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Revue de presse - Erreur ou calcul osé?

Manon Cornellier   12 septembre 2009  Canada
Plus rien ne se dit ou ne se fait sur la scène fédérale sans donner lieu à une foule d'analyses sur la saveur électorale du geste. Prenez la mise à jour économique faite à toute vapeur jeudi par le ministre des Finances, Jim Flaherty. Même s'il ne pouvait pas dire comment il allait sortir le pays du trou financier creusé par la récession (et quelques décisions antérieures de son gouvernement), il a tenu à révéler que le déficit pour cette année serait beaucoup plus lourd que prévu: près de 56 milliards au lieu des 34 annoncés en février.

Pour John Ivison et Don Martin, du National Post, il ne fait pas de doute que les conservateurs ont voulu prévenir les coups en devançant le dévoilement de ces chiffres. «La vraie raison pour assembler de façon précipitée un mélange de conjectures présenté comme un plan de sortie de crise est que le gouvernement est obligé de présenter un rapport financier à la fin du mois et ne veut pas que cette bombe puante ne lui éclate au visage au milieu d'une campagne électorale», résume Ivison.

Thomas Walkom, du Toronto Star, n'aime pas pour sa part entendre le ministre Flaherty refuser de dire comment le gouvernement rétablira l'équilibre budgétaire. Le ministre a dit vouloir continuer à réduire les taxes et maintenir les transferts aux provinces et aux particuliers. Que coupera-t-il alors? Il ne peut le dire. Il faudra attendre probablement après les élections pour le savoir, ce que Walkom trouve inacceptable.

Une image vaut mille mots

La vidéo amateur montrant le premier ministre Stephen Harper demander un mandat majoritaire à ses militants de Sault Ste. Marie et dénoncer une possible coalition libérale-socialiste-séparatiste s'est tout de suite transformée en munitions électorales dans les mains des partis d'opposition. Ils l'ont aussitôt accusé d'avoir un discours différent en privé. Ils y ont vu aussi une preuve du refus de coopérer de M. Harper, ce qui démontre l'impasse dans laquelle se trouve le Parlement actuel.

Éditorialistes et commentateurs n'ont pas manqué d'y mettre leur grain de sel. Le Toronto Star est fort heureux de cette brèche dans le message trop bien poli du premier ministre. Et ce qu'il dit avoir vu n'est pas très joli, mais cohérent avec un autre discours fait le printemps dernier, à huis clos encore, devant l'Institut Manning pour la démocratie. Dans les deux cas, les relents réformistes y sont évidents, avec les références aux «groupes marginaux de gauche» qui ont recours aux tribunaux, ces mêmes tribunaux peuplés «d'idéologues libéraux». À Sault Ste. Marie, par contre, M. Harper a levé le voile sur ce que ferait un gouvernement conservateur majoritaire et, encore une fois, cela a davantage inquiété que rassuré le Star.

Mindelle Jacobs, de SunMedia, ne voit pas ce qu'il y a de surprenant à entendre un chef de parti demander à ses troupes de l'aider à obtenir un mandat majoritaire. Elle attribue la réaction des libéraux à leur déception de se voir deuxièmes dans les sondages. Elle n'a vu que de la rhétorique partisane dans ce discours de Sault Ste. Marie. De toute façon, dit Jacobs un peu désabusée, les gens ne voient pas quelle différence cela ferait d'avoir un gouvernement conservateur ou libéral, puisque les deux partis sont centristes et qu'aucun ne mousse un enjeu capable de faire bouger les indécis et les désintéressés.

Des élections: «qu'ossa» donne?

Au-delà du spectacle, cependant, une question s'impose. Serait-il utile d'avoir des élections maintenant? Michael Ignatieff, à qui tout le monde prédisait une «dionisation» en règle s'il pliait en septembre, se voit maintenant attaquer par presque tout le monde pour avoir dégoupillé la grenade électorale. Murray Mandryk, du Regina Leader-Post, et Michael Den Tandt, de SunMedia, sont persuadés que la décision du chef libéral pourrait revenir le hanter. Conservateur bon teint, Michael Taube, du Calgary Herald, parle des élections Seinfeld, des élections au sujet de rien ou inutile, sauf pour l'ego de Michael Ignatieff. David Crane, du Toronto Star, pose la lancinante question: qu'ont à offrir les libéraux qui puisse justifier des élections?

Il y a bien quelques rares commentateurs, surtout de gauche, qui ne rechignent pas à l'idée d'élections, comme Rick Salutin, du Globe and Mail. Les gens n'en veulent pas d'élections? Salutin n'en a cure. Être citoyen n'est pas la même chose qu'être consommateur. Ce n'est pas une question d'envie, dit-il, mais un ensemble de droits et de devoirs. D'anciennes démocraties exigeaient sans cesse la participation de leurs citoyens. Nous, on s'en tient trop souvent au dépôt d'un bulletin dans l'urne. Or, dit Salutin, plus les élections sont fréquentes, plus elles gardent les citoyens engagés et les partis sur le qui-vive. Rien de tel avec des élections tous les quatre ans. Salutin est d'ailleurs persuadé que Harper majoritaire n'aurait pas fait autant en matière d'économie ni accepté une échéance pour la mission en Afghanistan. Par ailleurs, dit-il, «si tant de geignards ne veulent pas d'élections, mais un Parlement qui fonctionne, pourquoi autant d'entre eux s'opposaient à la coalition l'hiver dernier? C'était la définition exacte d'un Parlement minoritaire qui fonctionne».






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