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Les idées de Michael Ignatieff - Parle, parle, jase, jase

Bernard Descôteaux   18 avril 2009  Canada
Michael Ignatieff est sans nul doute l'une des figures politiques les plus intéressantes de l'heure au Canada. Intellectuel de grande envergure, ce qui en soi ne garantit pas le succès en politique — pensons à Stéphane Dion —, il a du charisme et des idées qui apparaissent nouvelles. Il projette l'image du renouveau, ce dont son parti a bien besoin. Si ce qu'il annonce se réalise, il pourrait marquer la rupture avec le Parti libéral des Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien, accomplissant ainsi le rêve de Paul Martin d'ouvrir une nouvelle ère politique.

La marche vers le pouvoir de Michael Ignatieff progresse. Il est chef de son parti depuis seulement trois mois, et les libéraux devancent maintenant les conservateurs de Stephen Harper tant en Ontario qu'au Québec. Pour autant, on ne sait trop ce que sont ses idées... si jamais il en a, disent ses adversaires.

Le renouveau chez Michael Ignatieff est de fait plus une question d'attitude que d'idées. Ainsi, il ne cesse de manifester son ouverture en tendant la main. Tantôt aux Canadiens de l'Ouest dont il prend le parti dans le débat sur l'exploitation des sables bitumineux décriée dans l'est du pays. Tantôt aux Québécois dont il faut, dit-il aux autres Canadiens, chercher à comprendre ce qu'ils sont. Il se dit prêt à travailler avec eux, «ne serait-ce que jusqu'au prochain épisode de rupture». Convenons que cela change de cette époque où le discours entendu dans les officines libérales à l'endroit des souverainistes était: écrasons-les!

Le nouveau chef libéral a la sagesse de prendre acte de l'existence d'un sentiment d'aliénation qui persiste à un degré élevé au Québec, en Alberta ou encore à Terre-Neuve. Avant d'accepter la branche d'olivier qu'il leur tend, les Albertains comme les Québécois voudront en savoir plus. Ils n'attendent pas qu'il leur promette des cadeaux, mais ils sont en droit de savoir tout au moins comment il fera son lit. Il serait temps qu'il délaisse, par exemple, le flou artistique qu'il entretient sur des sujets comme la création d'une commission nationale des valeurs mobilières à laquelle l'Assemblée nationale du Québec s'oppose unanimement.

Être le principal prétendant au poste de premier ministre impose certaines exigences, dont celle d'exprimer clairement ses idées. Celui qui sera éventuellement élu et qui une fois élu gouvernera est Michael Ignatieff. Pas ses conseillers stratégiques ou ses faiseurs d'image. Il est urgent qu'il abandonne des propos qui, pour être généreux, n'en sont pas moins creux et qu'il commence à parler vrai pour qu'on puisse le jauger et le juger. Cela est d'autant plus pressant qu'on dit qu'il pourrait vouloir faire tomber le gouvernement conservateur dès cet automne. Autrement, ce serait comme choisir un premier ministre à l'aveugle.

***

bdescoteaux@ledevoir.com
 
 
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  • Pierre-R. Desrosiers
    Inscrit
    samedi 18 avril 2009 08h04
    L'art de la dissimulation
    Rien de neuf sous le soleil. Relisant Le Rois Maudits, je tombe sur ce mot qui résume bien tout l'art de la politique, Ignatieff compris: «En fait, il n'avait tant promis que parce qu'il escomptait bien ne rien tenir.»

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    samedi 18 avril 2009 20h54
    Une belle histoire basée sur la «mode» du STORYTELLING!
    Michael Ignatieff essaie de vendre une marque («brand»), la marque Ignatieff. Mais compte étant tenu de la mode actuelle du STORYTELLING, le grand homme au passé riche et complexe essaie de nous vendre une grande histoire, tout comme Obama a su si bien le faire aux États-Unis.

    L'humanité a toujours aimé raconter des histoires et s'en faire raconter. Mais, depuis une quinzaine d'années, on a peaufiné la stratégie du STORYTELLING, lequel est devenu un outil publicitaire, propagandiste et «managériel».

