Revue de presse - D'un chef à l'autre
Après s'être fait écorcher la semaine dernière, le chef du NPD, Jack Layton, a vu quelques commentateurs venir à sa défense cette semaine. Même le très conservateur Charles Moore, du Telegraph Journal, au Nouveau-Brunswick, a demandé à ce qu'on laisse Layton tranquille, lui qui a eu la sagesse d'éviter une élection aux Canadiens.
De son côté, Lawrence Martin affirme, dans le Globe and Mail, que le NPD vise généralement juste en matière de politiques. Il lui donne crédit pour avoir fait bouger les conservateurs sur l'assurance-emploi tout en évitant une élection et en torpillant les arguments anticoalition de Stephen Harper. Martin rappelle aussi que le NPD fut le premier parti à demander un retrait des troupes de l'Afghanistan et à préconiser une solution négociée avec les talibans. C'est aussi le parti qui a critiqué le plus vigoureusement les excès du capitalisme, revendiqué une aide pour le secteur de l'automobile et demandé un plan de protection des pensions. « Les néodémocrates ont leur longue liste d'excès mal avisés en matière de politiques économiques et sur d'autres dossiers, mais il y a des moments où leur activisme est de mise », dit Martin.
Il y a toutefois encore des critiques. Dan Leger, du Halifax Chronicle-Herald, est même un brin cruel. « Si Jack Layton est aujourd'hui quelqu'un, il pourrait en venir à regretter ce qu'il est devenu », écrit-il. Après s'être vanté de former la vraie opposition, le voilà qui assure la survie des conservateurs. Leger parle de la « coalition des bien-pensants avec la fausse moralité conservatrice et l'indignation feinte du NPD ». Le journaliste croit que Layton en paiera le prix, car Harper méprise l'opposition et ne fait qu'imposer ses vues. Il ne plie que lorsque cela lui sert. Comme Layton, ajoute Leger.
Autres cibles
Le chef libéral Michael Ignatieff et le premier ministre Stephen Harper ont eux aussi eu leur part de commentaires. Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, avait Ignatieff dans sa mire. Selon le journaliste, le chef libéral critique beaucoup mais offre peu de solutions de rechange et, quand il le fait, il ne se distingue pas beaucoup de son adversaire conservateur. De l'avis de Simpson, la convergence entre les deux partis est plus évidente depuis que les conservateurs se sont faits interventionnistes et les libéraux, « incapables ou peu disposés à présenter quoi que ce soit de terriblement frappant ». L'équipe éditoriale du National Post trouve elle aussi que l'étoile du chef libéral pâlit, et ce n'est pas son discours économique en début de semaine qui la fera changer d'idée. Selon elle, Ignatieff a plutôt donné raison à ceux qui ne voient aucun motif d'avoir des élections prématurées. Moins sévère, le Toronto Star a aimé le ton du discours mais est resté sur sa faim, trouvant illogique que le chef libéral rappelle l'utilité des taxes pour financer les services publics et précise aussitôt qu'il n'en haussera aucune pour éliminer le déficit. L'Edmonton Journal a quand même trouvé qu'en prenant la défense du rôle de l'État, le chef libéral a su établir une différence claire entre Stephen Harper et lui. C'est au moins ça de pris.
Stephen Harper, de son côté, s'est attiré des fleurs pour la décision de son gouvernement de boycotter le discours du premier ministre iranien, Mahmoud Ahmadinejad, devant l'assemblée générale des Nations unies. De confession juive, Lorrie Goldstein, de SunMedia, s'est dit heureux de vivre dans un pays où le premier ministre n'a pas peur de dénoncer ceux qui propagent la haine des Juifs. Le National Post et le Globe and Mail ont eux aussi souligné le geste canadien. Le Toronto Star l'a noté, mais l'équipe éditoriale a aussi retenu et dénoncé la décision du premier ministre de préférer un événement dans un Tim Hortons ontarien à la première journée de l'Assemblée générale de l'ONU, un geste d'autant plus incompréhensible que le Canada convoite un siège au Conseil de sécurité. Harper a aussi raté la conférence sur les changements climatiques qui avait lieu le jour précédent, et ce, même s'il était à New York. « Ces occasions manquées n'amélioreront pas la stature du Canada », conclut avec déception le Star.
Pendant ce temps...
Parlant de politique étrangère, que dire de la situation en Afghanistan? Le pessimisme s'est installé dans l'esprit des commentateurs, tout comme le scepticisme à l'égard des vertus de la mission canadienne. Le plus cru est sûrement Scott Taylor, spécialiste des affaires militaires, éditeur du magazine Esprit de corps et chroniqueur au Halifax Chronicle-Herald. Selon lui, « seulement l'idiot du village peut garder espoir en Afghanistan ». Il note que « même les faucons commencent à reconnaître que la guerre ne peut être gagnée et que ce conflit est en train de s'enliser, comme le fiasco américain au Vietnam ». Le dernier rapport sur la mission canadienne n'est pas plus encourageant, juge-t-il. Il « semble renforcer l'impression que cette mission est un coûteux mais futile exercice ». Taylor ne peut cacher son amusement de voir l'ancien ambassadeur devenu candidat conservateur, Chris Alexander, faire campagne en faveur de la mission. Considéré comme un des plus grands experts de la question afghane, Alexander a fortement influencé la mission actuelle. Il ne peut aujourd'hui se dédire, conclut Taylor.
