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Comment éliminer le déficit de 56 milliards? - La solution libérale: un retour en douceur à l'équilibre

11 septembre 2009  Canada
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Si Michael Ignatieff devient premier ministre au terme de la campagne électorale attendue cet automne, il ne mènera pas une lutte acharnée et sans merci au déficit. Il se fixera plutôt une cible «raisonnable» de réduction du déficit en fonction de la taille de l'économie canadienne, s'évitant ainsi des hausses de taxes et d'impôts ou des coupures de programmes. Il y aura encore de l'encre rouge dans cinq ans.

La clarification de Michael Ignatieff arrive au moment où les troupes conservatrices mettent en garde les électeurs contre un éventuel gouvernement libéral qui hausserait les impôts pour éponger le déficit ou, comme dans les années 1990, refilerait la facture aux provinces.

Rien de tout cela ne se reproduira, promet le chef libéral dans une entrevue accordée au magazine L'actualité, qui arrive en kiosque ce matin. Michael Ignatieff en fait la première page. Il profite aussi de cet entretien pour promettre qu'il s'engagerait à Copenhague à réduire les gaz à effet de serre canadiens, peu importe ce que feront les États-Unis, l'Inde, la Chine ou le Brésil.

«On ne va pas réduire le déficit à zéro, mais le placer sur une trajectoire décroissante non équivoque, a expliqué M. Ignatieff à L'actualité. Nous allons proposer une cible sur cinq ans, un certain pourcentage du PIB qui représentera un seuil que le déficit ne devra pas dépasser. Cela va donner une direction claire à toute la politique budgétaire du gouvernement.»

Doit-on comprendre qu'un gouvernement libéral ne s'engagerait pas à effacer tout le déficit d'Ottawa au cours d'un mandat de cinq ans? Exact, confirme M. Ignatieff. «Je crois que ce n'est pas raisonnable de prédire un tel résultat. Les Canadiens peuvent accepter un déficit s'il s'agit de stimuler l'économie et si on a une cible claire pour l'éliminer.»

Cet été, le premier ministre Stephen Harper avait tenu le même discours. «Nous permettrons que le déficit persiste si cela est nécessaire», avait-il déclaré alors qu'il se trouvait en Italie pour la rencontre du G8. «Nous ne hausserons pas les impôts ni ne couperons dans les programmes simplement pour s'astreindre à un quelconque échéancier.» À la lecture du plan dévoilé hier, les conservateurs se donnent désormais 2015 comme date butoir et couperont pour y parvenir s'il le faut (voir autre texte ci-contre).

Trou de 160 milliards $

Au nom de la relance économique, le gouvernement de Stephen Harper enregistrera un déficit prévu de 55,9 milliards de dollars cette année, le premier déficit canadien en 12 ans. Les chiffres mis à jour par le ministère des Finances hier indiquent que le déficit accumulé d'Ottawa d'ici 2013-14 totalisera 159,2 milliards (presque le double de ce qui avait été prévu en janvier). Il y aura encore un déficit d'au moins 5,2 milliards en 2014-15, que les conservateurs promettent de faire disparaître la même année, en coupant dans les dépenses du gouvernement.

Michael Ignatieff sait bien que l'héritage libéral en matière de finances publiques est une arme à double tranchant. Certes, il peut brandir comme un gage de saine gestion le fait que le gouvernement libéral de Jean Chrétien a éliminé l'important déficit annuel de 42 milliards laissé par les conservateurs de Brian Mulroney. Mais il sait aussi que cette lutte au déficit a fait très mal: resserrement de l'accès au programme d'assurance-emploi, réduction du financement des systèmes de santé et de l'éducation post-secondaire, maintien plus longtemps que prévu de surtaxes aux entreprises, hausse de 1,5 cent la taxe d'accise sur l'essence, etc. Le chef libéral fait donc un mea culpa.

«On a fait beaucoup de sacrifices, et c'est vrai qu'on a parfois été trop durs», dit-il en entrevue. Il ajoute plus loin: «Soyons clair: je ne veux pas alourdir le fardeau fiscal des contribuables et des entreprises, surtout pas au moment où l'on tente de sortir d'une crise économique. C'est crucial. Il faut examiner chaque élément du budget fédéral pour voir où on peut économiser. Éviter de transférer le fardeau aux provinces. C'est une autre erreur que nous avons commise dans les années 1990 et qu'on ne doit pas répéter.»

Oui à Copenhague, seul s'il le faut

Le chef libéral prend un autre engagement qui risque d'être remarqué. S'il devait devenir premier ministre cet automne, Michael Ignatieff indique qu'il signera l'éventuel traité émanant de la rencontre de Copenhague, en décembre, rencontre devant dicter au monde la suite des choses en matière de lutte au réchauffement climatique. Jusqu'à présent, le Canada a posé comme condition à son adhésion que les pays en voie de développement soient eux aussi astreints à des réductions de gaz à effet de serre.

«Les conservateurs disent qu'ils ne feront rien si les autres ne font rien, déplore M. Ignatieff. Pour ma part, je pense que l'économie canadienne profitera d'un effort de réduction des gaz à effet de serre, même si l'Inde, la Chine ou le Brésil ne sont pas d'accord à Copenhague.» Il se dit «prêt à signer un traité, même s'il n'est pas parfait, même si la participation des autres pays n'est pas totale.» Selon lui, il en va de la compétitivité du Canada. «La seule façon de l'emporter sur nos concurrents dans le secteur manufacturier est d'avoir une facture d'énergie plus basse qu'eux. Cela va garantir des emplois à long terme.»

Michael Ignatieff se dit par ailleurs conscient que les normes de réduction des gaz à effet de serre canadiennes ne pourront être complètement déconnectées de celles des États-Unis, mais il suggère que le Canada prenne les devants au lieu de joueur «les suiveurs». «La politique de Stephen Harper en environnement s'est toujours résumée à quatre mots: "J'attends M. Bush" et maintenant, "J'attends M. Obama". Le Canada n'a pas de politique environnementale, ce qu'il faut changer. J'ai le plus grand respect pour M. Obama, mais je ne veux pas qu'il dicte la politique environnementale du Canada.»

Sur le front québécois, enfin, Michael Ignatieff désire attendre que la Cour suprême du Canada se prononce sur la légalité d'une commission des valeurs mobilières pancanadienne avant de trancher ce débat. Il ne se dit pas opposé à une telle centralisation, mais pas non plus «convaincu de sa pertinence». «Je ne suis pas un centralisateur opiniâtre.» Il s'oppose au transfert de pouvoirs additionnels au Québec en matière culturelle, soutenant que celui-ci «a tout de dont il a besoin» à ce chapitre. Toutefois, un gouvernement libéral sous sa gouverne ne tenterait pas de miner les effets de représentation internationale du Québec. «J'ai toujours cru que le Québec pouvait avoir des relations avec d'autres pays. Ottawa n'en a pas le monopole.»
 
 
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