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Ignatieff prépare ses troupes pour novembre

Les organisateurs ont été avisés d'être prêts pour un scrutin qui aurait lieu le 9 ou le 16 novembre

Alec Castonguay   18 juin 2009  Canada
À l’issue de ses négociations avec Stephen Harper, le chef libéral Michael Ignatieff a rencontré la presse, hier, en compagnie de quelques-uns des membres de son caucus.
Photo : Agence Reuters
À l’issue de ses négociations avec Stephen Harper, le chef libéral Michael Ignatieff a rencontré la presse, hier, en compagnie de quelques-uns des membres de son caucus.
Ottawa — L'entente survenue hier entre Michael Ignatieff et Stephen Harper a envoyé le signal que la machine électorale du Parti libéral attendait: les organisateurs ont reçu le mot d'ordre d'être prêts pour un scrutin qui aurait lieu le 9 ou le 16 novembre.

Selon les informations obtenues par Le Devoir hier auprès de plusieurs sources libérales, le compte à rebours est commencé. Le chef libéral n'a d'ailleurs pas fait de cachettes devant ses troupes, lors de la réunion à huis clos de son caucus hier matin. Il leur a donné le mot d'ordre d'être prêtes pour un déclenchement dans la semaine du 5 octobre.

«Tout le monde était content, affirme une source qui était présente à la réunion. Les députés veulent des élections, mais ils n'en voulaient pas cet été. Par contre, on voulait se garantir une chance de défaire le gouvernement au début de l'automne, et on l'a.»

Un conseiller proche de M. Ignatieff hochait la tête de satisfaction pendant le point de presse de son chef hier. «Ça nous donne une date fixe pour l'élection. Pour les troupes, il y a maintenant un horizon bien précis pour se préparer.»

L'entente conclue entre Michael Ignatieff et Stephen Harper hier prévoit le dépôt de deux rapports, l'un sur des modifications à l'assurance-emploi et l'autre sur l'économie et la mise en oeuvre du budget. Les deux seront rendus publics dans la semaine du 28 septembre. L'accord garantit également la tenue d'une journée d'opposition deux jours plus tard, soit entre le 30 septembre et le 6 octobre. Le Parti libéral pourrait utiliser cette occasion pour déposer une motion de censure et ainsi renverser le gouvernement.

Préparation électorale

Le lieutenant de Michael Ignatieff au Québec, Denis Coderre, reconnaît qu'au-delà du comité sur l'assurance-emploi, la journée d'opposition garantie est un gain tactique important. «On se garde une porte ouverte si les rapports ne sont pas concluants», a-t-il dit au Devoir.

Robert Fragasso, le président de l'aile québécoise du PLC, a toutefois tenu à préciser que l'élection restait encore conditionnelle à la collaboration du NPD et du Bloc québécois, puisque les trois partis d'opposition doivent s'allier pour défaire le gouvernement.

Denis Coderre affirme que son organisation aurait été prête à se lancer en campagne électorale dès juillet, mais il avoue du même souffle que les trois prochains mois vont lui faciliter la tâche. «On va se hâter plus lentement. Il y avait un plan pour cet été. Il y en aura maintenant un pour octobre. Nous serons prêts si des élections sont déclenchées.»

Michael Ignatieff a négocié sa journée d'opposition en toute connaissance de cause, soutient un collaborateur du chef libéral. «Il y avait un risque réel que M. Harper repousse à la fin novembre toutes les journées d'opposition et qu'on se retrouve encore une fois avec le dilemme d'une élection pendant le temps des Fêtes.»

Cette même personne estime que les libéraux n'auront pas le choix de voter pour une élection en octobre. «Sinon, ça nous amène au budget. Ce serait pire! Un budget, c'est l'outil le plus précieux dont dispose un gouvernement. Il dépense pour 230 milliards! C'est difficile de faire campagne contre ça.»

Le Bloc et le NPD se mettent aussi sur le pied de guerre en prévision d'octobre. Du côté conservateur, on n'est pas dupe des intentions libérales. «Mon travail est de faire en sorte que le parti soit prêt, et il le sera», a dit au Devoir Doug Finley, l'organisateur en chef du Parti conservateur.

Une entente Harper-Ignatieff

En matinée hier, après plusieurs heures de pourparlers, Michael Ignatieff et Stephen Harper ont annoncé s'être entendus pour éviter une élection cet été. L'accord signé prévoit qu'un comité de six personnes (trois libéraux et trois conservateurs) étudiera les changements à apporter au système d'assurance-emploi.

Il ne s'agit toutefois pas d'experts en la matière, puisque du côté libéral, les députés Marlene Jennings et Michael Savage sont du lot, ainsi que le conseiller aux politiques d'Ignatieff, Kevin Chan. Du côté conservateur, les noms n'étaient pas encore connus, mais on sait déjà que la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, en fera partie. Le comité aura donc un important aspect partisan.

Le comité étudiera comment les travailleurs autonomes pourraient profiter du régime d'assurance-emploi et si une norme uniforme d'admissibilité entre les régions du pays pouvait être mise en place. Actuellement, il y a 58 seuils d'admissibilité différents au pays. Stephen Harper a emboîté le pas à M. Ignatieff en reconnaissant lui aussi que c'était «illogique». Le premier ministre a répété qu'il n'était pas question pour autant que son gouvernement appuie une norme universelle de 360 heures travaillées pour toucher des prestations.

Un projet de loi pourrait éventuellement découler des recommandations de ce comité, mais à court et moyen termes, la situation des sans-emploi ne changera pas.

Pour ce qui est des trois autres conditions imposées par le chef libéral — dépenses d'infrastructure, plan pour sortir du déficit et gestion de la pénurie d'isotopes —, aucun rapport ne sera produit avant l'automne.

Michael Ignatieff a soutenu hier avoir fait des gains dans ce bras de fer. «On a réussi à briser l'impasse sur l'assurance-emploi. C'est un progrès.» Les libéraux font valoir que Stephen Harper a accepté de négocier, ce qui est contraire à son style. «Je voulais de la coopération et non pas de la confrontation», a dit le chef libéral.

La journée d'opposition garantie fait visiblement plaisir au chef libéral, même s'il ne va pas aussi loin que ses stratèges dans le calcul électoral. «On pourra voter sur la confiance envers le gouvernement, tout dépendra de ce que contiennent les rapports», a-t-il dit, ajoutant: «À mon avis, le gouvernement reste sous le contrôle de l'opposition».

De son côté, Stephen Harper a affirmé être content du dénouement, lui qui a très peu cédé de terrain dans les négociations. «C'est toujours préférable que des partis travaillent ensemble dans ces temps difficiles et c'est ce que la population veut», a-t-il dit.

M. Harper refuse de lire le résultat d'hier comme une simple façon de reporter le scrutin à l'automne. «Ce serait fou», a-t-il dit, soulignant que l'élection générale a eu lieu il y a moins d'un an.

Sans surprise, le Bloc québécois et le NPD ont tiré à boulets rouges sur Michael Ignatieff, jugeant que celui-ci n'avait rien obtenu malgré les menaces. «Quand Ignatieff se regarde dans le miroir, il voit Stéphane Dion», a lancé Gilles Duceppe. «On assiste à une coalition Harper-Ignatieff. Ce comité ne servira à rien, il est bidon.»

Son de cloche similaire au NPD. «La priorité de Michael Ignatieff, c'est Michael Ignatieff, a dit Thomas Mulcair. Il n'a rien obtenu. On ne commence pas à bluffer au poker quand on a une paire de deux.»
 
 
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