De son côté, Lawrence Martin affirme, dans le Globe and Mail, que le NPD vise généralement juste en matière de politiques. Il lui donne crédit pour avoir fait bouger les conservateurs sur l'assurance-emploi tout en évitant une élection et en torpillant les arguments anticoalition de Stephen Harper. Martin rappelle aussi que le NPD fut le premier parti à demander un retrait des troupes de l'Afghanistan et à préconiser une solution négociée avec les talibans. C'est aussi le parti qui a critiqué le plus vigoureusement les excès du capitalisme, revendiqué une aide pour le secteur de l'automobile et demandé un plan de protection des pensions. « Les néodémocrates ont leur longue liste d'excès mal avisés en matière de politiques économiques et sur d'autres dossiers, mais il y a des moments où leur activisme est de mise », dit Martin.
Il y a toutefois encore des critiques. Dan Leger, du Halifax Chronicle-Herald, est même un brin cruel. « Si Jack Layton est aujourd'hui quelqu'un, il pourrait en venir à regretter ce qu'il est devenu », écrit-il. Après s'être vanté de former la vraie opposition, le voilà qui assure la survie des conservateurs. Leger parle de la « coalition des bien-pensants avec la fausse moralité conservatrice et l'indignation feinte du NPD ». Le journaliste croit que Layton en paiera le prix, car Harper méprise l'opposition et ne fait qu'imposer ses vues. Il ne plie que lorsque cela lui sert. Comme Layton, ajoute Leger.
Autres cibles
Le chef libéral Michael Ignatieff et le premier ministre Stephen Harper ont eux aussi eu leur part de commentaires. Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, avait Ignatieff dans sa mire. Selon le journaliste, le chef libéral critique beaucoup mais offre peu de solutions de rechange et, quand il le fait, il ne se distingue pas beaucoup de son adversaire conservateur. De l'avis de Simpson, la convergence entre les deux partis est plus évidente depuis que les conservateurs se sont faits interventionnistes et les libéraux, « incapables ou peu disposés à présenter quoi que ce soit de terriblement frappant ». L'équipe éditoriale du National Post trouve elle aussi que l'étoile du chef libéral pâlit, et ce n'est pas son discours économique en début de semaine qui la fera changer d'idée. Selon elle, Ignatieff a plutôt donné raison à ceux qui ne voient aucun motif d'avoir des élections prématurées. Moins sévère, le Toronto Star a aimé le ton du discours mais est resté sur sa faim, trouvant illogique que le chef libéral rappelle l'utilité des taxes pour financer les services publics et précise aussitôt qu'il n'en haussera aucune pour éliminer le déficit. L'Edmonton Journal a quand même trouvé qu'en prenant la défense du rôle de l'État, le chef libéral a su établir une différence claire entre Stephen Harper et lui. C'est au moins ça de pris.
Stephen Harper, de son côté, s'est attiré des fleurs pour la décision de son gouvernement de boycotter le discours du premier ministre iranien, Mahmoud Ahmadinejad, devant l'assemblée générale des Nations unies. De confession juive, Lorrie Goldstein, de SunMedia, s'est dit heureux de vivre dans un pays où le premier ministre n'a pas peur de dénoncer ceux qui propagent la haine des Juifs. Le National Post et le Globe and Mail ont eux aussi souligné le geste canadien. Le Toronto Star l'a noté, mais l'équipe éditoriale a aussi retenu et dénoncé la décision du premier ministre de préférer un événement dans un Tim Hortons ontarien à la première journée de l'Assemblée générale de l'ONU, un geste d'autant plus incompréhensible que le Canada convoite un siège au Conseil de sécurité. Harper a aussi raté la conférence sur les changements climatiques qui avait lieu le jour précédent, et ce, même s'il était à New York. « Ces occasions manquées n'amélioreront pas la stature du Canada », conclut avec déception le Star.
Pendant ce temps...
Parlant de politique étrangère, que dire de la situation en Afghanistan? Le pessimisme s'est installé dans l'esprit des commentateurs, tout comme le scepticisme à l'égard des vertus de la mission canadienne. Le plus cru est sûrement Scott Taylor, spécialiste des affaires militaires, éditeur du magazine Esprit de corps et chroniqueur au Halifax Chronicle-Herald. Selon lui, « seulement l'idiot du village peut garder espoir en Afghanistan ». Il note que « même les faucons commencent à reconnaître que la guerre ne peut être gagnée et que ce conflit est en train de s'enliser, comme le fiasco américain au Vietnam ». Le dernier rapport sur la mission canadienne n'est pas plus encourageant, juge-t-il. Il « semble renforcer l'impression que cette mission est un coûteux mais futile exercice ». Taylor ne peut cacher son amusement de voir l'ancien ambassadeur devenu candidat conservateur, Chris Alexander, faire campagne en faveur de la mission. Considéré comme un des plus grands experts de la question afghane, Alexander a fortement influencé la mission actuelle. Il ne peut aujourd'hui se dédire, conclut Taylor.
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