Un sursis salutaire
Bonne nouvelle, nous avons évité une élection. Pour les deux hommes qui convoitent le poste de premier ministre, c'est aussi une bonne nouvelle. Après tout, cela leur a permis de mettre à l'épreuve la première étape d'une campagne électorale qui ne tardera pas à être lancée.
La première erreur de Michael Ignatieff aura été de ne pas avoir compris à temps que le mot «confiance» ne prend pas le même sens à Ottawa que dans l'esprit des Canadiens. Ses députés ne font sans doute pas confiance aux conservateurs. Il en va autrement pour les Canadiens — surtout à l'extérieur du Québec — qui ne voient pas l'urgence de changer de gouvernement.
Comme le sénateur David Smith l'avait suggéré avant que M. Ignatieff ne décide du contraire, toutes les questions soulevées en Chambre ne méritent pas une élection. Le chef libéral aurait pu voter avec le gouvernement jusqu'à ce qu'il soit en mesure d'expliquer pourquoi une élection était devenue nécessaire et comment il pourrait faire mieux que les conservateurs. M. Ignatieff aurait ainsi épargné un psychodrame aux Canadiens et du coup, il se serait préservé d'une chute dans les sondages. Enfin, il ne se trouverait pas aujourd'hui dans la situation absurde qui est la sienne — une position occupée jusqu'ici par Jack Layton —, qui l'amène à s'opposer aux mesures qu'il n'a pas encore examinées et qui le forcent à accélérer l'adoption de modifications à l'assurance-emploi auxquelles il s'oppose pourtant.
M. Ignatieff doit également trouver une meilleure réponse à donner à ceux qui l'accusent d'être «en visite» au pays. Répondre qu'il a rencontré de nombreux Canadiens à l'étranger qui pensent que nous pouvons faire mieux est condescendant. Pourquoi ne pas proposer aux Canadiens des réformes inspirées par son séjour à l'étranger? De la manière dont les Britanniques orchestrent la période de questions à Westminster, par exemple. Ou encore de la façon dont le processus législatif se déroule aux États-Unis.
M. Ignatieff doit aussi se trouver une réponse pour réfuter l'allégation selon laquelle il tient toujours à former une coalition avec les partis d'opposition. Dire qu'il aurait pu avoir été premier ministre, mais qu'il a refusé ce poste ne convainc personne. Après tout, il est de notoriété publique que M. Ignatieff a changé d'avis de peur que la gouverneure générale ne déclenche des élections. Dans sa deuxième tentative pour remplacer M. Harper, M. Ignatieff n'a pas utilisé la formule diffusée largement dans les rangs libéraux selon laquelle le parti qui gagne la pluralité de sièges aura le droit de former le gouvernement.
M. Harper a lui aussi ses problèmes. Il doit d'abord faire comprendre clairement aux Québécois qu'ils ont le droit de voter pour n'importe quel parti, et que ce n'est pas quelqu'un de son gouvernement qui a proposé d'abolir le financement public du Bloc québécois. En même temps, il doit expliquer que le gouvernement du Canada ne peut pas être redevable à un parti dont l'objectif est la «sécession». Par ailleurs, pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour renier l'utilisation du mot «séparatiste» pour décrire ses adversaires?
Après la célébration de la victoire de 1984 des conservateurs, la semaine dernière, M. Harper ne devrait plus se faire d'illusions. Se réconcilier avec M. Mulroney ne lui fera pas gagner l'approbation, et encore moins la machine politique, du premier ministre Jean Charest. La moitié des députés conservateurs au Québec sont en péril, et il faut que leur chef fasse directement appel aux électeurs, pas seulement pour réaliser son rêve d'un gouvernement majoritaire, mais pour préserver l'unité du Canada.
Même si bon nombre des valeurs de M. Harper vont à l'encontre de celles de la majorité des électeurs, il a déjà réussi dans le passé à communiquer avec les Québécois. En tant que conservateur, il ne partage pas le désir des libéraux de Michael Ignatieff de s'immiscer dans les compétences provinciales. Dans les zones grises, comme la réglementation des valeurs mobilières — que de nombreux Québécois pourraient souhaiter à la lumière de leurs récentes pertes financières — il reconnaît le droit du gouvernement du Québec de décider si oui ou non il veut y participer.
Enfin, M. Harper n'a aucun intérêt à s'aligner avec les adeptes de Pierre Trudeau sur les questions linguistiques, comme ceux qui insistent, par exemple, pour que le maire de Montréal soit bilingue alors que le maire d'Ottawa ne s'exprime que dans la langue de Shakespeare. Concrètement, il devrait proposer des mesures visant à renforcer la langue française au Québec en commençant par une modification de la loi fédérale qui exempte certaines entreprises des lois linguistiques québécoises.
