Et pourquoi pas ?
Depuis que la menace d'une élection automnale plane sur le Parlement, on entend dire sans arrêt que les Canadiens ne veulent pas retourner aux urnes maintenant. Peut-être, mais en auront-ils jamais envie? Que les Canadiens veuillent ou non des élections n'est pas la question. Il faut plutôt se demander si la tenue du scrutin peut changer quelque chose et si elle n'est pas devenue nécessaire.
À la première question, personne ne peut répondre avec certitude. Si l'on en croit le dieu Sondages, une élection tenue en ce moment aboutirait à un gouvernement minoritaire probablement conservateur. Rien n'est toutefois sûr. Depuis le début de l'été, les conservateurs occupent le gros de l'espace médiatique avec leur cascade d'annonces tandis que le chef libéral Michael Ignatieff s'est fait discret. En plus, le gouvernement a eu droit aux premières bonnes nouvelles économiques.
Dans ces circonstances, on aurait pu s'attendre à ce que le Parti conservateur (PC) prenne plus d'avance dans les sondages, mais non, il semble plutôt avoir fait le plein. Les libéraux ne peuvent toutefois pas se réjouir trop vite, car ils ont reculé dans toutes les enquêtes. Par contre, ils se retrouvent à égalité statistique avec les conservateurs ou pas très loin derrière. En un mot, les jeux ne sont pas faits et la campagne peut faire une grosse différence, d'autant plus que le taux d'indécis dans au moins deux sondages récents dépasse les 25 %.
Devant un avenir aussi incertain, il est normal de trouver les libéraux téméraires d'annoncer leur intention de défaire le gouvernement à la première occasion. Ce qui nous amène à la première question: la nécessité d'un scrutin.
***
Après avoir vu la vidéo amateur montrant le premier ministre Stephen Harper afficher son refus de travailler avec les partis d'opposition, on comprend mieux pourquoi une élection aurait son utilité. Ce Parlement est dans l'impasse. Il est encore plus dysfonctionnel qu'il ne l'était l'an dernier quand Stephen Harper lui-même, sans égard pour sa loi sur les élections à date fixe, a demandé la dissolution du Parlement. Et la faute en revient entièrement au chef conservateur.
L'automne dernier, Stephen Harper ne digérait pas de se retrouver avec un mandat minoritaire. Misant sur la faiblesse des libéraux et de leur chef Stéphane Dion, il a même tenté d'agir comme s'il avait une majorité. Il a présenté un énoncé économique farfelu assorti de mesures mettant fin au financement public des partis. La crise parlementaire qui a suivi a failli lui coûter le pouvoir qu'il n'a conservé qu'en demandant la prorogation de la session.
Alors que la coopération et l'esprit de compromis auraient dû prévaloir, Stephen Harper a opté pour la confrontation, empoisonnant le puits à tout jamais. S'il a survécu jusqu'ici, ce n'est que grâce à la faiblesse des libéraux et non pas parce qu'il a appris à opérer dans un contexte minoritaire.
Maintenir ce gouvernement en place quelques mois encore n'y changera rien. On le voit depuis quelques semaines. À la fin de la dernière session parlementaire, M. Harper a su faire plier les libéraux en acceptant de mettre sur pied un comité bipartisan sur l'assurance-emploi et en leur accordant une journée d'opposition à la fin septembre. Le comité n'a fait que piétiner. Jamais les conservateurs n'ont cru aux vertus de la coopération dans ce dossier. Ils ont attaqué les propositions libérales en la matière, leur attribuant un prix exagéré, démenti vendredi par le directeur parlementaire du budget. En plus, ils se sont gardés de discuter avec les libéraux des changements que le gouvernement envisageait, préférant en faire un outil tactique pour tenter, dans les prochains jours, d'arracher l'appui des néodémocrates.
***
Le mode de fonctionnement des conservateurs n'est pas de consulter l'opposition ni de discuter, mais de présenter leurs projets comme un fait accompli. C'est toujours la logique du «c'est à prendre ou à laisser», le fusil sur la tempe, une stratégie qui a jusqu'à présent fonctionné. Ça ne semble plus être le cas cependant, mais qu'importe, il en faudra davantage pour voir les conservateurs changer d'approche.
Ils ont beau prétendre vouloir gouverner, il n'est plus question, depuis une semaine, que de stratégie parlementaire pour reprendre l'offensive. Selon La Presse canadienne, les conservateurs songent à présenter une mesure budgétaire vendredi pour ainsi forcer la tenue d'un vote de confiance avant que les libéraux ne le fassent.
Dans ce contexte de partisanerie exacerbée, rien de bien constructif ne peut être accompli. Ne vaut-il pas mieux par conséquent d'essayer de brasser à nouveau les cartes? Si cela survient, Stephen Harper promet d'en profiter pour donner une leçon aux partis d'opposition en arrachant une majorité. Les électeurs peuvent aussi décider de lui donner une leçon d'humilité en ne lui donnant qu'un mandat minoritaire (ce qui ne nous avancerait guère s'il en fait la même chose) ou en portant un autre parti au pouvoir, avec un mandat majoritaire ou minoritaire. (Encore faut-il que les libéraux offrent, au-delà du Pablum publicitaire actuel, une meilleure idée de ce qui les distingue concrètement des conservateurs.) Peu importe le résultat cependant, les partis devront tirer les enseignements qui s'imposent, et quelques chefs devront réfléchir à leur avenir.
