Le silence de l'un et de l'autre
Malgré tout ce qui les oppose, le premier ministre Stephen Harper et le chef de l'opposition, Michael Ignatieff, s'accordent sur une chose: le mieux est d'en dire le moins possible à propos de la guerre en Afghanistan. Il semble en effet que des questions plus importantes préoccupent les deux hommes. Le déclenchement de la prochaine élection, par exemple.
Mais avant tout, les deux hommes se taisent parce qu'ils savent qu'une majorité de Canadiens s'opposent maintenant à la mission. Tous deux se souviennent aussi pertinemment d'avoir fait des déclarations embarrassantes dans le passé à propos des guerres en Afghanistan et en Irak, et ils espèrent que les électeurs oublieront ces déclarations mal avisées.
Quelle que soit la raison qui motive leur mutisme, ni M. Harper ni M. Ignatieff n'ont beaucoup d'arguments pour justifier les sacrifices que font nos soldats en Afghanistan. Et, tandis que les deux chefs nous assurent que leur mission de combat prendra fin en 2011, aucun des deux ne veut discuter du rôle que le Canada continuera à jouer dans ce conflit, encore moins pour combien de temps.
Pour obtenir des réponses à ces questions, il faut regarder du côté des dirigeants étrangers. Particulièrement chez les dirigeants de la Grande-Bretagne et des États-Unis, qui ont souffert de pertes records cette année.
En Grande-Bretagne, le secrétaire à la Défense, Bob Ainsworth, a récemment déclaré que des progrès suffisants auront été réalisés dans environ un an pour permettre à l'armée afghane d'assumer un rôle plus important. Ce discours n'est pas sans rappeler les assurances données par le premier ministre Harper à ce même sujet. Mais il faut savoir que M. Ainsworth a immédiatement été contredit par le chef de l'armée, qui a dit à la BBC que les troupes britanniques pourraient être impliquées en Afghanistan pendant encore cinq ans. Le général qui a pris sa relève s'est montré encore moins optimiste en déclarant que la mission pourrait s'étirer sur une quarantaine d'années tout en précisant, dans un second temps, qu'il ne faisait pas nécessairement référence à une mission de combat.
Aux États-Unis, le président Barack Obama a commencé à «vendre» la guerre en Afghanistan, une guerre qu'il définissait comme «une bonne guerre» pendant la campagne électorale, par opposition à l'invasion de l'Irak par George W. Bush, jugée mauvaise. «Nous ne devons jamais oublier que cette guerre n'est pas une guerre de choix. C'est une guerre de nécessité», rappelait-il la semaine dernière. Coup sur coup, deux intellectuels — un qui appuyait la guerre en Irak et un autre qui s'y opposait — ont contredit le président, l'un dans le New York Times, l'autre dans le Washington Post, en faisant valoir que la guerre en Afghanistan est aujourd'hui devenue une guerre de choix. Cela étant dit, les deux intellectuels convenaient que la guerre devait toujours être soutenue.
Aujourd'hui, les yeux du président Obama sont sans doute rivés sur les derniers sondages d'opinion montrant que la plupart des Américains ne sont pas d'accord avec ce point de vue. De plus, un quart de la population seulement croit encore à la nécessité d'envoyer plus de soldats en Afghanistan, alors que deux fois plus d'Américains veulent que leur nombre soit réduit. Plus préoccupant encore pour le président, 70 % des démocrates ne croient pas que la guerre vaut encore la peine d'être menée, alors que moins de 20 % appuient une augmentation des troupes.
M. Obama a besoin du soutien de sa base politique pour réussir sa réforme du système de santé et ne souhaite sûrement pas que l'expérience du président Lyndon Johnson pendant la guerre du Vietnam se répète. Qu'il ait des difficultés à défendre ce dossier ne doit pas surprendre les Canadiens, compte tenu de notre incapacité et de nos réticences à réformer notre propre système. Leur plaisir étant toujours intact de voir Barack Obama à la place de George Bush, bon nombre de nos compatriotes sont aujourd'hui surpris d'apprendre que le pourcentage d'Américains opposés à la guerre en Afghanistan est maintenant égal à ceux qui s'opposaient à la guerre en Irak en 2004.
***
Nous n'avons pas encore entendu ce que
MM. Harper ou Ignatieff pensent de la loi afghane qui autorise un homme à priver de nourriture une épouse qui lui refuse des relations sexuelles. Mais, de temps à autre, des événements comme l'élection en Afghanistan exigent pourtant que le premier ministre dise quelques mots. Cette semaine, à l'image des autres dirigeants de l'OTAN, M. Harper a rapidement tenté d'imposer un discours positif sur le vote afghan, cela en faisant abstraction des irrégularités généralisées qui ont été dénoncées. À l'image de l'envoyé spécial du président Obama, Richard Holbrooke, il est même allé jusqu'à comparer les embûches qui minent le vote en Afghanistan à celles qui grèvent le vote au Canada.
