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Revue de presse - Fatalisme minoritaire

Manon Cornellier   27 juin 2009  Canada
L'état du parlementarisme et des partis politiques canadiens sont des sujets constants de préoccupation depuis que le Canada vit à l'ombre de gouvernements minoritaires à répétition. Ces thèmes ont repris la vedette cette semaine après une fin de session marquée par une partie de bras de fer entre le gouvernement et l'opposition libérale.

Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, rappelle qu'en présence du Bloc québécois, un gouvernement minoritaire risque de devenir la norme. Il est donc grand temps de se demander ce que les Canadiens en attendent. Veulent-ils des élections à répétition ou des partis qui coopèrent? Si un chef comme Michael Ignatieff est vilipendé chaque fois qu'il en vient à un compromis, les gouvernements minoritaires ne dureront jamais plus qu'une ou deux saisons, prédit-elle. Selon un sondage Ipsos Reid, la majorité des Canadiens estime que le Parlement ne fonctionne pas, mais seulement une minorité souhaite une élection pour faire place nette. Et encore là, les deux principaux partis finiraient au coude à coude. Par conséquent, dit-elle, «ce donnant-donnant [des dernières semaines] peut et devrait durer un bon moment, par respect pour un électorat qui a choisi un gouvernement minoritaire. [...] En cette ère de gouvernements minoritaires, un changement de paradigme de ce genre devient rien de moins qu'obligatoire.»

Le politologue Tom Flanagan, ancienne éminence grise de Stephen Harper, a lui aussi vanté les vertus de la coopération. Dans un texte paru dans le Globe and Mail, il relève que la probabilité d'un gouvernement minoritaire s'est accrue avec l'arrivée du Bloc sur la scène fédérale en 1993. Ce qui a retardé cette éventualité est la division de la droite, mais dès que cette dernière a pris fin, dit-il, un gouvernement minoritaire est devenu la norme. Dans ce contexte, poursuit-il, les vieilles tactiques ne tiennent plus. Traditionnellement, les partis ne font qu'attendre le meilleur moment pour tenter d'arracher une majorité. Quand cela s'avère impossible cependant, comme maintenant, il faut accepter le fait qu'un gouvernement minoritaire n'est plus un «interlude» et tirer les conclusions qui s'imposent. Selon lui, il n'y a que deux façons de former un gouvernement: une coopération, pouvant même prendre les allures d'une coalition, entre libéraux et néodémocrates, ou une coopération tacite entre libéraux et conservateurs. À son avis, le dernier accord entre MM. Harper et Ignatieff est un développement important en matière de partage du pouvoir et, après cinq années de gouvernements minoritaires qui ont laissé trop de dossiers en plan, il faudrait que la coopération observée en fin de session se poursuive.

Dans l'Ottawa Citizen, le professeur Michael Behiels, de l'Université d'Ottawa, s'étonne de la conversion de Flanagan et y voit plutôt le geste d'un «caméléon politique digne de Machiavel». Behiels en vient à cette conclusion parce que les méthodes de Stephen Harper n'ont rien à voir avec le fonctionnement d'un gouvernement minoritaire mis en avant par son ancien mentor. Partager le pouvoir n'est pas dans les moeurs du parlementarisme britannique, dit l'historien. Les rares exemples de compromis sont généralement affaire de tactiques pour ouvrir la voie à une majorité. Selon Behiels, le système parlementaire canadien, totalement dominé par le premier ministre, son bureau, le Conseil privé et le cabinet, est «incapable de partager le pouvoir, que ce soit formellement ou non». Dans le cas de Harper, dit Behiels, ce refus s'étend même à ses ministres. Il s'est maintenu au pouvoir en obtenant, cas par cas, l'appui d'un ou l'autre parti d'opposition et il continuera de le faire tant qu'il n'aura pas une majorité ou ne perdra pas les élections. Sa hargne contre la coalition et sa colère noire à l'idée de perdre le pouvoir «l'ont presque mené, écrit l'historien, à détruire la fonction de gouverneur général et nos conventions parlementaires». Il reviendra aux électeurs de décider si cela a assez duré et s'il ne vaut pas mieux accorder une majorité à un des principaux partis, conclut-il.

Flanagan encore

Le même Tom Flanagan retient aussi l'attention, depuis quelques semaines, pour l'édition augmentée d'un de ses ouvrages sur le gouvernement Harper. Il y affirme, entre autres choses, que les conservateurs sont les seuls à ne pas avoir d'alliés naturels aux Communes, ce qui les force à des alignements tactiques. Cela fait dire à Frances Russell, du Winnipeg Free Press, que les libéraux ont intérêt à revoir leur stratégie et, en particulier, leur décision de torpiller la coalition formée avec le NPD et appuyée par le Bloc. De tendance social-démocrate, Russell ne croit pas à l'impopularité fondamentale de cette formule, bien qu'elle note des lignes de fracture régionales. Mais quel dossier d'importance n'en suscite pas dans ce pays, demande-t-elle? «Les Canadiens n'aiment peut-être pas les coalitions, mais ils réélisent des gouvernements minoritaires. Et des Parlements minoritaires rendent les coalitions inévitables.» En s'alliant avec les conservateurs, les libéraux renoncent à faire des gains auprès de l'électorat de centre gauche, dit-elle, tout en offrant à Stephen Harper l'occasion d'être accommodant.

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