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Sauter dans le vide

Chantal Hébert   8 septembre 2009  Canada
Sous le couvert d'une deuxième campagne fédérale en un an, Stephen Harper, Michael Ignatieff, Gilles Duceppe et Jack Layton se préparent à faire un saut dans le vide. Dans le scénario d'élections automnales, aucun d'entre eux n'est assuré de retomber sur ses pieds le jour du scrutin.

Cela commence par les libéraux, dont le chef n'a jamais subi le baptême du feu d'une campagne électorale. Pour mémoire, les premières campagnes des Duceppe, Harper et Layton n'ont pas été leurs plus glorieuses. Qui a oublié le bonnet de Gilles Duceppe en 1997? Pour un Joe Clark, un Brian Mulroney ou un Jean Chrétien qui ont réussi à franchir le pas de l'opposition officielle au pouvoir en une seule campagne, il y a un Preston Manning, un Stockwell Day ou un Stéphane Dion qui ont manqué leur coup.

Pour autant, et même s'il ne faut jamais dire jamais en politique, bien peu d'observateurs seraient prêts à parier que Michael Ignatieff réussira à faire moins bonne figure que Stéphane Dion l'an dernier. Du point de vue des autres partis, la combinaison d'un projet de taxe sur le carbone mal expliqué et d'un chef libéral qui ne passait pas la rampe s'annonce difficile à battre.

***

Par exemple, une douzaine de sièges séparent Stephen Harper du gros lot d'une majorité gouvernementale. Mais c'est à condition de conserver les circonscriptions qu'il a remportées à la faveur de la piètre campagne libérale de l'an dernier. Depuis l'arrivée de Michael Ignatieff comme chef, les conservateurs n'ont jamais réussi à se tailler un avantage décisif et durable dans les intentions de vote.

Malgré un été passé dans un contrôle complet de la glace, le parti de Stephen Harper n'a pas réussi à s'installer à demeure en zone majoritaire. Une tranche névralgique de l'électorat continue d'être plus à l'aise avec les libéraux. Dans cet esprit, l'argument de la nécessité d'une majorité gouvernementale est une arme à double tranchant pour le premier ministre.

Historiquement, les affaires du NPD ont tendance à bien aller quand celles des libéraux vont mal. En progression constante depuis l'arrivée de Jack Layton à sa tête, le NPD n'a néanmoins pas réussi à se hisser dans les ligues majeures à la faveur de la période de vaches maigres vécue par le PLC. L'an dernier, le Tournant vert de Stéphane Dion avait aidé le NPD à pallier la montée du Parti vert, en siphonnant des appuis de cette formation vers le PLC. Jack Layton ne peut pas compter sur la même dynamique cette fois-ci.

La bataille comporte également son lot d'inconnues pour le Bloc québécois. C'est ainsi que ce n'est pas par amitié que Gilles Duceppe voudrait absolument avoir l'ancien ministre Daniel Paillé comme candidat. Le parti a franchement besoin d'une plus grosse pointure en matière économique pour tenir le fort médiatique pendant la prochaine campagne.

L'histoire récente a montré que le vote du Bloc pouvait être volatile. À la lumière de la faiblesse conservatrice au Québec, certains se sont surpris de ce que les publicités en français du Parti libéral ciblent Stephen Harper plutôt que Gilles Duceppe. Mais les stratèges du PLC calculent que leur meilleur atout au Québec n'est pas d'être le parti le plus identifié à l'unité canadienne, mais plutôt d'être la seule formation à avoir une chance sérieuse de déloger les conservateurs du pouvoir.

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En attendant de voir quand son geste entraînera une campagne électorale, Michael Ignatieff a déjà bouleversé la dynamique parlementaire. Du jour au lendemain, le Bloc québécois et, surtout, le NPD semblent disposés à poser un regard neuf sur les politiques de Stephen Harper.

Jack Layton, qui présentait chaque sursis accordé par les libéraux aux conservateurs comme un ajout au mur de la honte depuis quatre ans, dit qu'il peut même imaginer des scénarios qui lui permettraient d'appuyer le gouvernement jusqu'à la fin de l'année. À tout prendre , le chef néodémocrate est peut-être le seul à avoir un réel intérêt à retarder la prochaine campagne.

Michael Ignatieff n'est pas le premier chef de l'opposition officielle à retirer son appui à un plan budgétaire qu'il avait d'abord convenu d'appuyer. Stephen Harper avait fait exactement la même chose en 2005. Le chef conservateur avait alors utilisé la tournure de la commission Gomery comme prétexte à changer de cap du jour au lendemain.

Mais ce n'est pas parce que Michael Ignatieff marche sur les traces de Stephen Harper que ce dernier va vouloir marcher sur celles de Paul Martin. Au printemps de 2005, une entente avec le NPD avait permis, in extremis, au gouvernement minoritaire libéral de retarder l'échéance électorale. Le principal bénéficiaire de ce sursis avait été Stephen Harper dont les stratèges conviennent aujourd'hui qu'ils n'auraient pas été en aussi bonne posture pour l'emporter au printemps qu'ils ne l'ont été l'hiver suivant.

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chebert@thestar.ca

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.






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