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Ignatieff plonge

Les libéraux renverseront Harper dès que possible

Alec Castonguay   2 septembre 2009  Canada
Le chef du PLC, Michael Ignatieff, a annoncé hier à Sudbury que son parti ne soutiendrait pas le gouvernement de Stephen Harper cet automne.
Photo : Agence Reuters
Le chef du PLC, Michael Ignatieff, a annoncé hier à Sudbury que son parti ne soutiendrait pas le gouvernement de Stephen Harper cet automne.
Sudbury — Michael Ignatieff a annoncé hier qu'il retire sa confiance au gouvernement Harper et qu'il déposera une motion de censure aux Communes à la première occasion, mettant ainsi fin au suspense qui dure depuis juin dernier. Dans un discours aux accents électoraux, le chef libéral a soutenu que le gouvernement conservateur «a échoué sur toute la ligne» et qu'il est temps d'offrir un choix aux électeurs canadiens.

Si le Bloc québécois et le NPD ne font pas volte-face — eux qui ont déjà annoncé vouloir renverser le gouvernement Harper —, le chef libéral aura lancé hier le compte à rebours avant le déclenchement des élections fédérales, qui semblent de plus en plus inévitables cet automne.

Michael Ignatieff a fait son annonce lors d'un discours d'une vingtaine de minutes devant les membres de son parti, réunis en caucus à Sudbury, dans le nord de l'Ontario. «Après quatre ans de dérapage, de déni, de division et de discorde, le temps de Stephen Harper est terminé, a-t-il lancé sous un tonnerre d'applaudissements de ses troupes. Le Parti libéral du Canada ne peut plus soutenir ce gouvernement incompétent. Stephen Harper doit rendre des comptes. Désormais, nous nous opposerons à lui. Et si des élections ont lieu, nous serons prêts à offrir à notre pays un avenir meilleur.»

De passage à Calgary, le premier ministre Harper a répété le message que son gouvernement porte d'un bout à l'autre du pays depuis plusieurs semaines. «Nous avons eu une élection il y a moins d'un an. Je n'ai jamais rencontré ne serait-ce qu'un seul Canadien qui dit vouloir une élection maintenant», a-t-il dit.

Les députés libéraux ont rejeté cet argument. «Les gens sont insatisfaits du gouvernement et veulent du changement. Quand on va leur expliquer notre plan pour un Canada meilleur, ils vont comprendre la nécessité d'avoir des élections», a soutenu le député ontarien Gerard Kennedy.

La décision du Parti libéral est lourde de conséquences, puisque le Bloc québécois et le NPD ont affirmé dans les dernières semaines ne pas vouloir soutenir le gouvernement conservateur. Les députés du NPD ont toutefois envoyé des messages contradictoires hier. Le chef adjoint, Thomas Mulcair, a laissé la porte ouverte à une coopération avec le gouvernement pour éviter des élections (voir autre texte en page A 3). Mais son collègue député, Joe Comartin, a soutenu à RDI que son parti ne pouvait pas appuyer le gouvernement en raison des divergences idéologiques sur plusieurs sujets. De son côté, le chef du Bloc, Gilles Duceppe, en tournée aux îles de la Madeleine, réagira aujourd'hui.

Les lieutenants de Michael Ignatieff — Denis Coderre, Bob Rae, Dominic Leblanc, Ralph Goodale, etc. — ont répété à satiété hier que rien ne pouvait faire changer la trajectoire des libéraux. «C'est fini, les carottes sont cuites pour ce gouvernement», a dit Denis Coderre, ajoutant que, si le NPD ou le Bloc québécois veulent changer leur fusil d'épaule, c'est leur choix. «Ils se sont peinturés dans le coin. On va voir s'ils vont marcher sur la peinture.»

Plus tôt en journée, il devenait clair dans les corridors du Holliday Inn de Sudbury que les députés libéraux des Maritimes et du Québec voulaient se lancer en élections, alors que les élus de l'Ontario étaient divisés. Tous soutenaient faire confiance au jugement de leur chef, mais certains, comme la députée ontarienne Judy Sgro, disaient préférer une campagne électorale au printemps prochain.

Toutefois, après la réunion à huis clos du midi et le discours du chef, les libéraux ont serré les rangs et entonné le même refrain. «C'est une position unanime du caucus. On a donné notre point de vue et le chef a pris une décision. Et on aime cette position», a dit Denis Coderre.

Une vision du pays

L'Ontarien Bob Rae a soutenu que le PLC avait fait sa part pour assurer la stabilité du Parlement depuis dix mois. «On a fait ce qu'on a pu pour être constructifs, mais ce n'est plus possible. Cette élection portera sur des questions fondamentales, comme le pays dans lequel on veut vivre.»

Dans son discours, Michael Ignatieff a défini ce qui deviendra la trame de fond de sa campagne électorale: l'économie, les valeurs canadiennes et la vision à long terme du pays. «Les Canadiens méritent mieux» que le gouvernement en place, a-t-il lancé. «Notre travail en tant que libéraux consiste à donner un choix aux Canadiens. Un choix entre deux partis, entre deux ensembles de valeurs, entre deux visions du Canada.»

Le chef libéral a entre autres parlé d'éducation postsecondaire, de technologies vertes, de santé et d'économie. Le PLC affirme vouloir un pays «plus ouvert» et «plus généreux». «Un Canada qui inspire et qui donne l'exemple au monde entier», a dit M. Ignatieff, qui ajoute vouloir faire du Canada la «société du savoir» par excellence d'ici 2017, année du 150e anniversaire de la Confédération. «Nous pouvons créer les emplois de demain en investissant plus, pas moins, dans la science et l'innovation. Nous pouvons investir dans l'environnement et inventer les technologies vertes qui vont changer le monde», a-t-il énuméré.

Michael Ignatieff a tiré toutes ses flèches en direction du gouvernement conservateur, attaquant le premier ministre sur sa gestion de l'économie et le déficit de 50 milliards de dollars. «Ils ne peuvent même pas nous dire la profondeur du trou dans lequel ils nous ont mis. Et encore moins comment ils vont nous en sortir», a-t-il dit, ajoutant: «Il n'a pas réussi à protéger les plus vulnérables. Il n'a pas réussi à créer des emplois. Il n'a pas réussi à défendre notre système de santé. Il n'a pas réussi à rétablir nos finances publiques.»

Les libéraux reconnaissent que la campagne serait serrée et imprévisible. Le Parti libéral et le Parti conservateur sont à égalité dans les intentions de vote, alors que le Bloc québécois demeure en tête au Québec. «C'est très égal, mais nos votes sont mieux divisés à travers le pays, dit le député ontarien John McCallum. Il y a beaucoup de votes gaspillés pour les conservateurs en Alberta et en Saskatchewan, où ils sont déjà très forts. Mais c'est clair qu'il faudra une bonne bagarre électorale pour gagner et on est prêts à ça.»

La date du scrutin demeure inconnue et dépendra de la suite des événements. La Chambre des communes doit reprendre ses activités le 14 septembre. Si le Parlement n'est pas dissous avant, le Parti libéral a une journée d'opposition garantie entre le 30 septembre et le 6 octobre. Il entend l'utiliser pour renverser le gouvernement avec une motion de censure. Puisqu'une campagne électorale doit durer 37 jours (y compris le jour du vote), le scrutin pourrait alors se tenir le 9 ou le 16 novembre.

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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti
 
 
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