et de critique en matière de Défense. Il demeure toutefois député de Bourassa.
« Le rôle de lieutenant politique nécessite qu'il existe un lien de confiance indéfectible entre le chef et son lieutenant », a-t-il dit, laissant entendre que ce lien n'existe plus depuis que Michael Ignatieff a annulé sa décision de nommer la femme d'affaires Nathalie Le Prohon dans Outremont, pour finalement imposer l'ancien ministre Martin Cauchon. Le bras de fer public entre MM. Cauchon et Coderre a duré une dizaine de jours. En outrepassant l'autorité de son lieutenant, Michael Ignatieff a miné la crédibilité de Denis Coderre dans l'organisation au Québec, le poussant vers la sortie.
Un départ qui a d'ailleurs entraîné une cascade de démissions. Hier, des rumeurs circulaient selon lesquelles Nathalie Le Prohon, désormais pressentie pour porter les couleurs du PLC dans la circonscription de Jeanne-Le Ber, pourrait se désister à la suite du départ de Denis Coderre. Mme Le Prohon n'a pas rappelé Le Devoir hier pour confirmer ou infirmer cette information.
Quelques heures après la démission de Denis Coderre, c'était au tour de Pierre Lajeunesse (organisateur en chef), de Jean-François Coderre (directeur des opérations), d'Éric Simard (président du comité d'analyse des candidatures), de Denis Dolbec (conseiller) et de Jean Rizzuto (comité de financement) de quitter leurs fonctions.
L'entourage du chef visé
Tout comme Denis Coderre, les démissionnaires ont manifesté leur mécontentement à l'égard de l'entourage du chef libéral, et notamment des conseillers de Toronto.
Ils leur reprochent d'avoir outrepassé la volonté de toute l'aile québécoise du PLC, qui avait choisi Mme Le Prohon comme candidate. Selon les informations obtenues par Le Devoir, les Torontois Alfred Apps (président du PLC), Sachin Aggarwal (directeur des opérations) et Daniel Brock (conseiller du chef) sont particulièrement visés, puisque ce sont eux qui auraient convaincu Michael Ignatieff de changer son fusil d'épaule et de laisser la place à Martin Cauchon dans Outremont.
Les lettres de démission de Pierre Lajeunesse et de Jean-François Coderre (qui est un petit cousin de Denis Coderre), obtenues par Le Devoir, témoignent d'un inconfort. « Je demeure profondément libéral, mais je ne peux cautionner les récents événements qui ont affecté l'aile québécoise du Parti libéral du Canada », écrit Pierre Lajeunesse. Jean-François Coderre, quant à lui, écrit: « Je crois sincèrement en la nécessité que le Parti libéral du Canada soit doté d'une aile québécoise forte, et surtout autonome. Les récents événements font en sorte que je ne peux continuer à exercer mes fonctions. »
Des propos qui font écho aux paroles de Denis Coderre. En conférence de presse, l'ancien lieutenant a directement accusé les conseillers anglophones d'Ignatieff d'avoir un poids disproportionné auprès du chef.
« Des questions beaucoup plus fondamentales se posent: à qui doit s'en remettre le chef du Parti libéral du Canada pour décider des enjeux qui concernent strictement le Québec? Doit-il s'en remettre à son lieutenant québécois travaillant en concertation avec une équipe crédible ou plutôt à ses conseillers torontois qui ont une méconnaissance totale de la réalité sociale et politique québécoise? », a lancé M. Coderre, avant d'ajouter: « Le message qui est envoyé par ces récents événements est le suivant: "si vous voulez avoir gain de cause au Québec, vous n'avez qu'à court-circuiter les autorités québécoises du Parti en vous adressant plutôt à la garde rapprochée du chef à Toronto." [...] Demeurer lieutenant du Québec dans de telles circonstances, ce serait trahir la raison même de mon implication politique. »
À Ottawa, Michael Ignatieff a dit regretter le départ de Denis Coderre, « un ami et un collègue ». Il a affirmé qu'il n'entendait pas nommer de nouveau lieutenant politique au Québec pour le moment. Il a souligné, comme l'avait fait M. Coderre le matin, que 68 des 75 candidats du PLC au Québec sont déjà trouvés et que l'organisation est prête à une bagarre électorale grâce « au bon travail de Denis », a-t-il dit.
