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Moi, Omar Khadr

Gil Courtemanche   29 août 2009  Canada
Je m'appelle Omar Khadr et je suis né à Toronto, au Canada, le 19 septembre 1986. Je suis le plus jeune d'une famille de quatre enfants. J'ai deux frères, dont un est emprisonné à Toronto, et une soeur. Mon père est d'origine égyptienne et ma mère, palestinienne.

Mon père, Ahmed Said Khadr, fut un ami et un associé d'Oussama ben Laden, et ce, bien avant ma naissance. C'était un homme dur, qui ne tolérait aucune désobéissance et surtout pas les accrocs aux principes de l'islam. Il était profondément religieux, convaincu que l'Occident voulait tuer tous les musulmans et que seule la guerre sainte pouvait sauver les musulmans de ce complot occidental et sioniste.

Dès que j'ai pu me tenir debout, on m'a mis un Coran dans les mains. Dès que j'ai pu marcher, mon père m'a expliqué qu'il n'existait pas plus grande bénédiction que de choisir de devenir un «martyr». Tout petit, j'ai entendu mon père dire à mon frère Abdurahman que s'il trahissait l'islam, il le tuerait de ses propres mains. Depuis que je suis tout petit, on m'apprend que devenir un kamikaze est l'aboutissement de la vie de tout bon musulman.

Quand j'avais deux ans, nous avons déménagé à Peshawar, au Pakistan. Papa nous parlait toujours de «martyrs» et maman aussi. Puis nous sommes revenus au Canada parce que papa avait été blessé par une mine. J'avais six ans quand nous sommes retournés au Pakistan, puis en Afghanistan. Je n'avais jamais lu un autre livre que le Coran, je savais que tous les Occidentaux voulaient la disparition de ma religion et que mes deux frères ainsi que mon père souhaitaient mourir pour défendre Allah et son prophète.

En Afghanistan, nous vivions avec Ben Laden; c'est vous dire l'éducation qui fut la mienne et à quel point il me fut impossible de choisir une autre voie que celle décidée par mon père et de choisir un autre camp que celui qui avait été ma seconde famille.

Je crois que j'avais 11 ans quand mon père m'a confié à un camp d'entraînement d'al-Qaïda. Ce n'est pas un camp de vacances. On nous traite comme des prisonniers. On apprend le Coran, puis le maniement de la grenade et des lance-roquettes, la ceinture d'explosif. À cet âge, j'étais convaincu que si je ne tuais pas un infidèle, un mécréant, comme dit le Coran, je serais damné, que je deviendrais moi-même un infidèle et un mécréant.

***

Puis, il y a eu cette guerre, après le 11-Septembre. Je ne savais rien de ces deux tours que «mon camp» avait abattues. Et puis, tous ces soldats étrangers qui nous tiraient dessus. Les gens autour de moi ont combattu, ils ne voulaient pas mourir. On m'a crié de lancer une grenade. Je ne me souviens pas de l'avoir fait. Et si je l'ai fait, c'était parce que j'avais peur.

C'est le 27 juillet 2002. Deux balles transpercent mon corps. On me fait prisonnier et on m'accuse d'avoir tué un soldat américain.

Si je l'ai fait, c'est que j'avais peur. J'étais un enfant et je ne savais pas ce que je faisais. Oui, peut-être que je me souvenais des incantations de mon père, qui disait que si je ne tuais pas l'infidèle, il me tuerait.

On est certain que j'ai tué, mais il n'existe aucun témoin. Je suis ici depuis sept ans. J'étais un enfant, je suis un peu plus vieux. Mais je crois que je demeure un enfant perdu, démuni. Je ne sais pas pourquoi je suis ici, ni pourquoi mon pays me refuse.

Mon pays ne m'aime pas. Je ne suis pas un bon Canadien, comme disent les conservateurs. Je suis musulman. Si vous êtes d'origine italienne, comme Arturo Gatti, le champion de boxe, le ministre des Affaires extérieures répond automatiquement à la demande d'aide de la famille. Il invoque les autorités brésiliennes, au risque de les insulter. Beaucoup de compassion pour un cadavre et d'intérêt pour une chicane de famille à propos de l'héritage.

Mon contact avec le Canada fut intéressant. C'est en février 2003. Trois agents des services de renseignements canadiens viennent m'interroger à Guantánamo. Ils savent déjà que j'ai été torturé, dans le sens légal du terme, mais c'est le dernier de leur souci. Ils veulent revenir avec une culpabilité.

Ils sont gentils au départ, même s'ils ne connaissent pas mes goûts. Ils sont comme tous les espions canadiens, cons et sans culture. Pour m'apprivoiser, ils se présentent avec des Big Mac, des Subway et du Coca. Ils veulent faire amis, je veux bien, mais ils n'entendent rien. Je tente de leur expliquer que je ne suis pas un monstre. Ils me qualifient de robot, me disent que je répète un texte appris. Ce ne sont pas des interrogateurs, mais des accusateurs. Je suis musulman et je suis terroriste.

Mon gouvernement ne veut pas de moi. Il croit peut-être gagner quelques milliers de votes ainsi. Il a raison. Les musulmans sont rentables; en fait, du fond de ma cellule, dans ma tenue orange, humilié par les chiens qui passent toujours, brûlé par le soleil, je me dis que Stephen Harper est raciste ou qu'il n'aime pas les enfants.






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