vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 08h09


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Ignatieff, le libéral

Manon Cornellier   23 septembre 2009  Canada
Après avoir exposé les grandes lignes de sa politique étrangère la semaine dernière, le chef libéral Michael Ignatieff a levé le voile, lundi, sur sa vision économique. Mais, encore une fois, avec beaucoup de pudeur et bien des zones d'ombre. Visiblement, l'homme veut faire taire les critiques qui affirment qu'il n'a rien à dire, mais sans épuiser ses munitions.

Michael Ignatieff a quand même établi certaines choses lundi. D'abord, qu'il s'inscrit dans la lignée des Jean Chrétien et Paul Martin avec son message amalgamant la prudence budgétaire et l'interventionnisme d'État. Ensuite, qu'il est différent de son adversaire conservateur Stephen Harper.

Contrairement à ce dernier, Michael Ignatieff croit que l'État et ses taxes ont un rôle utile à jouer. Pour illustrer cette distinction, il a rappelé une déclaration faite par M. Harper cet été, dans une entrevue au Globe and Mail. M. Harper avait dit: «Je crois que réduire toutes les taxes est une bonne politique. [...] Il y a deux écoles de pensée en économie. L'une dit que certaines taxes sont bonnes. L'autre dit qu'il n'y a pas de bonnes taxes. Je suis de cette dernière. Je ne crois pas qu'aucune taxe soit une bonne taxe.»

Le chef libéral s'est dit consterné et, malgré l'impopularité légendaire des taxes, s'est lancé à leur défense. «Nous payons des taxes afin que les enfants prématurés puissent être soignés à leur naissance. Afin que des policiers assurent la sécurité de nos rues. Afin qu'il y ait des professeurs pour donner une bonne éducation à nos enfants. Nous payons des taxes, M. Harper, parce que nous sommes solidaires. Ça nous coûte quelque chose, mais cela fait que le Canada est ce qu'il est: un endroit où nous nous préoccupons les uns des autres.»

***

Une fois sa défense lucide de la taxation passée, Michael Ignatieff s'est arrêté. Il n'a pas osé en tirer la conclusion qui s'impose pour la lutte contre le déficit. Il persiste à dire qu'il le réduira et, éventuellement, l'éliminera sans hausser les taxes ni réduire les transferts aux provinces.

M. Ignatieff a pourtant promis lundi une foule de mesures pour soutenir la restructuration de l'économie canadienne: aide à la recherche, développement d'énergies vertes, ouverture de nouveaux marchés, injection de capital de risque et j'en passe. S'il veut réduire le déficit de 56 milliards, il devra bien trouver quelque part l'argent nécessaire à ses ambitions. Sans hausse de taxes ni réduction des transferts, cela veut dire des compressions dans d'autres programmes. Lesquels? Il n'en souffle pas mot. Son plan, qu'il promet équilibré, sera connu lorsqu'un gouvernement libéral aura des chiffres dans lesquels il aura confiance. Cela laisse entendre qu'il faudra attendre après les élections. Ce serait trop facile et surtout trop tard.

En 1993, les libéraux ne se fiaient pas davantage aux chiffres des conservateurs de Brian Mulroney. Ils avaient malgré tout élaboré un plan avec les données disponibles, question de montrer qu'ils savaient compter. Leur programme ressemblait à certains égards à celui d'Ignatieff, avec des investissements dans les infrastructures, la recherche et le développement et la conquête de nouveaux marchés. L'équipe Chrétien avait en revanche indiqué certaines dépenses conservatrices qu'elle comptait éliminer. Les choix n'étaient pas tous judicieux, mais on en connaissait au moins quelques-uns.

Le premier Livre rouge ne révélait évidemment pas les compressions douloureuses qui viendraient avec l'élimination du déficit, un objectif qui s'est imposé une fois que le gouvernement Chrétien a pris connaissance du véritable état des finances publiques. Avant cela, les libéraux visaient simplement la réduction du déficit afin qu'il ne représente plus que 3 % du produit intérieur brut.

Dans une entrevue accordée à L'Actualité cet été, Michael Ignatieff ne jugeait pas réaliste d'éliminer l'actuel déficit en un seul mandat et disait lui aussi vouloir se fixer une cible sur cinq ans. Le chef libéral n'a toutefois pas osé s'aventurer sur ce terrain dans son discours de lundi. Dommage, car cela aurait obligé les autres partis à se commettre.

***

Malgré ses silences et ses omissions, Michael Ignatieff a tout de même établi les grandes balises de sa politique budgétaire et de sa vision économique pour l'après-récession. Il s'est aussi franchement distingué de son adversaire.

Son exposé souffre toutefois d'un défaut de taille. Comme Stephen Harper, il entretient un peu trop l'illusion d'un retour sans trop de douleur à l'équilibre budgétaire. Le chef conservateur compte sur les revenus que la reprise générera pour y arriver. Michael Ignatieff ajoute la nuance qu'au-delà de la reprise, il faudra une croissance soutenue que le gouvernement aura la responsabilité d'encourager. Dans un cas comme dans l'autre cependant, l'espoir est le même à la veille d'une possible élection: éviter d'avoir à dresser un portrait réaliste de la situation.

C'est pourtant Michael Ignatieff qui disait à L'Actualité qu'il voulait «former un gouvernement qui dit la vérité sur le monde dans lequel nous vivons et sur les défis que nous allons devoir affronter». Or la vérité est que l'argent ne pousse pas dans les arbres et qu'un déficit, ça ne s'efface pas tout seul. Ça exige toujours des sacrifices. Une leçon qui vaut aussi pour Stephen Harper.

***

mcornellier@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009