***
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
La première erreur de Michael Ignatieff aura été de ne pas avoir compris à temps que le mot «confiance» ne prend pas le même sens à Ottawa que dans l'esprit des Canadiens. Ses députés ne font sans doute pas confiance aux conservateurs. Il en va autrement pour les Canadiens — surtout à l'extérieur du Québec — qui ne voient pas l'urgence de changer de gouvernement.
Comme le sénateur David Smith l'avait suggéré avant que M. Ignatieff ne décide du contraire, toutes les questions soulevées en Chambre ne méritent pas une élection. Le chef libéral aurait pu voter avec le gouvernement jusqu'à ce qu'il soit en mesure d'expliquer pourquoi une élection était devenue nécessaire et comment il pourrait faire mieux que les conservateurs. M. Ignatieff aurait ainsi épargné un psychodrame aux Canadiens et du coup, il se serait préservé d'une chute dans les sondages. Enfin, il ne se trouverait pas aujourd'hui dans la situation absurde qui est la sienne — une position occupée jusqu'ici par Jack Layton —, qui l'amène à s'opposer aux mesures qu'il n'a pas encore examinées et qui le forcent à accélérer l'adoption de modifications à l'assurance-emploi auxquelles il s'oppose pourtant.
M. Ignatieff doit également trouver une meilleure réponse à donner à ceux qui l'accusent d'être «en visite» au pays. Répondre qu'il a rencontré de nombreux Canadiens à l'étranger qui pensent que nous pouvons faire mieux est condescendant. Pourquoi ne pas proposer aux Canadiens des réformes inspirées par son séjour à l'étranger? De la manière dont les Britanniques orchestrent la période de questions à Westminster, par exemple. Ou encore de la façon dont le processus législatif se déroule aux États-Unis.
M. Ignatieff doit aussi se trouver une réponse pour réfuter l'allégation selon laquelle il tient toujours à former une coalition avec les partis d'opposition. Dire qu'il aurait pu avoir été premier ministre, mais qu'il a refusé ce poste ne convainc personne. Après tout, il est de notoriété publique que M. Ignatieff a changé d'avis de peur que la gouverneure générale ne déclenche des élections. Dans sa deuxième tentative pour remplacer M. Harper, M. Ignatieff n'a pas utilisé la formule diffusée largement dans les rangs libéraux selon laquelle le parti qui gagne la pluralité de sièges aura le droit de former le gouvernement.
M. Harper a lui aussi ses problèmes. Il doit d'abord faire comprendre clairement aux Québécois qu'ils ont le droit de voter pour n'importe quel parti, et que ce n'est pas quelqu'un de son gouvernement qui a proposé d'abolir le financement public du Bloc québécois. En même temps, il doit expliquer que le gouvernement du Canada ne peut pas être redevable à un parti dont l'objectif est la «sécession». Par ailleurs, pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour renier l'utilisation du mot «séparatiste» pour décrire ses adversaires?
Après la célébration de la victoire de 1984 des conservateurs, la semaine dernière, M. Harper ne devrait plus se faire d'illusions. Se réconcilier avec M. Mulroney ne lui fera pas gagner l'approbation, et encore moins la machine politique, du premier ministre Jean Charest. La moitié des députés conservateurs au Québec sont en péril, et il faut que leur chef fasse directement appel aux électeurs, pas seulement pour réaliser son rêve d'un gouvernement majoritaire, mais pour préserver l'unité du Canada.
Même si bon nombre des valeurs de M. Harper vont à l'encontre de celles de la majorité des électeurs, il a déjà réussi dans le passé à communiquer avec les Québécois. En tant que conservateur, il ne partage pas le désir des libéraux de Michael Ignatieff de s'immiscer dans les compétences provinciales. Dans les zones grises, comme la réglementation des valeurs mobilières — que de nombreux Québécois pourraient souhaiter à la lumière de leurs récentes pertes financières — il reconnaît le droit du gouvernement du Québec de décider si oui ou non il veut y participer.
Enfin, M. Harper n'a aucun intérêt à s'aligner avec les adeptes de Pierre Trudeau sur les questions linguistiques, comme ceux qui insistent, par exemple, pour que le maire de Montréal soit bilingue alors que le maire d'Ottawa ne s'exprime que dans la langue de Shakespeare. Concrètement, il devrait proposer des mesures visant à renforcer la langue française au Québec en commençant par une modification de la loi fédérale qui exempte certaines entreprises des lois linguistiques québécoises.
***
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
Haut de la page