Le chef libéral a dit trouver ridicule l'accusation selon laquelle le parti est dirigé depuis l'Ontario. « L'idée que ce parti est dirigé de Toronto me fait rire et ça fait rire en Colombie-Britannique, en Alberta, dans les provinces atlantiques... Je mène une formation pancanadienne. Je suis fier de mon équipe au Québec. Ils ont la direction et la responsabilité avec moi pour le renouveau du parti. Et ça se poursuit », a-t-il dit à sa sortie de la période de questions.
Selon le député Pablo Rodriguez, la tension entre les conseillers du chef, qui proviennent de différentes régions du pays, et l'équipe du Québec, procure un « équilibre » au parti. « C'est un rapport de force. Parfois, on gagne, parfois, on perd », a-t-il dit hier. Selon lui, le PLC peut très bien fonctionner sans lieutenant au Québec, comme c'est le cas dans plusieurs provinces. Il y a alors un organisateur en chef, qui n'est pas un député, qui travaille en collaboration avec un comité consultatif qui fait rapport au chef.
C'est d'ailleurs pourquoi le départ de Pierre Lajeunesse, l'actuel organisateur en chef, place le parti dans une position délicate à court et moyen terme. C'est lui qui devait gérer la prochaine campagne électorale sur le terrain. « Il est la clé de voûte du parti. Il contrôlait tous les organisateurs régionaux », dit une source libérale, qui fait une analogie entre les démissions et le hockey. « Le Parti libéral du Canada section Québec vient de perdre son premier trio d'un seul coup! Ça fait mal. »
À Ottawa, les députés libéraux tentaient de minimiser l'impact de ces départs sur leur parti. Tous remerciaient Denis Coderre de son travail. « C'est regrettable, mais on doit aller de l'avant », a dit Pablo Rodriguez.
En conférence de presse, Denis Coderre a dit toujours avoir confiance en son chef, Michael Ignatieff, et c'est pourquoi il reste député.
Dans un restaurant de sa circonscription, à Montréal-Nord, Denis Coderre a soutenu hier matin ne plus avoir « l'autorité morale » pour continuer dans ses fonctions de lieutenant du Québec et de critique en matière de Défense. Il demeure toutefois député de Bourassa.
« Le rôle de lieutenant politique nécessite qu'il existe un lien de confiance indéfectible entre le chef et son lieutenant », a-t-il dit, laissant entendre que ce lien n'existe plus depuis que Michael Ignatieff a annulé sa décision de nommer la femme d'affaires Nathalie Le Prohon dans Outremont, pour finalement imposer l'ancien ministre Martin Cauchon. Le bras de fer public entre MM. Cauchon et Coderre a duré une dizaine de jours. En outrepassant l'autorité de son lieutenant, Michael Ignatieff a miné la crédibilité de Denis Coderre dans l'organisation au Québec, le poussant vers la sortie.
Un départ qui a d'ailleurs entraîné une cascade de démissions. Hier, des rumeurs circulaient selon lesquelles Nathalie Le Prohon, désormais pressentie pour porter les couleurs du PLC dans la circonscription de Jeanne-Le Ber, pourrait se désister à la suite du départ de Denis Coderre. Mme Le Prohon n'a pas rappelé Le Devoir hier pour confirmer ou infirmer cette information.
Quelques heures après la démission de Denis Coderre, c'était au tour de Pierre Lajeunesse (organisateur en chef), de Jean-François Coderre (directeur des opérations), d'Éric Simard (président du comité d'analyse des candidatures), de Denis Dolbec (conseiller) et de Jean Rizzuto (comité de financement) de quitter leurs fonctions.
L'entourage du chef visé
Tout comme Denis Coderre, les démissionnaires ont manifesté leur mécontentement à l'égard de l'entourage du chef libéral, et notamment des conseillers de Toronto.
Ils leur reprochent d'avoir outrepassé la volonté de toute l'aile québécoise du PLC, qui avait choisi Mme Le Prohon comme candidate. Selon les informations obtenues par Le Devoir, les Torontois Alfred Apps (président du PLC), Sachin Aggarwal (directeur des opérations) et Daniel Brock (conseiller du chef) sont particulièrement visés, puisque ce sont eux qui auraient convaincu Michael Ignatieff de changer son fusil d'épaule et de laisser la place à Martin Cauchon dans Outremont.