À la première question, personne ne peut répondre avec certitude. Si l'on en croit le dieu Sondages, une élection tenue en ce moment aboutirait à un gouvernement minoritaire probablement conservateur. Rien n'est toutefois sûr. Depuis le début de l'été, les conservateurs occupent le gros de l'espace médiatique avec leur cascade d'annonces tandis que le chef libéral Michael Ignatieff s'est fait discret. En plus, le gouvernement a eu droit aux premières bonnes nouvelles économiques.
Dans ces circonstances, on aurait pu s'attendre à ce que le Parti conservateur (PC) prenne plus d'avance dans les sondages, mais non, il semble plutôt avoir fait le plein. Les libéraux ne peuvent toutefois pas se réjouir trop vite, car ils ont reculé dans toutes les enquêtes. Par contre, ils se retrouvent à égalité statistique avec les conservateurs ou pas très loin derrière. En un mot, les jeux ne sont pas faits et la campagne peut faire une grosse différence, d'autant plus que le taux d'indécis dans au moins deux sondages récents dépasse les 25 %.
Devant un avenir aussi incertain, il est normal de trouver les libéraux téméraires d'annoncer leur intention de défaire le gouvernement à la première occasion. Ce qui nous amène à la première question: la nécessité d'un scrutin.
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Après avoir vu la vidéo amateur montrant le premier ministre Stephen Harper afficher son refus de travailler avec les partis d'opposition, on comprend mieux pourquoi une élection aurait son utilité. Ce Parlement est dans l'impasse. Il est encore plus dysfonctionnel qu'il ne l'était l'an dernier quand Stephen Harper lui-même, sans égard pour sa loi sur les élections à date fixe, a demandé la dissolution du Parlement. Et la faute en revient entièrement au chef conservateur.
L'automne dernier, Stephen Harper ne digérait pas de se retrouver avec un mandat minoritaire. Misant sur la faiblesse des libéraux et de leur chef Stéphane Dion, il a même tenté d'agir comme s'il avait une majorité. Il a présenté un énoncé économique farfelu assorti de mesures mettant fin au financement public des partis. La crise parlementaire qui a suivi a failli lui coûter le pouvoir qu'il n'a conservé qu'en demandant la prorogation de la session.
Alors que la coopération et l'esprit de compromis auraient dû prévaloir, Stephen Harper a opté pour la confrontation, empoisonnant le puits à tout jamais. S'il a survécu jusqu'ici, ce n'est que grâce à la faiblesse des libéraux et non pas parce qu'il a appris à opérer dans un contexte minoritaire.
Maintenir ce gouvernement en place quelques mois encore n'y changera rien. On le voit depuis quelques semaines. À la fin de la dernière session parlementaire, M. Harper a su faire plier les libéraux en acceptant de mettre sur pied un comité bipartisan sur l'assurance-emploi et en leur accordant une journée d'opposition à la fin septembre. Le comité n'a fait que piétiner. Jamais les conservateurs n'ont cru aux vertus de la coopération dans ce dossier. Ils ont attaqué les propositions libérales en la matière, leur attribuant un prix exagéré, démenti vendredi par le directeur parlementaire du budget. En plus, ils se sont gardés de discuter avec les libéraux des changements que le gouvernement envisageait, préférant en faire un outil tactique pour tenter, dans les prochains jours, d'arracher l'appui des néodémocrates.
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Le mode de fonctionnement des conservateurs n'est pas de consulter l'opposition ni de discuter, mais de présenter leurs projets comme un fait accompli. C'est toujours la logique du «c'est à prendre ou à laisser», le fusil sur la tempe, une stratégie qui a jusqu'à présent fonctionné. Ça ne semble plus être le cas cependant, mais qu'importe, il en faudra davantage pour voir les conservateurs changer d'approche.
Ils ont beau prétendre vouloir gouverner, il n'est plus question, depuis une semaine, que de stratégie parlementaire pour reprendre l'offensive. Selon La Presse canadienne, les conservateurs songent à présenter une mesure budgétaire vendredi pour ainsi forcer la tenue d'un vote de confiance avant que les libéraux ne le fassent.
Dans ce contexte de partisanerie exacerbée, rien de bien constructif ne peut être accompli. Ne vaut-il pas mieux par conséquent d'essayer de brasser à nouveau les cartes? Si cela survient, Stephen Harper promet d'en profiter pour donner une leçon aux partis d'opposition en arrachant une majorité. Les électeurs peuvent aussi décider de lui donner une leçon d'humilité en ne lui donnant qu'un mandat minoritaire (ce qui ne nous avancerait guère s'il en fait la même chose) ou en portant un autre parti au pouvoir, avec un mandat majoritaire ou minoritaire. (Encore faut-il que les libéraux offrent, au-delà du Pablum publicitaire actuel, une meilleure idée de ce qui les distingue concrètement des conservateurs.) Peu importe le résultat cependant, les partis devront tirer les enseignements qui s'imposent, et quelques chefs devront réfléchir à leur avenir.
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