Sondages: Ignatieff doit-il s'inquiéter?
L'écart entre libéraux et conservateurs reste faible, selon les analystes
25 août 2009
Canada
Ottawa — Alors qu'une succession de coups de sonde estivaux ont placé les conservateurs et les libéraux à égalité, un autre de la maison Ipsos-Reid accordait hier 11 points d'avance aux troupes de Stephen Harper. Michael Ignatieff doit-il s'en inquiéter? Pas vraiment, répondent les spécialistes des sondages que sont Stuart Soroka, de l'Université McGill, et Anne-Marie Gingras, de l'Université Laval. Interrogés hier par Le Devoir, les deux ont formulé la même mise en garde: si l'on tient compte seulement des électeurs décidés, comme l'a fait la maison Ipsos-Reid, les résultats peuvent être biaisés, probablement en faveur du Parti conservateur.
«Les indécis peuvent jouer un rôle fondamental, souligne Anne-Marie Gingras. S'ils forment 15 ou 20 % des personnes interrogées et qu'ils se distribuent de manière différente des personnes décidées, alors, ça change la donne le jour de l'élection.»
Mme Gingras rappelle que certaines franges de l'électorat ont tendance à se montrer discrètes. Au Québec, ce sont les fédéralistes, par exemple. «À la dernière élection fédérale, il y avait quelque chose dans l'air. Les libéraux fédéraux étaient plus discrets, comme si les gens n'avaient pas envie d'admettre qu'ils allaient voter pour Stéphane Dion.» Elle ne se risque pas à dire si cette gêne persiste sous Michael Ignatieff.
Pour Stuart Soroka, toutefois, il est clair qu'écarter les indécis a tendance à favoriser la formation de Stephen Harper. «Parce que les libéraux sont encore en reconstruction, parce que le Parti conservateur est le parti le plus voyant en ce moment, on peut penser que l'utilisation des électeurs décidés seulement avantage le Parti conservateur», dit-il. Tard en soirée, un porte-parole d'Ipsos-Reid a évalué les indécis écartés à 6 %. Selon M. Soroka, les distorsions seraient alors beaucoup moins grandes.
Le sondage Ipsos-Reid, effectué pour le compte de CanWest News Service et Global national, accorde 39 % des intentions de vote au Parti conservateur de Stephen Harper contre 28 % pour le Parti libéral de Michael Ignatieff et 14 % pour le NPD de Jack Layton. Le sondage a été effectué du 18 au 20 août auprès de 1001 répondants et est considéré comme fiable à 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Par rapport au précédent exercice d'Ipsos-Reid il y a deux mois, il s'agit d'une détérioration marquée: à ce moment, les libéraux étaient à 35 % et les conservateurs à 34 %. Les premiers ont perdu sept points, les seconds en ont gagné cinq.
La Chambre des communes reprendra ses travaux le 14 septembre prochain, et une journée d'opposition, pouvant servir à retirer sa confiance du gouvernement, doit avoir lieu entre le 30 septembre et le 6 octobre. Si les trois partis d'opposition se liguent contre les conservateurs, alors des élections pourraient avoir lieu le 9 ou le 16 novembre.
En entrevue avec Le Devoir dimanche, le chef Michael Ignatieff a fait des déclarations plutôt fortes en faveur d'une élection. «Je suis devant un gouvernement qui ne fait pas son travail. Qu'est-ce que je dois faire? Le maintenir en vie parce que les gens ne veulent pas d'élections ou alors le faire tomber et dire ce que je pense au fond de moi-même, c'est-à-dire que nous méritons mieux que ça? Je suis en réflexion.» Il a rejeté du revers de la main cette idée que des élections créeraient de l'instabilité politique en période économique trouble. «Une élection ne créerait aucune instabilité.»
Depuis quelques jours, les conservateurs peaufinent leur message électoral éventuel, disant qu'ils méritent désormais une majorité. Selon ses conseillers, M. Harper laissera planer en campagne électorale le spectre d'une coalition entre le Parti libéral et le NPD si jamais Michael Ignatieff remporte un gouvernement minoritaire. Cette stratégie l'a bien servi l'hiver dernier à l'extérieur du Québec.
Égalité
Stuart Soroka souligne qu'en appliquant des «filtres» aux sondages (en écartant les indécis, par exemple), il est impossible de comparer les sondages avec ceux des autres maisons d'opinion publique.
Comme pour lui donner raison, un autre sondage, celui-là effectué par la maison Harris-Decima pour le compte de La Presse canadienne, a été publié hier. Il place le Parti libéral à 32 % contre 31 % pour le Parti conservateur et 16 % pour le NPD. Au Québec, le Bloc québécois trône à 37 % contre 28 % pour les libéraux. Les conservateurs sont loin derrière avec 12 %, tout juste devant le NPD et le Parti vert, avec respectivement 11 et 10 %. Avec un échantillon de 2000 répondants, la marge d'erreur est de 2,2 %, 19 fois sur 20.
