Chômage: le pire reste à venir
Selon l'OCDE, le taux de sans-emploi pourrait grimper à près de 10 % avant la fin de 2010
Même si plusieurs ont pronostiqué la fin de la récession, le pire est tout de même à venir en matière d'emploi dans les pays industrialisés, prévient l'Organisation de coopération et de développement économiques. Le chômage devrait en fait y atteindre l'année prochaine son taux le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, dépassant le pic actuel. Et le Canada ne sera pas épargné.
Le taux de chômage pourrait ainsi grimper à près de 10 % au pays avant la fin de l'année prochaine, alors qu'il se situait à 8,7 % en août. L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) évoque un taux de 9,8 % d'ici le quatrième trimestre de 2010, un chiffre légèrement plus élevé que la moyenne des pays du G7, qui seront tous frappés par des hausses. De quoi donner des munitions supplémentaires à ceux qui plaident pour une amélioration plus que jamais nécessaire du régime d'assurance-emploi, régime que le gouvernement conservateur dit vouloir bonifier grâce au projet de loi déposé hier à Ottawa.
Quoi qu'il en soit, le plan d'action économique du fédéral a déjà eu pour conséquence d'atténuer les effets de cette sévère crise, estime l'OCDE dans le rapport intitulé Perspectives de l'emploi 2009. Sans celui-ci, le taux de chômage aurait déjà connu une hausse supplémentaire de l'ordre de 0,7 à 1,1 %.
Mais malgré toutes les mesures prises par l'État, la situation difficile de l'emploi devrait durer longtemps, selon l'organisation. Le marché canadien du travail prend en effet habituellement beaucoup de temps à se remettre des récessions, rappelle l'OCDE. Par exemple, lors de la crise du début des années 1990, le nombre de sans-emploi a culminé au début de 1993, mais a pris huit ans à revenir à son taux d'avant récession. Un scénario qui pourrait bien se répéter. Pas moins de 486 000 emplois ont été détruits depuis octobre 2008.
Et qui dit taux de chômage élevé dit accroissement de la pauvreté, insiste l'organisation dans son rapport. Or, le taux de pauvreté au pays est déjà de 13 %, soit l'un des plus élevés parmi les États membres de l'organisation. Même ceux qui travaillent ne sont pas à l'abri de la pauvreté, un phénomène qui va grandissant au pays, souligne-t-on dans le document. C'est actuellement le cas de 9 % des ménages du Canada, contre 7 % en moyenne pour les membres de l'OCDE.
«Grande incertitude»
La situation précaire vécue par nombre de Canadiens n'est toutefois pas exceptionnelle. «Il y a une grande incertitude quant à l'avenir, mais les conditions du marché du travail semblent en voie de se détériorer encore plus dans les mois à venir», observe l'organisation internationale, prédisant «une reprise plutôt modeste n'intervenant qu'au premier semestre 2010».
Selon l'OCDE — qui compte 23 pays européens, ainsi que l'Australie, la Turquie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Mexique, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud —, le chômage devrait frôler les 10 % au second semestre de 2010, frappant 57 millions de personnes, et donc dépasser le chiffre actuel de 8,3 %.
En particulier, l'Espagne et l'Irlande connaissent, après une décennie d'amélioration, une hausse brutale du chômage qui devrait grimper à respectivement 19,8 % et 15,1 % fin 2010. Aux États-Unis, le taux de chômage, qui depuis 1990 oscillait entre 4 et 6 %, devrait atteindre 10,1 % en fin d'année prochaine. On parle de 11,3 % en France fin 2010, de 11,8 % en Allemagne et de 10,5 % en Italie.
Dans le cadre de ce scénario, le nombre des chômeurs dans les pays membres aura augmenté de plus de 25 millions de personnes en moins de trois ans, une hausse comparable aux pertes d'emploi enregistrées sur une période de dix ans jusqu'au début des années 1980.
Le sombre pronostic établi en mars, et qui prévoyait un taux de chômage avoisinant les 10 % pour la fin de 2010, est donc maintenu, malgré un espoir de reprise de l'activité à l'horizon, pointé dans le rapport. «Au moment de la rédaction de ces lignes, des indices de plus en plus nombreux venaient signifier que le pire était peut-être passé et qu'une reprise allait sans doute s'amorcer. Mais s'agissant de l'emploi, ces perspectives sont peu réjouissantes [...]» et «quoi qu'il en soit, le redressement de l'emploi sera beaucoup plus long que celui de la production», souligne John P. Martin, directeur de la Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales de l'OCDE.
