jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 13h41
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Afghanistan - Le coût de la guerre a doublé en quatre ans

L'armée fait marche arrière et dévoile les détails de la facture militaire

Alec Castonguay   25 juin 2009  Canada
Photo : Agence France-Presse
Ottawa — Les Forces canadiennes ont reconnu hier avoir fait une «erreur» en refusant de divulguer les coûts de la mission militaire en Afghanistan pour cause de «sécurité nationale». L'armée a corrigé le tir et a dévoilé au Devoir les chiffres les plus récents.

On y apprend notamment que l'année financière en cours (2009-10) sera la plus chère de la mission en Afghanistan. Les Forces canadiennes estiment qu'elles vont dépenser 1,513 milliard de dollars cette année. C'est presque le double (+ 88 %) du budget 2006-07, la première année complète des soldats canadiens à Kandahar. L'armée avait alors déboursé 805 millions de dollars.

En fait, le budget militaire consacré à l'Afghanistan est en hausse constante depuis 2006-07. Selon Jeremy Sales, directeur des affaires publiques pour l'Afghanistan au ministère de la Défense, cela reflète l'augmentation des violences à Kandahar, l'ajout de soldats pour y faire face et l'arrivée sur le terrain de nouveaux équipements coûteux à faire fonctionner, notamment des hélicoptères et des drones (avions sans pilote).

«La hausse rapide des coûts est attribuable au fait que nous avons maintenant 2850 soldats à Kandahar, soit presque 500 de plus, explique M. Sales. L'utilisation des hélicoptères et des drones, recommandée par le comité Manley, est aussi très coûteuse, même si ça sauve des vies.»

La ventilation des coûts ne change toutefois pas le montant total que les Forces canadiennes prévoient débourser pour toute la durée de la mission (2001 à 2011), soit 9 milliards de dollars. Ce chiffre n'a pas bougé depuis qu'il a été rendu public, en février dernier. «Il n'y a pas une explosion des coûts depuis février. Nos prévisions ne changent pas. La seule nouveauté, c'est la ventilation des sommes», dit Jeremy Sales.

La ventilation des coûts permet toutefois de mieux comprendre l'évolution de la mission, qui doit prendre fin en juillet 2011. Ainsi, on constate que déployer des soldats dans la plus dangereuse région d'Afghanistan coûte de plus en plus cher:

2006-07: 805 millions $

2007-08: 967 millions $

2008-09: 1,19 milliard $

2009-10: 1,513 milliard $

2010-11: 1,468 milliard $

2011-12: 779 millions $

Les chiffres pour l'année en cours (2009-10) et les suivantes sont des estimations, prévient l'armée. Le ministère précise aussi que les 779 millions de l'année 2011-12 sont destinés au rapatriement des troupes au Canada à la fin de la mission. Cette somme servira aussi à remettre en bon état l'équipement (véhicules, chars d'assaut, hélicoptères, etc.) après les conditions difficiles de Kandahar. «C'est un montant nécessaire pour revenir à la normale, dit Jeremy Sales. Il n'est pas question de garder les troupes là-bas après juillet 2011.»

Une volte-face

La divulgation de ces chiffres constitue une volte-face pour le ministère de la Défense, qui avait refusé une demande similaire de la part du NPD pas plus tard qu'au début du mois de juin.

Lundi, un article du Ottawa Citizen expliquait que le ministère de la Défense avait utilisé le prétexte de la «sécurité nationale» pour refuser de divulguer les chiffres au NPD. Le parti de Jack Layton avait tenté d'utiliser la Loi sur l'accès à l'information, mais il avait reçu seulement des pages caviardées.

Le porte-parole des Forces canadiennes a affirmé hier qu'il s'agit d'une «erreur humaine» quelque part dans la machine. «Le ministère de la Défense reconnaît que des renseignements aptes à être diffusés relativement au budget ont été prélevés par mégarde des documents publiés récemment en réponse à une demande d'accès à l'information, a dit Jeremy Sales dans une note envoyée par courriel. Nous reconnaissons notre erreur et la corrigeons. Nous fournirons les renseignements dans leur ensemble aux individus qui en ont fait la demande.»

Les Forces canadiennes ajoutent: «Le ministère de la Défense nationale s'engage à faire preuve de toute la transparence possible quant aux opérations en Afghanistan.»

Trop facile?

Le chef du NPD, Jack Layton, s'est dit «content» d'apprendre que les Forces canadiennes avaient changé leur fusil d'épaule. «Les gens ont le droit de savoir le montant de leur impôt qui va en Afghanistan», a-t-il dit au Devoir.

Mais M. Layton se demande si le ministère de la Défense n'a pas d'abord refusé de divulguer les chiffres pour des raisons politiques afin de ne pas nuire au gouvernement Harper. «Est-ce que le bureau du premier ministre ou le Conseil privé est intervenu? La question se pose. Ce gouvernement est tellement secret, il veut tout contrôler», dit-il.

Selon le colonel à la retraite Michel Drapeau, qui est aujourd'hui expert en matière d'accès à l'information, il y a en effet un mélange toxique entre l'aspect politique et l'accès à l'information. Selon lui, les fonctionnaires qui oeuvrent dans les bureaux de l'accès à l'information n'ont pas le courage et la capacité de s'opposer au puissant Conseil privé — le ministère du premier ministre —, qui met son nez partout.

«Le Conseil privé est envahissant. Il contrôle toutes les communications du gouvernement. Les bureaux d'accès à l'information s'en plaignent tout le temps», dit Michel Drapeau.

Selon lui, la Défense nationale et le Conseil privé «se sont fait prendre les culottes à terre» par cette controverse, ce qui les a forcés à reculer. «Je ne crois pas à une erreur de bonne foi.»

Denis Coderre, critique libéral en matière de défense, pense lui aussi que les Forces canadiennes utilisent trop le prétexte de la «sécurité nationale» pour cacher de l'information. Le gouvernement en profite pour contrôler son message, dit-il.

«Ils utilisent la sécurité nationale de manière éhontée. Cette fois, ils se sont fait prendre. Je pense que la Défense n'a pas encore guéri cette maladie du secret.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012