Ce sondage confirme une longue série d'une dizaine de coups de sonde effectués cet été autant par la firme Ekos que Nanos: les deux partis se volaient tour à tour la pole position, affichant des avances d'à peine 0,3 à 3 points de pourcentage.
Au bout du compte, croit Mme Gingras, il reste à évaluer la valeur réelle de ces sondages. «Nous sommes en été. L'attention n'est pas portée sur l'action politique à Ottawa. En fait, je ne suis même pas certaine qu'il y ait de l'action politique à Ottawa.»
«Les indécis peuvent jouer un rôle fondamental, souligne Anne-Marie Gingras. S'ils forment 15 ou 20 % des personnes interrogées et qu'ils se distribuent de manière différente des personnes décidées, alors, ça change la donne le jour de l'élection.»
Mme Gingras rappelle que certaines franges de l'électorat ont tendance à se montrer discrètes. Au Québec, ce sont les fédéralistes, par exemple. «À la dernière élection fédérale, il y avait quelque chose dans l'air. Les libéraux fédéraux étaient plus discrets, comme si les gens n'avaient pas envie d'admettre qu'ils allaient voter pour Stéphane Dion.» Elle ne se risque pas à dire si cette gêne persiste sous Michael Ignatieff.
Pour Stuart Soroka, toutefois, il est clair qu'écarter les indécis a tendance à favoriser la formation de Stephen Harper. «Parce que les libéraux sont encore en reconstruction, parce que le Parti conservateur est le parti le plus voyant en ce moment, on peut penser que l'utilisation des électeurs décidés seulement avantage le Parti conservateur», dit-il. Tard en soirée, un porte-parole d'Ipsos-Reid a évalué les indécis écartés à 6 %. Selon M. Soroka, les distorsions seraient alors beaucoup moins grandes.
Le sondage Ipsos-Reid, effectué pour le compte de CanWest News Service et Global national, accorde 39 % des intentions de vote au Parti conservateur de Stephen Harper contre 28 % pour le Parti libéral de Michael Ignatieff et 14 % pour le NPD de Jack Layton. Le sondage a été effectué du 18 au 20 août auprès de 1001 répondants et est considéré comme fiable à 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Par rapport au précédent exercice d'Ipsos-Reid il y a deux mois, il s'agit d'une détérioration marquée: à ce moment, les libéraux étaient à 35 % et les conservateurs à 34 %. Les premiers ont perdu sept points, les seconds en ont gagné cinq.
La Chambre des communes reprendra ses travaux le 14 septembre prochain, et une journée d'opposition, pouvant servir à retirer sa confiance du gouvernement, doit avoir lieu entre le 30 septembre et le 6 octobre. Si les trois partis d'opposition se liguent contre les conservateurs, alors des élections pourraient avoir lieu le 9 ou le 16 novembre.
En entrevue avec Le Devoir dimanche, le chef Michael Ignatieff a fait des déclarations plutôt fortes en faveur d'une élection. «Je suis devant un gouvernement qui ne fait pas son travail. Qu'est-ce que je dois faire? Le maintenir en vie parce que les gens ne veulent pas d'élections ou alors le faire tomber et dire ce que je pense au fond de moi-même, c'est-à-dire que nous méritons mieux que ça? Je suis en réflexion.» Il a rejeté du revers de la main cette idée que des élections créeraient de l'instabilité politique en période économique trouble. «Une élection ne créerait aucune instabilité.»
Depuis quelques jours, les conservateurs peaufinent leur message électoral éventuel, disant qu'ils méritent désormais une majorité. Selon ses conseillers, M. Harper laissera planer en campagne électorale le spectre d'une coalition entre le Parti libéral et le NPD si jamais Michael Ignatieff remporte un gouvernement minoritaire. Cette stratégie l'a bien servi l'hiver dernier à l'extérieur du Québec.
Égalité
Stuart Soroka souligne qu'en appliquant des «filtres» aux sondages (en écartant les indécis, par exemple), il est impossible de comparer les sondages avec ceux des autres maisons d'opinion publique.
Comme pour lui donner raison, un autre sondage, celui-là effectué par la maison Harris-Decima pour le compte de La Presse canadienne, a été publié hier. Il place le Parti libéral à 32 % contre 31 % pour le Parti conservateur et 16 % pour le NPD. Au Québec, le Bloc québécois trône à 37 % contre 28 % pour les libéraux. Les conservateurs sont loin derrière avec 12 %, tout juste devant le NPD et le Parti vert, avec respectivement 11 et 10 %. Avec un échantillon de 2000 répondants, la marge d'erreur est de 2,2 %, 19 fois sur 20.
Ce sondage confirme une longue série d'une dizaine de coups de sonde effectués cet été autant par la firme Ekos que Nanos: les deux partis se volaient tour à tour la pole position, affichant des avances d'à peine 0,3 à 3 points de pourcentage.
Au bout du compte, croit Mme Gingras, il reste à évaluer la valeur réelle de ces sondages. «Nous sommes en été. L'attention n'est pas portée sur l'action politique à Ottawa. En fait, je ne suis même pas certaine qu'il y ait de l'action politique à Ottawa.»
Haut de la page

