vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 23h28
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Histoire - Jacques Viger et le Canada montréalais

Michel Lapierre   26 septembre 2009  Canada
Jacques Viger (1787-1858), premier maire de Montréal
Photo : Source VLB
Jacques Viger (1787-1858), premier maire de Montréal
En 1836, Julie Bruneau écrit à son mari Louis-Joseph Papineau en pensant à leur ami Jacques Viger et à d'autres Patriotes, « grands parleurs » qui reculent devant le pouvoir colonial anglais: « Si on leur montre les grosses dents, ils sont tout à coup sans courage. » Pourtant, Viger, en 1813, s'est senti « en pays étranger » dans le Haut-Canada (l'Ontario actuel). Il a confié à sa femme: « Le Canada n'est qu'à Montréal et dans ses environs. »

Belle doctrine pour Jacques Viger (né en 1787), roi des « premières », qui devient, en 1833, le premier maire de Montréal, en 1834, le premier président de la Société Saint-Jean-Baptiste (fondée par Ludger Duvernay) et, en 1858, année de sa mort, les yeux rivés sur la postérité, le premier président de la Société historique de la métropole!

Au lieu de tendre vers la révolution, le notable, cousin du premier évêque de Montréal, Jean-Jacques Lartigue, et commandeur de l'ordre pontifical de Saint-Grégoire-le-Grand, accumulait les honneurs. Léo Beaudoin, son biographe, et Renée Blanchet, éditrice des lettres inédites qu'il a échangées avec sa femme, viennent de publier Jacques Viger, ouvrage minutieux et réfléchi qui détaille tous les faits énumérés ici en les liant à beaucoup d'autres.

Une hypothèse plausible

Dans une fine analyse psychologique, Beaudoin se demande si le Montréalais de naissance, érudit qui s'est laissé fasciner par l'histoire militaire, en plus d'avoir été officier de milice et d'avoir pris part, sous le drapeau colonial bien sûr, à la guerre américano-britannique de 1812, ne voulait pas « se valoriser » aux yeux de sa femme. En 1808, il avait épousé, à 21 ans, Marie-Marguerite de La Corne, Canadienne de 12 ans son aînée, fille d'un aide de camp d'un gouverneur de la « Province of Quebec » et veuve d'un major anglais.

L'hypothèse de la valorisation est d'autant plus plausible que Viger, féru d'antiquités, de livres rares, de statistiques, de lexicographie, d'archéologie et d'héraldique, était de petite taille et que sa femme avait longtemps vécu en Angleterre, dans un milieu martial et fier. Il ne faut pas se surprendre qu'il préférât le culte des archives et la simple cueillette de faits, labeur dont témoignent les 43 volumes de sa fameuse Saberdache, à l'effort et au courage d'interpréter l'histoire.

À cet égard, son opinion en 1847 sur l'Histoire du Canada, que François-Xavier Garneau, libéral pourtant modéré, vient de commencer à publier, est très révélatrice. Dans une lettre à un prêtre, il reproche à Garneau d'avoir « voulu écrire une histoire philosophique dans le goût des Quinet, des Michelet, des Proudhon, voire même des Lamartine, etc., et non pas dans le goût encore si respectable de la majorité de ses compatriotes ».

On s'amuse à découvrir qu'en août 1813, dans la correspondance entretenue avec sa femme au cours de la guerre qui oppose les États-Unis aux colonies anglaises nord-américaines, Viger, malgré son conservatisme, émet un jugement libéral, digne d'un historien philosophe. Il signale les différences entre deux textes émanant du même adjudant-général britannique: l'un pour l'autorité, l'autre pour le public. Il se désole que l'on ne puisse « pas toujours dire, dans ces sortes d'écrits, toute la vérité, ou même rien que la vérité ».

Ainsi, la vérité devient élastique, comme le Canada, si différent dans l'esprit des Anglais et dans celui du Canadien Jacques Viger, le Patriote timoré.

**

JACQUES VIGER

Léo Beaudoin et Renée Blanchet

VLB

Montréal, 2009, 272 pages

***

Collaborateur du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • André/Andrés 71
    Inscrit
    dimanche 27 septembre 2009 16h00
    Comme Montréal a changé...
    Je n'ai pas lu ce livre, mais que dirait Viger aujourd'hui en parcourant certains quartiers de la métropole du Québec. Ne se sentirait-il pas davantage dans le Haut-Canada dans le Bas-Québec d'aujourd'hui en 2009?
    Et juste de poser la question si le futur maire de Montréal devrait être bilingue démontre que nous n'avons pas beaucoup progressé - sinon régressé - au plan de notre identité de nation francophone... où nous perdons subtilement du terrain non seulement à Montréal mais en Amérique du Nord...
    Vite, il est grand temps de nous réveiller et d'exiger du français PARTOUT à Montréal et ailleurs au Québec, sinon c'est la disparition complète qui nous attend dans 10-15 ou 20 ans...
    Est-ce bien çà que nous voulons laisser en héritage à nos enfants & petits-enfants ? Une langue française folklorique et massacrée pire que le créole d'Haïti ou le français de la Louisiane !!! sans mépriser ni dénigrer les efforts que ces gens font pour résister à leur assimilation dans la culture majoritaire anglicisante occidentale...

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
1 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012