La création d'emplois est en en effet décalage par rapport à la production au début d'une reprise, car les employeurs sont toujours aux prises avec de grandes incertitudes quant à leurs perspectives d'activité, et nombre de leurs salariés souhaiteraient travailler plus.
Dans ce cas, «l'un des principaux risques est de voir une grande part de cette forte hausse du chômage prendre un caractère structurel [...]» et se muer en «crise sociale à part entière» avec à la clé une santé dégradée, une baisse du niveau de vie, une augmentation de la délinquance et de la criminalité et une diminution du potentiel de croissance.
Le rapport de l'organisation insiste donc sur la nécessité pour les gouvernements de prendre rapidement des mesures décisives pour empêcher que la récession ne débouche sur une crise durable de l'emploi. Il s'agit par exemple d'aider les jeunes qui ont été le plus durement touchés par la crise, surtout ceux qui sont peu ou non qualifiés. Il faut également renforcer les dispositifs de protection sociale «pour éviter que les sans-emploi ne basculent dans la pauvreté», mais aussi accroître les dépenses consacrées aux mesures actives du marché du travail, comme l'aide à la formation et à la recherche d'un emploi. Enfin, on suggère d'investir dans la formation pour que les individus acquièrent les qualifications qu'exigent les nouveaux emplois, notamment les emplois verts.
Pour les organisations syndicales internationales, la réunion du G20 la semaine prochaine à Pittsburgh doit justement s'attaquer à la crise mondiale de l'emploi comme condition à tout rétablissement de l'économie réelle. «L'impact de la crise se fait d'abord sentir par les plus vulnérables; plus de 200 millions de personnes devraient tomber dans la pauvreté absolue en raison de la crise», a fait valoir hier le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, Guy Ryder, par voie de communiqué. «Il nous faut agir de manière coordonnée au niveau international pour maintenir l'emploi, pour créer de l'emploi, et le sommet de Pittsburgh doit en être un élément déclencheur. Toute discussion sur la reprise n'a que peu d'intérêt si les populations ne retournent pas au travail.»
Le taux de chômage pourrait ainsi grimper à près de 10 % au pays avant la fin de l'année prochaine, alors qu'il se situait à 8,7 % en août. L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) évoque un taux de 9,8 % d'ici le quatrième trimestre de 2010, un chiffre légèrement plus élevé que la moyenne des pays du G7, qui seront tous frappés par des hausses. De quoi donner des munitions supplémentaires à ceux qui plaident pour une amélioration plus que jamais nécessaire du régime d'assurance-emploi, régime que le gouvernement conservateur dit vouloir bonifier grâce au projet de loi déposé hier à Ottawa.
Quoi qu'il en soit, le plan d'action économique du fédéral a déjà eu pour conséquence d'atténuer les effets de cette sévère crise, estime l'OCDE dans le rapport intitulé Perspectives de l'emploi 2009. Sans celui-ci, le taux de chômage aurait déjà connu une hausse supplémentaire de l'ordre de 0,7 à 1,1 %.
Mais malgré toutes les mesures prises par l'État, la situation difficile de l'emploi devrait durer longtemps, selon l'organisation. Le marché canadien du travail prend en effet habituellement beaucoup de temps à se remettre des récessions, rappelle l'OCDE. Par exemple, lors de la crise du début des années 1990, le nombre de sans-emploi a culminé au début de 1993, mais a pris huit ans à revenir à son taux d'avant récession. Un scénario qui pourrait bien se répéter. Pas moins de 486 000 emplois ont été détruits depuis octobre 2008.
Et qui dit taux de chômage élevé dit accroissement de la pauvreté, insiste l'organisation dans son rapport. Or, le taux de pauvreté au pays est déjà de 13 %, soit l'un des plus élevés parmi les États membres de l'organisation. Même ceux qui travaillent ne sont pas à l'abri de la pauvreté, un phénomène qui va grandissant au pays, souligne-t-on dans le document. C'est actuellement le cas de 9 % des ménages du Canada, contre 7 % en moyenne pour les membres de l'OCDE.
