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Le Sénat songe à l'indépendance

28 mai 2009  Canada
Ottawa — La réforme du Sénat que veut à tout prix imposer le premier ministre Stephen Harper a des conséquences inattendues: les sénateurs eux-mêmes réfléchissent maintenant aux manières de rendre leur institution plus efficace. Cette réflexion est si sérieuse qu'elle pourrait déboucher à la désaffiliation en bloc des sénateurs de leur parti politique respectif.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, plusieurs sénateurs, autant libéraux que conservateurs, songent à abandonner leur étiquette partisane pour devenir des sénateurs indépendants. Ils siégeraient plutôt dans de nouveaux caucus régionaux bipartisans (Atlantique, Québec, Ouest, etc.) et adopteraient des positions communes selon les enjeux. Ils deviendraient ainsi les parlementaires indépendants qu'ils prétendent être, défendant les intérêts de leur région plutôt que ceux de leur formation.

Selon nos sources, une bonne dizaine de sénateurs de chacun des partis ont manifesté de l'intérêt pour la désaffiliation, mais ils restent discrets, le fruit n'étant pas jugé être encore mûr. «Ça revient dans toutes les conversations», explique au Devoir un sénateur qui demande à rester dans l'ombre. «Chaque fois qu'on parle de réforme, la participation au caucus est soulevée. Les sénateurs se demandent s'il ne leur faudrait pas quitter leur parti.»

Depuis son élection en janvier 2006, le premier ministre Stephen Harper cherche à réformer le Sénat. Deux changements sont proposés: limiter la durée du mandat des sénateurs à huit ans et tenir des élections non contraignantes dans la province où des postes sont à pourvoir. Le gouvernement étant minoritaire, ces projets de loi n'ont pas encore été adoptés.

Jaloux de leur autonomie, les sénateurs n'aiment pas se faire pousser dans le dos. Ils répliquent donc avec une proposition de réforme de leur cru. Les présidents de deux comités du Sénat, le libéral Georges Furrey et le conservateur Donald Oliver, ont accepté de diriger un groupe de travail sur la refonte du Sénat. Les membres de ce groupe de travail doivent être choisis cette semaine.

Finie la partisanerie

L'objectif principal recherché est de mettre un terme à la partisanerie à la Chambre haute. Le Sénat se targue, lorsque vient le moment de défendre son utilité, d'être un lieu de réflexion et de recul sobre. En y important les façons de faire de la Chambre des communes, cette mission est plus difficile à remplir, d'où l'idée de la désaffiliation qui fait son chemin.

«Selon la Constitution, une des responsabilités du Sénat est de représenter les minorités, en particulier les droits linguistiques, et les régions», rappelle le sénateur conservateur Donald Oliver en entrevue. «Une des suggestions est donc de voir ce que les sénateurs d'une région donnée peuvent faire ensemble, considérant qu'ils ont été nommés à titre de conservateurs, de libéraux ou d'indépendants, de manière à s'intéresser plus à la région et moins aux partis.»

Le sénateur libéral Serge Joyal, un spécialiste des questions constitutionnelles et du Sénat, espère siéger au groupe de travail. Il souligne que la structure bipartite des institutions parlementaires canadiennes repose sur le principe que du face à face, du choc des idées «jaillira le consensus, ou du moins la lumière». Mais, selon lui, «ce n'est pas à l'avantage d'une seconde chambre de fonctionner selon les clivages partisans de la première», et la division du Sénat entre conservateurs et libéraux, qui assistent chacun de leur côté aux réunions de leur caucus, entretient ces clivages.

«Les caucus, tels qu'ils sont structurés, reproduisent le modèle de la Chambre des communes et pour le Sénat, il y a lieu de se réinterroger pour déterminer si c'est vraiment nécessaire. On pourrait fonctionner sur un modèle de caucus régionaux plutôt que de caucus partisans. [...] La conséquence, évidemment, serait que nous n'irions plus aux réunions du caucus hebdomadaires de la Chambre des communes, et je sais qu'il y en a qui s'en trouveraient bien soulagés!»

Pour l'instant, les sénateurs participent, avec les députés, aux réunions du caucus de leur parti chaque semaine de manière à connaître les positions officielles de la formation sur les sujets de l'heure. On attend ensuite d'eux qu'ils défendent ces lignes du parti.

Période de questions en sursis

Un autre sujet à l'ordre du jour est l'abolition de la période quotidienne de questions au Sénat. À la Chambre haute, c'est exclusivement le leader au Sénat qui répond aux questions puisqu'il est un ministre du gouvernement. Chez les conservateurs, Marjory LeBreton a ce rôle.

