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Comment éliminer le déficit de 56 milliards? - La solution conservatrice: se croiser les doigts et couper plus tard

11 septembre 2009  Canada
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Prier et couper. Ainsi se résume la stratégie du ministre des Finances, Jim Flaherty, pour renouer avec l'encre noire dans cinq ans. Le gouvernement conservateur a présenté hier son «plan» pour éponger l'imposant déficit qu'il a creusé depuis un an, à la faveur d'une baisse de la TPS et d'un plan de relance économique. Les conservateurs comptent sur la reprise économique pour effacer la quasi totalité du déficit et sur d'importantes coupures de programmes en 2014-15 pour trouver les milliards de dollars restants.

Les prévisions budgétaires du gouvernement fédéral se suivent et ne s'embellissent jamais. Hier, le ministère des Finances a encore une fois revu à la hausse l'ampleur du déficit fédéral non seulement pour l'année en cours, mais pour les cinq années subséquentes. Ainsi, le déficit prévu en 2009-10 passe de 50,2 milliards à 55,9 milliards, une hausse de 11 % attribuable à des revenus moindres et à des avantages sociaux des fonctionnaires fédéraux plus coûteux.

Le gouvernement se rend donc aux calculs du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, qui a jugé cet été les chiffres d'Ottawa irréalistes. Ottawa prévoit désormais que d'ici à 2013-14, le déficit total accumulé s'élèvera à 159,2 milliards, soit le double de ce qui avait été projeté en janvier (83,1 milliards). Si rien n'est fait, il y aura encore un déficit de 5,2 milliards en 2014-15 (alors que M. Flaherty avait promis en janvier le retour à un surplus de 700 millions une année plus tôt).

L'intérêt de l'annonce d'hier réside dans le fait que les conservateurs ne proposent absolument aucune mesure pour faire passer le déficit de 55,9 à 5,2 milliards en cinq ans. On mise sur l'augmentation naturelle des revenus de l'État, dont la fin du crédit d'impôt pour les rénovations domiciliaires qui prive Ottawa de 3 milliards de revenus, et une stabilisation des dépenses, notamment par l'expiration des autres programmes de relance et une diminution des coûts d'assurance-emploi à compter de 2011.

Le chef libéral Michael Ignatieff a pour sa part indiqué qu'il n'éliminera pas complètement le déficit en cinq ans, question de ne pas imposer des coupures trop importantes (voir autre texte ci-contre).

Des coupures «douloureuses»

Un flou artistique demeure sur ce que fera le gouvernement de Stephen Harper à compter de 2014 pour éponger les 5,2 milliards restants (ou plus, si le déficit prévu gonfle encore).

«Le gouvernement veillera à restreindre la croissance des charges de programmes directes [...] tel que l'exigera l'atteinte de l'équilibre budgétaire, est-il écrit dans le document du ministère des Finances remis hier. Les ministères devront trouver des moyens de réduire la croissance de leurs frais de fonctionnement, y compris la croissance des salaires. Certains programmes prendront fin aux dates d'échéance prévues. L'ampleur de cette restriction des dépenses sera fonction des résultats économiques.»

Personne, lors de la séance d'information hier, n'a voulu se risquer à prédire l'ampleur des coupures ni le moment où elles surviendront. Un porte-parole du ministre Flaherty a fini par dire que l'objectif était de couper en 2014-15 pour retrouver l'équilibre financier la même année. On voudra toutefois s'assurer que la reprise économique est au rendez-vous avant de procéder.

«Pour comprimer ses dépenses, le gouvernement devra quand même faire des choix difficiles, a d'ailleurs prévenu le ministre Flaherty dans un discours livré à Victoria. Il faudra du leadership, de la détermination et une discipline soutenue. Le gouvernement devra prendre des décisions qui ne seront pas toujours populaires ou sans douleur. Je préviens dès aujourd'hui les Canadiens que si un politicien leur dit que le retour aux excédents budgétaires n'est pas un exercice douloureux, il ne leur dit carrément pas la vérité.»

Le ministre s'est toutefois engagé à ne pas augmenter les impôts, ni réduire les transferts aux provinces et aux particuliers. Il restera donc à sa disposition environ 100 milliards de dépenses gouvernementales, dans lesquelles il pourra couper les 5,2 milliards (ou plus) manquants.

«Certains disent que les augmentations d'impôt sont inévitables, et même souhaitables, si l'on veut rétablir l'équilibre budgétaire. Ce n'est pas ce que fera le gouvernement», a déclaré hier le ministre Jim Flaherty. «Le gouvernement a abaissé les impôts et il ne reviendra pas là-dessus.» La baisse de la TPS de 7 à 5 % fait perdre au gouvernement canadien des revenus d'environ 12 milliards par année.

Notons que le coût des nouvelles mesures en matière d'assurance-emploi promises pour cet automne a été pris en considération dans les calculs dévoilés hier. Cependant, les fonctionnaires n'ont pas voulu en révéler l'ampleur avant que la ministre des Ressources humaines dévoile ses intentions. On sait seulement que les prestations coûteront cette année 22,1 milliards, soit 5,8 milliards de plus que l'année dernière.

Ottawa prédit que le taux de chômage atteindra son sommet en 2010, avec une moyenne de 9 % (et des pointes mensuelles de 9,5 %).






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