Les lettres de démission de Pierre Lajeunesse et de Jean-François Coderre (qui est un petit cousin de Denis Coderre), obtenues par Le Devoir, témoignent d'un inconfort. « Je demeure profondément libéral, mais je ne peux cautionner les récents événements qui ont affecté l'aile québécoise du Parti libéral du Canada », écrit Pierre Lajeunesse. Jean-François Coderre, quant à lui, écrit: « Je crois sincèrement en la nécessité que le Parti libéral du Canada soit doté d'une aile québécoise forte, et surtout autonome. Les récents événements font en sorte que je ne peux continuer à exercer mes fonctions. »
Des propos qui font écho aux paroles de Denis Coderre. En conférence de presse, l'ancien lieutenant a directement accusé les conseillers anglophones d'Ignatieff d'avoir un poids disproportionné auprès du chef.
« Des questions beaucoup plus fondamentales se posent: à qui doit s'en remettre le chef du Parti libéral du Canada pour décider des enjeux qui concernent strictement le Québec? Doit-il s'en remettre à son lieutenant québécois travaillant en concertation avec une équipe crédible ou plutôt à ses conseillers torontois qui ont une méconnaissance totale de la réalité sociale et politique québécoise? », a lancé M. Coderre, avant d'ajouter: « Le message qui est envoyé par ces récents événements est le suivant: "si vous voulez avoir gain de cause au Québec, vous n'avez qu'à court-circuiter les autorités québécoises du Parti en vous adressant plutôt à la garde rapprochée du chef à Toronto." [...] Demeurer lieutenant du Québec dans de telles circonstances, ce serait trahir la raison même de mon implication politique. »
À Ottawa, Michael Ignatieff a dit regretter le départ de Denis Coderre, « un ami et un collègue ». Il a affirmé qu'il n'entendait pas nommer de nouveau lieutenant politique au Québec pour le moment. Il a souligné, comme l'avait fait M. Coderre le matin, que 68 des 75 candidats du PLC au Québec sont déjà trouvés et que l'organisation est prête à une bagarre électorale grâce « au bon travail de Denis », a-t-il dit.
Le chef libéral a dit trouver ridicule l'accusation selon laquelle le parti est dirigé depuis l'Ontario. « L'idée que ce parti est dirigé de Toronto me fait rire et ça fait rire en Colombie-Britannique, en Alberta, dans les provinces atlantiques... Je mène une formation pancanadienne. Je suis fier de mon équipe au Québec. Ils ont la direction et la responsabilité avec moi pour le renouveau du parti. Et ça se poursuit », a-t-il dit à sa sortie de la période de questions.
Selon le député Pablo Rodriguez, la tension entre les conseillers du chef, qui proviennent de différentes régions du pays, et l'équipe du Québec, procure un « équilibre » au parti. « C'est un rapport de force. Parfois, on gagne, parfois, on perd », a-t-il dit hier. Selon lui, le PLC peut très bien fonctionner sans lieutenant au Québec, comme c'est le cas dans plusieurs provinces. Il y a alors un organisateur en chef, qui n'est pas un député, qui travaille en collaboration avec un comité consultatif qui fait rapport au chef.
C'est d'ailleurs pourquoi le départ de Pierre Lajeunesse, l'actuel organisateur en chef, place le parti dans une position délicate à court et moyen terme. C'est lui qui devait gérer la prochaine campagne électorale sur le terrain. « Il est la clé de voûte du parti. Il contrôlait tous les organisateurs régionaux », dit une source libérale, qui fait une analogie entre les démissions et le hockey. « Le Parti libéral du Canada section Québec vient de perdre son premier trio d'un seul coup! Ça fait mal. »
À Ottawa, les députés libéraux tentaient de minimiser l'impact de ces départs sur leur parti. Tous remerciaient Denis Coderre de son travail. « C'est regrettable, mais on doit aller de l'avant », a dit Pablo Rodriguez.
En conférence de presse, Denis Coderre a dit toujours avoir confiance en son chef, Michael Ignatieff, et c'est pourquoi il reste député.
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