«Grande incertitude»
La situation précaire vécue par nombre de Canadiens n'est toutefois pas exceptionnelle. «Il y a une grande incertitude quant à l'avenir, mais les conditions du marché du travail semblent en voie de se détériorer encore plus dans les mois à venir», observe l'organisation internationale, prédisant «une reprise plutôt modeste n'intervenant qu'au premier semestre 2010».
Selon l'OCDE — qui compte 23 pays européens, ainsi que l'Australie, la Turquie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Mexique, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud —, le chômage devrait frôler les 10 % au second semestre de 2010, frappant 57 millions de personnes, et donc dépasser le chiffre actuel de 8,3 %.
En particulier, l'Espagne et l'Irlande connaissent, après une décennie d'amélioration, une hausse brutale du chômage qui devrait grimper à respectivement 19,8 % et 15,1 % fin 2010. Aux États-Unis, le taux de chômage, qui depuis 1990 oscillait entre 4 et 6 %, devrait atteindre 10,1 % en fin d'année prochaine. On parle de 11,3 % en France fin 2010, de 11,8 % en Allemagne et de 10,5 % en Italie.
Dans le cadre de ce scénario, le nombre des chômeurs dans les pays membres aura augmenté de plus de 25 millions de personnes en moins de trois ans, une hausse comparable aux pertes d'emploi enregistrées sur une période de dix ans jusqu'au début des années 1980.
Le sombre pronostic établi en mars, et qui prévoyait un taux de chômage avoisinant les 10 % pour la fin de 2010, est donc maintenu, malgré un espoir de reprise de l'activité à l'horizon, pointé dans le rapport. «Au moment de la rédaction de ces lignes, des indices de plus en plus nombreux venaient signifier que le pire était peut-être passé et qu'une reprise allait sans doute s'amorcer. Mais s'agissant de l'emploi, ces perspectives sont peu réjouissantes [...]» et «quoi qu'il en soit, le redressement de l'emploi sera beaucoup plus long que celui de la production», souligne John P. Martin, directeur de la Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales de l'OCDE.
La création d'emplois est en en effet décalage par rapport à la production au début d'une reprise, car les employeurs sont toujours aux prises avec de grandes incertitudes quant à leurs perspectives d'activité, et nombre de leurs salariés souhaiteraient travailler plus.
Dans ce cas, «l'un des principaux risques est de voir une grande part de cette forte hausse du chômage prendre un caractère structurel [...]» et se muer en «crise sociale à part entière» avec à la clé une santé dégradée, une baisse du niveau de vie, une augmentation de la délinquance et de la criminalité et une diminution du potentiel de croissance.
Le rapport de l'organisation insiste donc sur la nécessité pour les gouvernements de prendre rapidement des mesures décisives pour empêcher que la récession ne débouche sur une crise durable de l'emploi. Il s'agit par exemple d'aider les jeunes qui ont été le plus durement touchés par la crise, surtout ceux qui sont peu ou non qualifiés. Il faut également renforcer les dispositifs de protection sociale «pour éviter que les sans-emploi ne basculent dans la pauvreté», mais aussi accroître les dépenses consacrées aux mesures actives du marché du travail, comme l'aide à la formation et à la recherche d'un emploi. Enfin, on suggère d'investir dans la formation pour que les individus acquièrent les qualifications qu'exigent les nouveaux emplois, notamment les emplois verts.
Pour les organisations syndicales internationales, la réunion du G20 la semaine prochaine à Pittsburgh doit justement s'attaquer à la crise mondiale de l'emploi comme condition à tout rétablissement de l'économie réelle. «L'impact de la crise se fait d'abord sentir par les plus vulnérables; plus de 200 millions de personnes devraient tomber dans la pauvreté absolue en raison de la crise», a fait valoir hier le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, Guy Ryder, par voie de communiqué. «Il nous faut agir de manière coordonnée au niveau international pour maintenir l'emploi, pour créer de l'emploi, et le sommet de Pittsburgh doit en être un élément déclencheur. Toute discussion sur la reprise n'a que peu d'intérêt si les populations ne retournent pas au travail.»
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