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Montérégie - Un train léger bloqué en gare

Amélie Daoust-Boisvert   13 juin 2009  Canada
Depuis dix ans, le projet de train léger sur rail (SLR) entre Montréal et la Rive-Sud, sur l'estacade du pont Champlain, va et vient dans l'actualité au gré du vent politique.

Après que l'Agence métropolitaine de transport (AMT) a achevé des études au coût de 12 millions de dollars, voilà que le remplacement possible du pont Champlain vient remettre le projet près... de la case départ. Les 25 000 passagers potentiels visés par l'AMT devront attendre.

Le ministère des Transports du Québec et la Société des ponts fédéraux limitée (SPFL) se partagent les coûts d'une nouvelle étude qui envisage même le remplacement du pont Champlain. Tous les scénarios de transport en commun seront évalués, dit André Girard, vice-président aux communications de la SPFL, qui doute que l'option de l'estacade soit retenue. «Un milliard pour prolonger l'estacade au-dessus de la Voie maritime, c'est aussi cher qu'un nouveau pont», explique-t-il. Il croît encore au SLR, «la voie de l'avenir», mais il faudra que les usagers patientent encore. L'étude, lancée en appel d'offres mardi dernier, devrait être terminée dans un an et sera suivie des études d'impact écologique du scénario retenu, puis de la construction... Un horizon de dix ans, au bas mot.

Au ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, on attend la nouvelle étude pour se prononcer. Au ministère des Transports du Québec (MTQ), on explique être tributaire des décisions concernant le pont Champlain (propriété fédérale) avant de décider quoi que ce soit au sujet d'un train entre Montréal et la Rive-Sud. Le SLR fait partie des options envisagées, dit Mario Saint-Pierre, le porte-parole du ministère, «mais je ne peux pas dire que c'est une priorité, il faut évaluer l'ensemble des options».

Un virage nécessaire

«Ça pourrait prendre 20 ans!», s'impatiente David Hanna, professeur d'urbanisme à l'UQAM. D'après lui, les politiciens souffrent de la «pensée unique», celle qu'une seule ligne de train suffit entre les deux rives. «Il faut faire le virage du développement durable pour vrai, ça prend plus qu'une ligne symbolique», dit-il, d'autant plus si elle n'existe... que dans des études. Il propose d'implanter le SLR ou un tramway sur le pont Victoria. «C'est moins dispendieux, plus facile à réaliser et, en plus, il y en avait un avant!», explique-t-il. «Il n'y a qu'à poser des rails», simplifie l'urbaniste.

«Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?», renchérit Pierre Brisset, un architecte qui s'intéresse au SLR depuis le début. Il explique que «la structure du pont Victoria est conçue pour recevoir un tramway. Cela a de meilleures chances de réussite rapide que d'attendre de reconstruire le pont Champlain dans 20 ans.»

Est-ce que les décisions de la SPFL rendent caduques les études réalisées pour le compte de l'AMT au fil des ans? «Non», répond son porte-parole, Pier-Luc Paquette, même s'il concède qu'en ce moment «le projet n'avance pas». «Les deux ministères ont nos études en main depuis deux ans, confirme-t-il. Nous allons être entendus par le comité directeur chargé d'évaluer les différents scénarios et y souligner l'importance d'un corridor dédié au SLR.»

À la Conférence des élus de Longueuil, on s'impatiente un peu. «C'est un peu notre tour», dit Michel Bienvenue, directeur général de la Conférence, qui constate que le prolongement du métro semble être plus à la mode ces jours-ci. «Pour moi, le SLR et le métro, ce ne sont pas deux dossiers opposés, ça touche deux clientèles différentes. Plusieurs études privilégient le SLR, et nous sommes encore la seule place en Amérique du Nord où des autobus traversent à contre-sens, une solution qui devait être temporaire», dit-il.

«Il faut gagner du temps», renchérit Jean-Robert Lessard, président du comité de transport de la Chambre de commerce et de l'industrie de la Rive-Sud. «Attendre un nouveau pont dans dix ans avec, peut-être, un SLR, ça ne règle pas les problèmes de congestion actuels.» L'idée d'un SLR sur le pont Victoria le séduit aussi. Il suffit d'avoir déjà traversé à l'heure de pointe ou tenté de se garer au métro Longueuil en semaine pour comprendre ce qu'il veut dire.

***

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