Poser les bonnes questions... et insister
Les éditorialistes du Globe and Mail ont demandé lundi au premier ministre Stephen Harper et au chef de l'opposition Michael Ignatieff d'expliquer clairement comment ils feront en sorte que le Canada «repasse du déficit au surplus budgétaire». Si les deux candidats au poste de premier ministre ne leur fournissent pas de réponse, «il faudra insister à nouveau», concluait l'éditorial, en citant la dernière élection en Colombie-Britannique comme un exemple à éviter.
Contrairement à Jean Charest, Gordon Campbell n'a pas appelé les Britanno-Colombiens trop hâtivement aux urnes dans le but de décrocher un nouveau mandat avant que la récession n'arrive en force. À la différence du premier ministre Harper, M. Campbell a de surcroît adhéré à sa loi établissant des élections à date fixe. Ces choix, qui sont tout à son honneur, sont les seuls moments où il aura montré du respect envers ses électeurs pendant les derniers mois.
Alors que M. Charest était aussi aux prises avec le défi de cacher les pertes de la Caisse de dépôt et placement du Québec, M. Campbell n'avait qu'à masquer l'ampleur véritable du déficit budgétaire et donc à passer sous silence les actions nécessaires pour corriger la situation. À cette fin, il a fait campagne sur la base de prévisions budgétaires déjà obsolètes, prévisions qui n'ont été mises à jour qu'après le vote.
Plutôt que de lui réclamer des explications, la chef du NPD, Carole James, l'a aidé dans sa tromperie en fondant sa plateforme électorale sur ces mêmes prévisions erronées. Si elle avait choisi de se concentrer sur le déficit, Mme James aurait pu demander à M. Campbell d'écarter toute augmentation d'impôt. Elle n'a pas choisi cette voie, car cela aurait signifié la suppression d'une plateforme remplie de nouvelles dépenses. Cette plateforme aurait aussi dû compter un plan illustrant comment le NPD équilibrerait le budget.
Aujourd'hui, l'opposition néo-démocrate est passée à l'attaque, ce qui n'est pas surprenant. La TPS — aimée des économistes et détestée des électeurs — a toujours offert un champ fertile pour l'opportunisme politique. En Ontario par exemple, l'harmonisation de la taxe de vente provinciale est condamnée par les conservateurs, le parti de Brian Mulroney et de Jim Flaherty. En Colombie-Britannique, l'opposition à l'harmonisation de cette taxe a réuni le NPD et l'ancien premier ministre créditiste Bill Vander Zalm, qui a démissionné en disgrâce il y a près de 20 ans.
Contrairement à ses homologues du Québec et d'Ottawa, M. Campbell se retrouve aujourd'hui en position de faiblesse. Jean Charest a réussi à éviter des décisions difficiles dans son budget postélectoral et il jouit en ce moment d'un niveau record d'appuis selon les sondages. Sous la gouverne de M. Harper, le déficit fédéral s'approche désormais des 50 milliards de dollars, mais le premier ministre continue à mener dans les sondages. M. Campbell, par contre, a chuté remarquablement dans les sondages la semaine dernière quand il a révélé les vrais revenus et dépenses de son gouvernement et les mesures nécessaires pour juguler le déficit.
Lui et son ministre des Finances affirment qu'ils n'ont pas eu à considérer l'harmonisation de la taxe de vente provinciale avec la TPS avant l'élection. Ils ajoutent qu'ils n'ont pas eu le choix d'avancer sur cette piste, une fois que l'Ontario a fait son choix. Cependant, les journalistes et les commentateurs ont rappelé à raison que le premier ministre Dalton McGuinty avait pris sa décision bien avant l'élection en Colombie-Britannique. Dans ce cas, il faut se demander pourquoi ceux qui couvraient la campagne n'ont pas demandé à M. Campbell des assurances plus musclées que celles qu'il a prônées lors de sa campagne à l'Association des restaurateurs: «Une TPS harmonisée n'est pas quelque chose qui est envisagé dans la plateforme libérale.»
M. Campbell insiste pour dire qu'il a été élu pour mettre en branle une forte gestion économique, et le temps peut encore lui donner raison. Les appuis à Mme James n'ont pas augmenté dans les sondages récents, ce qui annonce une contestation de son leadership tôt ou tard. Selon toute vraisemblance l'économie de la province va finir par s'améliorer, et les libéraux devraient pouvoir réduire le taux de leur taxe harmonisée avant la prochaine élection, en 2013, forçant ainsi le contraste avec le NPD, «un parti qui aime taxer et dépenser». Et s'il ne réussit pas à remonter sa cote dans l'opinion publique, M. Campbell pourra toujours démissionner pour faire place à un nouveau chef avant la prochaine élection, fort d'un legs de trois victoires consécutives et de la conviction d'avoir fait ce qu'il fallait pour renforcer l'économie de sa province et de celle du Canada.
