Sonner l'Oliphant
D'après les sondages, beaucoup de Canadiens étaient sceptiques au sujet de la commission Oliphant. Ici, en Colombie-Britannique, les gens ont commencé à prêter attention à l'enquête seulement lorsque les audiences publiques furent entamées. Bien leur prit, puisque l'exercice regorgeait de surprises sur le fond de l'affaire.
Le Globe and Mail a dévoilé il y a des années les paiements en espèces à Brian Mulroney, une histoire juteuse que le National Post s'est entêté à ne pas publier. Les médias et les parlementaires ont ensuite ignoré l'affaire. Ce n'est qu'en 2007, quand les libéraux ont vu une occasion de lier le premier ministre Stephen Harper à son prédécesseur conservateur, qu'ils ont réclamé une enquête publique. Pour beaucoup de Canadiens, ce fut alors une première occasion de voir Brian Mulroney admettre que ses liens avec le marchand d'armes Karlheinz Schreiber ne se limitaient pas à «une tasse de café ou deux», comme le premier ministre l'avait déjà affirmé sous serment.
Même ceux qui avaient suivi de près la saga Mulroney-Schreiber ont été étonnés par certaines des révélations faites lors des audiences. Nous avons appris, par exemple, que M. Mulroney n'avait payé de l'impôt que sur la moitié de l'argent reçu de M. Schreiber.
Malheureusement, le juge Oliphant a refusé de fouiller l'affaire Airbus, et nous ne savons toujours pas ce que M. Schreiber a fait des 20 millions qu'il a touchés en guise de commission. Pour être juste, il faut préciser que le gouvernement Harper n'a pas souhaité que l'enquête s'aventure sur ce terrain miné. Cependant, nous avons appris que la majeure partie de l'argent comptant que l'ancien premier ministre a reçu de M. Schreiber provenait des commissions d'Airbus, bien qu'aucune indication ne prouve qu'il ait alors eu connaissance de ce lien. Nous avons aussi entendu son ami et ancien adjoint Fred Doucet témoigner à coup de trous de mémoire. Il ne se rappelle plus avoir écrit à Air Canada pour s'enquérir du nombre d'avions Airbus reçu le jour même où M. Schreiber effectuait son premier paiement en espèces à M. Mulroney.
Une autre révélation intéressante a surgi quand l'enquête a montré que M. Mulroney, en tant que premier ministre, avait rencontré M. Schreiber une dizaine de fois, y compris lors d'un petit déjeuner au 24, promenade Sussex et lors d'une visite de courtoisie à sa résidence estivale au lac Harrington. Le greffier du conseil privé, Paul Tellier, et un ancien chef du cabinet (moi-même) ne pouvaient citer en exemple d'aucune autre personne qui avait eu un tel accès auprès de M. Mulroney.
Les chefs de cabinet successifs sont devenus personnellement impliqués avec le projet Bear Head de M. Schreiber, le représentant de la société Thyssen. L'un d'entre eux a agi comme médiateur entre trois ministres négociant une entente de principe avec Thyssen. Même que cette entente ne liait pas la Couronne, Thyssen ayant payé
M. Schreiber 2 millions additionnels en commissions. Pour sa part, il a partagé la manne avec des lobbyistes connus par M. Mulroney, dont M. Doucet. On a raconté que ce dernier avait fait la promotion du projet alors qu'il était toujours au gouvernement et qu'il avait facturé M. Schreiber dans les mois qui ont suivi sa démission.
Les documents publiés par la commission Oliphant montrent encore que M. Tellier a demandé à plusieurs reprises à M. Mulroney de décider s'il souhaitait poursuivre le projet en dépit de l'opposition des fonctionnaires. M. Mulroney ne l'a pas fait, mais il ne m'a pas non plus donné l'instruction d'annuler le projet. Pour sa part, M. Tellier a témoigné qu'il n'aurait pas continué à fournir des conseils sur ce dossier s'il avait eu l'impression que le premier ministre l'avait annulé.
Lors d'une réunion en mai 1991, M. Tellier a discuté de l'annulation du contrat Bear Head avec un général de l'armée, mais elle ne s'est jamais produite. M. Schreiber demeurait donc conforté dans l'idée que l'ancien premier ministre était de son côté et que les méchants libéraux avaient contrecarré ses plans au sein de la fonction publique. Le lobbyiste canado-germanique est demeuré favorablement disposé à l'égard de M. Mulroney après sa démission comme chef du gouvernement. Il n'y a d'ailleurs aucun indice qui lie l'accès auprès du premier ministre dont jouissait M. Schreiber aux paiements en espèces. En effet, lui et M. Mulroney ont tous deux insisté sur leurs «histoires improbables» pour expliquer pourquoi l'argent comptant était passé d'une main à l'autre.
Après l'accession des libéraux au pouvoir, l'ancien ministre Marc Lalonde a fait du lobbying pour M. Schreiber. Il réussissait à lui organiser des rencontres avec des ministres seniors et avec le chef de cabinet du premier ministre. Toutefois, Jean Chrétien ne s'est jamais personnellement impliqué dans le dossier de ce lobbyiste lié au Parti libéral. L'opposition bureaucratique au projet est devenue de plus en plus évidente, et le projet Bear Head est rapidement mort, laissant derrière lui une traînée sulfureuse qui intéresse maintenant de plus en plus de Canadiens...