***
nspector@globeandmail.ca
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
Mais avant tout, les deux hommes se taisent parce qu'ils savent qu'une majorité de Canadiens s'opposent maintenant à la mission. Tous deux se souviennent aussi pertinemment d'avoir fait des déclarations embarrassantes dans le passé à propos des guerres en Afghanistan et en Irak, et ils espèrent que les électeurs oublieront ces déclarations mal avisées.
Quelle que soit la raison qui motive leur mutisme, ni M. Harper ni M. Ignatieff n'ont beaucoup d'arguments pour justifier les sacrifices que font nos soldats en Afghanistan. Et, tandis que les deux chefs nous assurent que leur mission de combat prendra fin en 2011, aucun des deux ne veut discuter du rôle que le Canada continuera à jouer dans ce conflit, encore moins pour combien de temps.
Pour obtenir des réponses à ces questions, il faut regarder du côté des dirigeants étrangers. Particulièrement chez les dirigeants de la Grande-Bretagne et des États-Unis, qui ont souffert de pertes records cette année.
En Grande-Bretagne, le secrétaire à la Défense, Bob Ainsworth, a récemment déclaré que des progrès suffisants auront été réalisés dans environ un an pour permettre à l'armée afghane d'assumer un rôle plus important. Ce discours n'est pas sans rappeler les assurances données par le premier ministre Harper à ce même sujet. Mais il faut savoir que M. Ainsworth a immédiatement été contredit par le chef de l'armée, qui a dit à la BBC que les troupes britanniques pourraient être impliquées en Afghanistan pendant encore cinq ans. Le général qui a pris sa relève s'est montré encore moins optimiste en déclarant que la mission pourrait s'étirer sur une quarantaine d'années tout en précisant, dans un second temps, qu'il ne faisait pas nécessairement référence à une mission de combat.
Aux États-Unis, le président Barack Obama a commencé à «vendre» la guerre en Afghanistan, une guerre qu'il définissait comme «une bonne guerre» pendant la campagne électorale, par opposition à l'invasion de l'Irak par George W. Bush, jugée mauvaise. «Nous ne devons jamais oublier que cette guerre n'est pas une guerre de choix. C'est une guerre de nécessité», rappelait-il la semaine dernière. Coup sur coup, deux intellectuels — un qui appuyait la guerre en Irak et un autre qui s'y opposait — ont contredit le président, l'un dans le New York Times, l'autre dans le Washington Post, en faisant valoir que la guerre en Afghanistan est aujourd'hui devenue une guerre de choix. Cela étant dit, les deux intellectuels convenaient que la guerre devait toujours être soutenue.
Aujourd'hui, les yeux du président Obama sont sans doute rivés sur les derniers sondages d'opinion montrant que la plupart des Américains ne sont pas d'accord avec ce point de vue. De plus, un quart de la population seulement croit encore à la nécessité d'envoyer plus de soldats en Afghanistan, alors que deux fois plus d'Américains veulent que leur nombre soit réduit. Plus préoccupant encore pour le président, 70 % des démocrates ne croient pas que la guerre vaut encore la peine d'être menée, alors que moins de 20 % appuient une augmentation des troupes.
M. Obama a besoin du soutien de sa base politique pour réussir sa réforme du système de santé et ne souhaite sûrement pas que l'expérience du président Lyndon Johnson pendant la guerre du Vietnam se répète. Qu'il ait des difficultés à défendre ce dossier ne doit pas surprendre les Canadiens, compte tenu de notre incapacité et de nos réticences à réformer notre propre système. Leur plaisir étant toujours intact de voir Barack Obama à la place de George Bush, bon nombre de nos compatriotes sont aujourd'hui surpris d'apprendre que le pourcentage d'Américains opposés à la guerre en Afghanistan est maintenant égal à ceux qui s'opposaient à la guerre en Irak en 2004.
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Nous n'avons pas encore entendu ce que
MM. Harper ou Ignatieff pensent de la loi afghane qui autorise un homme à priver de nourriture une épouse qui lui refuse des relations sexuelles. Mais, de temps à autre, des événements comme l'élection en Afghanistan exigent pourtant que le premier ministre dise quelques mots. Cette semaine, à l'image des autres dirigeants de l'OTAN, M. Harper a rapidement tenté d'imposer un discours positif sur le vote afghan, cela en faisant abstraction des irrégularités généralisées qui ont été dénoncées. À l'image de l'envoyé spécial du président Obama, Richard Holbrooke, il est même allé jusqu'à comparer les embûches qui minent le vote en Afghanistan à celles qui grèvent le vote au Canada.
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nspector@globeandmail.ca
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
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