***
nspector@globeandmail.ca
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
Contrairement à Jean Charest, Gordon Campbell n'a pas appelé les Britanno-Colombiens trop hâtivement aux urnes dans le but de décrocher un nouveau mandat avant que la récession n'arrive en force. À la différence du premier ministre Harper, M. Campbell a de surcroît adhéré à sa loi établissant des élections à date fixe. Ces choix, qui sont tout à son honneur, sont les seuls moments où il aura montré du respect envers ses électeurs pendant les derniers mois.
Alors que M. Charest était aussi aux prises avec le défi de cacher les pertes de la Caisse de dépôt et placement du Québec, M. Campbell n'avait qu'à masquer l'ampleur véritable du déficit budgétaire et donc à passer sous silence les actions nécessaires pour corriger la situation. À cette fin, il a fait campagne sur la base de prévisions budgétaires déjà obsolètes, prévisions qui n'ont été mises à jour qu'après le vote.
Plutôt que de lui réclamer des explications, la chef du NPD, Carole James, l'a aidé dans sa tromperie en fondant sa plateforme électorale sur ces mêmes prévisions erronées. Si elle avait choisi de se concentrer sur le déficit, Mme James aurait pu demander à M. Campbell d'écarter toute augmentation d'impôt. Elle n'a pas choisi cette voie, car cela aurait signifié la suppression d'une plateforme remplie de nouvelles dépenses. Cette plateforme aurait aussi dû compter un plan illustrant comment le NPD équilibrerait le budget.
Aujourd'hui, l'opposition néo-démocrate est passée à l'attaque, ce qui n'est pas surprenant. La TPS — aimée des économistes et détestée des électeurs — a toujours offert un champ fertile pour l'opportunisme politique. En Ontario par exemple, l'harmonisation de la taxe de vente provinciale est condamnée par les conservateurs, le parti de Brian Mulroney et de Jim Flaherty. En Colombie-Britannique, l'opposition à l'harmonisation de cette taxe a réuni le NPD et l'ancien premier ministre créditiste Bill Vander Zalm, qui a démissionné en disgrâce il y a près de 20 ans.
Contrairement à ses homologues du Québec et d'Ottawa, M. Campbell se retrouve aujourd'hui en position de faiblesse. Jean Charest a réussi à éviter des décisions difficiles dans son budget postélectoral et il jouit en ce moment d'un niveau record d'appuis selon les sondages. Sous la gouverne de M. Harper, le déficit fédéral s'approche désormais des 50 milliards de dollars, mais le premier ministre continue à mener dans les sondages. M. Campbell, par contre, a chuté remarquablement dans les sondages la semaine dernière quand il a révélé les vrais revenus et dépenses de son gouvernement et les mesures nécessaires pour juguler le déficit.
Lui et son ministre des Finances affirment qu'ils n'ont pas eu à considérer l'harmonisation de la taxe de vente provinciale avec la TPS avant l'élection. Ils ajoutent qu'ils n'ont pas eu le choix d'avancer sur cette piste, une fois que l'Ontario a fait son choix. Cependant, les journalistes et les commentateurs ont rappelé à raison que le premier ministre Dalton McGuinty avait pris sa décision bien avant l'élection en Colombie-Britannique. Dans ce cas, il faut se demander pourquoi ceux qui couvraient la campagne n'ont pas demandé à M. Campbell des assurances plus musclées que celles qu'il a prônées lors de sa campagne à l'Association des restaurateurs: «Une TPS harmonisée n'est pas quelque chose qui est envisagé dans la plateforme libérale.»
M. Campbell insiste pour dire qu'il a été élu pour mettre en branle une forte gestion économique, et le temps peut encore lui donner raison. Les appuis à Mme James n'ont pas augmenté dans les sondages récents, ce qui annonce une contestation de son leadership tôt ou tard. Selon toute vraisemblance l'économie de la province va finir par s'améliorer, et les libéraux devraient pouvoir réduire le taux de leur taxe harmonisée avant la prochaine élection, en 2013, forçant ainsi le contraste avec le NPD, «un parti qui aime taxer et dépenser». Et s'il ne réussit pas à remonter sa cote dans l'opinion publique, M. Campbell pourra toujours démissionner pour faire place à un nouveau chef avant la prochaine élection, fort d'un legs de trois victoires consécutives et de la conviction d'avoir fait ce qu'il fallait pour renforcer l'économie de sa province et de celle du Canada.
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nspector@globeandmail.ca
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
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