Le Globe and Mail a dévoilé il y a des années les paiements en espèces à Brian Mulroney, une histoire juteuse que le National Post s'est entêté à ne pas publier. Les médias et les parlementaires ont ensuite ignoré l'affaire. Ce n'est qu'en 2007, quand les libéraux ont vu une occasion de lier le premier ministre Stephen Harper à son prédécesseur conservateur, qu'ils ont réclamé une enquête publique. Pour beaucoup de Canadiens, ce fut alors une première occasion de voir Brian Mulroney admettre que ses liens avec le marchand d'armes Karlheinz Schreiber ne se limitaient pas à «une tasse de café ou deux», comme le premier ministre l'avait déjà affirmé sous serment.
Même ceux qui avaient suivi de près la saga Mulroney-Schreiber ont été étonnés par certaines des révélations faites lors des audiences. Nous avons appris, par exemple, que M. Mulroney n'avait payé de l'impôt que sur la moitié de l'argent reçu de M. Schreiber.
Malheureusement, le juge Oliphant a refusé de fouiller l'affaire Airbus, et nous ne savons toujours pas ce que M. Schreiber a fait des 20 millions qu'il a touchés en guise de commission. Pour être juste, il faut préciser que le gouvernement Harper n'a pas souhaité que l'enquête s'aventure sur ce terrain miné. Cependant, nous avons appris que la majeure partie de l'argent comptant que l'ancien premier ministre a reçu de M. Schreiber provenait des commissions d'Airbus, bien qu'aucune indication ne prouve qu'il ait alors eu connaissance de ce lien. Nous avons aussi entendu son ami et ancien adjoint Fred Doucet témoigner à coup de trous de mémoire. Il ne se rappelle plus avoir écrit à Air Canada pour s'enquérir du nombre d'avions Airbus reçu le jour même où M. Schreiber effectuait son premier paiement en espèces à M. Mulroney.
Une autre révélation intéressante a surgi quand l'enquête a montré que M. Mulroney, en tant que premier ministre, avait rencontré M. Schreiber une dizaine de fois, y compris lors d'un petit déjeuner au 24, promenade Sussex et lors d'une visite de courtoisie à sa résidence estivale au lac Harrington. Le greffier du conseil privé, Paul Tellier, et un ancien chef du cabinet (moi-même) ne pouvaient citer en exemple d'aucune autre personne qui avait eu un tel accès auprès de M. Mulroney.
Les chefs de cabinet successifs sont devenus personnellement impliqués avec le projet Bear Head de M. Schreiber, le représentant de la société Thyssen. L'un d'entre eux a agi comme médiateur entre trois ministres négociant une entente de principe avec Thyssen. Même que cette entente ne liait pas la Couronne, Thyssen ayant payé
M. Schreiber 2 millions additionnels en commissions. Pour sa part, il a partagé la manne avec des lobbyistes connus par M. Mulroney, dont M. Doucet. On a raconté que ce dernier avait fait la promotion du projet alors qu'il était toujours au gouvernement et qu'il avait facturé M. Schreiber dans les mois qui ont suivi sa démission.
Les documents publiés par la commission Oliphant montrent encore que M. Tellier a demandé à plusieurs reprises à M. Mulroney de décider s'il souhaitait poursuivre le projet en dépit de l'opposition des fonctionnaires. M. Mulroney ne l'a pas fait, mais il ne m'a pas non plus donné l'instruction d'annuler le projet. Pour sa part, M. Tellier a témoigné qu'il n'aurait pas continué à fournir des conseils sur ce dossier s'il avait eu l'impression que le premier ministre l'avait annulé.
Lors d'une réunion en mai 1991, M. Tellier a discuté de l'annulation du contrat Bear Head avec un général de l'armée, mais elle ne s'est jamais produite. M. Schreiber demeurait donc conforté dans l'idée que l'ancien premier ministre était de son côté et que les méchants libéraux avaient contrecarré ses plans au sein de la fonction publique. Le lobbyiste canado-germanique est demeuré favorablement disposé à l'égard de M. Mulroney après sa démission comme chef du gouvernement. Il n'y a d'ailleurs aucun indice qui lie l'accès auprès du premier ministre dont jouissait M. Schreiber aux paiements en espèces. En effet, lui et M. Mulroney ont tous deux insisté sur leurs «histoires improbables» pour expliquer pourquoi l'argent comptant était passé d'une main à l'autre.
Après l'accession des libéraux au pouvoir, l'ancien ministre Marc Lalonde a fait du lobbying pour M. Schreiber. Il réussissait à lui organiser des rencontres avec des ministres seniors et avec le chef de cabinet du premier ministre. Toutefois, Jean Chrétien ne s'est jamais personnellement impliqué dans le dossier de ce lobbyiste lié au Parti libéral. L'opposition bureaucratique au projet est devenue de plus en plus évidente, et le projet Bear Head est rapidement mort, laissant derrière lui une traînée sulfureuse qui intéresse maintenant de plus en plus de Canadiens...
Haut de la page

