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Fabulation politique

Manon Cornellier   9 septembre 2009  Canada
Dès juillet, des signaux laissaient croire que les politiciens fédéraux pourraient encore profiter d'une campagne électorale automnale pour nous mener en bateau en matière d'économie. Les déclarations faites depuis une semaine par le chef conservateur, Stephen Harper, et le chef libéral, Michael Ignatieff, n'ont fait qu'alimenter la crainte qu'on nous prenne pour des valises.

À les entendre, il serait possible d'éliminer le déficit sans, pour ainsi dire, qu'on s'en aperçoive. Les taxes n'augmenteront pas, les programmes ne seront pas mis en pièces et, malgré tout, les surplus vont réapparaître. Comment et quand? Ils se sont bien gardés de le dire.

Si la campagne 2009 — qui est déjà officieusement en cours — se déroule sur ce ton, on en sera quitte pour une répétition de celle de l'année dernière, celle où on nous affirmait la main sur le coeur qu'on éviterait de plonger le pays dans un déficit. Les libéraux le juraient, tout en promettant de dépenser pour contrer la récession. Stephen Harper, lui, poussait le déni encore plus loin en affirmant à l'époque que s'il devait y avoir une récession, elle aurait déjà frappé.

On connaît la suite. La récession ne nous a pas épargnés et dix mois plus tard, on commence à peine à observer quelques signes de reprise. Le fait qu'on n'ait pas lésiné sur les dépenses y est pour beaucoup. En contrepartie, le déficit pour l'année en cours atteindra 50 milliards et celui pour l'année prochaine devrait être d'environ 30 milliards.

Selon un rapport du directeur parlementaire du budget, paru cet été, le déficit accumulé d'Ottawa atteindra 155,9 milliards sur cinq ans, ce qui fait qu'il est à peu près impossible de renouer avec l'équilibre budgétaire en 2013-14 comme les conservateurs l'envisageaient dans leur dernier budget. À moins, bien sûr, d'augmenter les taxes, de mettre la hache dans les dépenses ou de faire un peu les deux.

***

Les Canadiens, qui ne sont pas des imbéciles, le savent. Ils ont vu durant les années 1990 ce qu'il en coûtait d'assainir les finances publiques. Le remède serait moins sévère cette fois-ci, car le pays part en meilleure posture, à cause justement de ce ménage fait il y a une décennie. La dette et le déficit sont moins lourds par rapport au produit intérieur brut. De plus, une partie des dépenses à l'origine des importants déficits de cette année et de l'année prochaine ne sont pas récurrentes.

Le déficit ne s'effacera toutefois pas comme par enchantement. Faire croire qu'on peut, dans un délai raisonnable, y parvenir sans trop de mal relève de la malhonnêteté intellectuelle. Malheureusement, il semble que les chefs conservateur et libéral aient opté pour cette approche. La semaine dernière, à l'issue de la réunion de son caucus à Sudbury, le chef libéral, Michael Ignatieff, a promis d'éliminer le déficit fédéral sans hausser les taxes ni les impôts. «On a hérité d'un déficit de 42 milliards du gouvernement Mulroney en 1993. On l'a éliminé sans toucher aux impôts. On fera la même chose», a-t-il déclaré.

Pardon? Premièrement, le gouvernement Chrétien a, pour juguler le déficit, augmenté les impôts des entreprises, mis fin à certains abris fiscaux, maintenu la surtaxe sur les hauts revenus bien après la disparition du déficit et imposé des cotisations à l'assurance-emploi supérieures aux besoins du programme. Ce même gouvernement a aussi délesté une grosse part de son déficit dans la cour des provinces en sabrant les transferts pour la santé, l'éducation postsecondaire et l'aide sociale, des compressions dont ces réseaux souffrent encore.

Deuxièmement, Michael Ignatieff a dit, ce printemps, que l'apparition d'un déficit structurel pourrait l'obliger, en dernier recours et une fois la récession passée, à hausser les taxes. Il disait qu'un «politicien honnête» ne pouvait prétendre le contraire. C'est pourtant ce qu'il a fait la semaine dernière.

Il a aussi dit durant l'été qu'il ne réduirait pas les transferts aux provinces. Comment compte-t-il donc parvenir à l'équilibre budgétaire? Attendez et vous verrez, a-t-il rétorqué à Sudbury. La réponse viendra durant la campagne.

***

Les conservateurs ne sont pas en reste, eux qui ne cessent d'attaquer M. Ignatieff pour ses commentaires du printemps. Eux aussi promettent pour bientôt leur plan de lutte contre le déficit. Stephen Harper a toutefois déjà fait savoir, en juillet, que l'échéance de 2013-14 n'était plus coulée dans le béton, surtout s'il devait hausser les taxes ou réduire les dépenses pour y parvenir. «Nous ne commencerons pas à augmenter les taxes ou à sabrer les programmes uniquement pour respecter un échéancier», avait-il déclaré. Cette semaine, il a répété à une radio de Calgary qu'il voulait limiter les dépenses et ne pas augmenter les taxes. (Fait à noter, il a ouvert la porte à une hausse des cotisations à l'assurance-emploi en disant que ces dernières suivaient le cycle économique.)

Personne ne sait exactement dans quel état seront les finances publiques à la fin de cette récession, mais des choix difficiles risquent de s'imposer pour éviter d'accroître la dette. Il serait désolant que les chefs des deux principaux partis passent la prochaine campagne à esquiver un enjeu aussi crucial pour le futur gouvernement. Si telle est leur intention, à quoi bon tenir des élections?

***

mcornellier@ledevoir.com






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