Le sénateur Joyal estime que la crédibilité des réponses se trouve affectée du seul fait qu'elles viennent toutes d'une même personne, aussi informée soit-elle. «On passe une heure à cet exercice, en plus du temps de préparation, dit-il. Est-ce le meilleur usage du temps et du rôle du Sénat que de se livrer à cet exercice qui n'est pas né avec le Sénat? La période de questions a fait son apparition dans les années 1930.» L'initiative a été lancée publiquement par le sénateur conservateur du Québec Pierre Claude Nolin, lors d'une réunion de comité sénatorial en février dernier. Il a dit tout haut ce qui se chuchotait depuis des mois dans les corridors.

«Depuis plusieurs mois, sinon quelques années, plusieurs d'entre nous, de façon non officielle et souvent à l'occasion de discussions à deux ou à trois, se posent des questions à propos des façons de faire au Sénat, des procédures et des relations avec l'autre endroit. Nous ne sommes pas sans savoir que plusieurs politiciens organisés veulent modifier la nature même de notre institution [...]. En attendant que ces modifications plus profondes se pointent à l'horizon, il y aurait peut-être lieu d'examiner ce que nous pouvons faire à l'interne pour améliorer et rendre plus performante notre institution», avait déclaré M. Nolin.

Le Sénat compte 105 sièges, dont 56 sont occupés par des libéraux, et 38 par des conservateurs. M. Harper a nommé 18 sénateurs à la veille de Noël.






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  • Yvon Roy
    Abonnée
    jeudi 28 mai 2009 05h47
    élections
    « Des sénateurs élus seraient vraiment indépendants en effet.
    Surtout dans des commissions parlementaires par la suite. À suivre assurément.... »

  • Guillaume Baillargeon
    Inscrit
    jeudi 28 mai 2009 09h11
    Le Sénat et la fédération
    « À l'origine, le sénat devait défendre les régions du Canada (Maritimes, Ontario, Québec, Ouest) et faire contrepoids à la Chambre des Communes.

    À une époque où les députés sont soumis aux directives du cabinet du premier ministre, je crois que l'existence d'un sénat plus indépendant dont le premier rôle serait de défendre les régions serait une bonne idée. Ceci permettrait d'accroître le principe fédératif du Canada.

    Évidemment, on se doute que les souverainistes seront contre cette idée. »

  • Normand Carrier
    Abonné
    jeudi 28 mai 2009 10h48
    Pourquoi un sénat monsieur Baillargeon ?
    « Selon le dernier Léger Marketting sur la monarchie , le sénat et son abolition , 85% des Québécois étaient contre la représentation de la reine . Il faut conclure que non seulement les souverainistes mais une majorité de fédéralistes rejettent la reine et toute forme monarchique au Québec ce qui est contraire a l'opinion du R.O.C. !
    Normand Carrier »

  • Guillaume Baillargeon
    Inscrit
    jeudi 28 mai 2009 13h22
    Monarchie et fédération
    « Bonjour Monsieur Carrier,

    Vous confondez fédération et monarchie. L'institution qui représente la monarchie canadienne est le gouverneur-général et les lieutenants-gouverneurs qui sont les représentants de la reine du Canada.

    Le sénat représente le principe fédératif au Canada. Les États-Unis et l'Allemagne sont des fédérations et ils possèdent un sénat qui représente les membres de la fédération, soit les États et les Landers. Même la France, qui n'est pas une fédération, possède un sénat qui représente les régions. Je crois que la présence d'un sénat peut être intéressante car il permet de rééquilibrer le pouvoir. Théoriquement, les députés doivent être répartis au prorata de la population, mais ceci fait que les régions urbaines ou très populeuse obtiennent une oreille attentive de la part du pouvoir. Pour contrebalancer, il serait important que les provinces puissent être représenté également dans une autre institution : le sénat. Un peu comme aux États-Unis où l'Alaska possède le même nombre de sénateurs que la Californie.

    Concernant la monarchie canadienne, je suis en faveur de son abolition. Je n'ai absolument rien contre la reine et je me sens pas non plus oppressé par l'«envahisseur». Cependant, la monarchie canadienne permet aux premiers ministres canadiens de concentrer beaucoup de pouvoirs entre leurs mains. Ceci est une entrave à la démocratie.

    Donc, je suis en faveur de l'abolition du gouverneur-général et des lieutenants-gouverneurs et leur remplacement par un chef d'État élu par le parlement ou directement par la population. Là, j'avoue que je vois pas ce qui serait le mieux.

    Et vous (et tous les autres) qu'en pensez-vous?

    Salutations. »

  • Jasette
    Abonné
    jeudi 28 mai 2009 15h56
    Des sénateurs élus, idépendants? Désaffilié, l'idée est bonne et demande à être peaufinée.
    « Quelqu'un connaît-il un député (ou un sénateur actuellement) indépendant de son parti? Si ça se trouve, et dans la mesure où il aurait des idées originales je parie qu'il ne resterait pas très longtemps dans son parti.

    jm »

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    samedi 30 mai 2009 16h46
    Des élections au sénat!
    « ...c'est à mourir de rire...! Et pis quoi encore, les dames de Ste-Anne. »

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