    À la télévision, la chaîne d'hôtels Jaro nous a, en à peu près un an, raconté l'histoire d'un couple qui s'est constitué dans un hôtel de la bonne marque. Puis le bébé et l'enfant sont venus.

    Remarquons les annonces de Tim Hortons. On nous raconte des histoires et on nous explique que derrière chaque café de cette chaîne il y a une histoire.

    Alors, fermons les yeux et laissons les politiciens et entreprises nous raconter des histoires qui n'ont pas la valeur des vieux «récits» mythologiques et éminemment loquaces.

    Avec Ignatieff nous verrons si le STORYTELLING peut fonctionner et être l'une des clés du succès.

    JSB, sociologue des médias

  • Jean Desjardins
    Abonné
    samedi 18 avril 2009 20h56
    Parlons, jasons et ...mettons-y de la substance, SVP !
    Il semble qu'on s'attarde très peu sur la substance du discours de Michael Ignatieff en ce qui a trait à la réinsertion du Québec et de la nation Québécoise au sein de la Canadian Constitution rapatriée honteusement par le ROC, Trudeau et ses comparses (traitres collabos et/ou anti-Québécois), en 1980. Question sans importance ? Du contenu à venir, peut-être ? À tout le moins, si Michael Ignatieff arrivait avec quelque chose de concret à ce sujet, ce serait toute une coupure avec les sinistres règnes Trudeau-Chrétien.

    Il est intéressant d'aborder cette question de la spécificité et du nationalisme Québécois avec lui. Non pas sa position par rapport au Bloc Québécois qui n'est qu'un aspect accessoire, après tout. À cet égard, on pourrait s'inspirer des questions qu'a posées Josée Legault à Michael Ignatieff, vendredi, à l'émission de Christiane Charette. Réponses charismatiques (!?!), éclairantes (!??!) et inspirantes (!???!) de la part du nouveau chef 'parle, parle, jase, jase', je vous le garantis. Quel écart entre son discours et ses engagements concrets ! Révélateur de l'homme et de ses convictions profondes en regard de l'identité et de la fierté des Québécois. Main vide tendue ou non...

    Quant à moi, je serais plus confiant si le gars arrivait à la tête du PLC avec une vision qui soit le résultat d'une solide réflexion personnelle (à la Obama...) plutôt qu'un nouveau programme (à la Coderre, aïe, aïe, aïe...) 'in progress' concocté expressément pour séduire l'électorat, le temps d'une campagne électorale ! Bref, est-ce le PLC qui orientera Michael Ignatieff ou l'inverse ? Question bien inquiétante, ...quand deux coquilles vides se rencontrent.

    Parlons, jasons et ...mettons-y de la substance, SVP !

    Jean Desjardins
    Ville de Laval

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    dimanche 19 avril 2009 04h53
    Le renard et le corbeau
    Je ne suis pas fédéraliste et encore moins libéral. Mais force est de constater que ça fait un foutu changement de voir un futur prétendant au volant canadien démontrer un peu plus de charisme qu'une cafetière électrique...

    Cela dit, j'ai moi aussi écouté avec attention les entrevues qu'Ignatief a données et la première impression que cela m'a donné est que nous sommes en présence d'un séducteur qui tente de rapatrier quelques votes des nationalistes mous du Bloc québécois au profit de son propre parti.

    Par ailleurs, dès l'élection aberrante de Stéphane Dion à la chefferie du Parti libéral, j'étais persuadé que nous assisterions sans délais à un retour en force de Michael Ignatief. Désormais, le seul obstacle à son élection aux prochaines fédérales, étant le vote complètement rétrograde des conservateurs de l'ouest.

    Mais en tant qu'indépendantiste, je crois qu'Ignatief sera sans doute un des plus redoutables adversaires que le Québec ait connu depuis longtemps, en ce sens qu'il ne s'oppose pas radicalement - du moins en paroles - à la l'idée de la séparation du Québec et en se posant comme démocrate respectueux des idées divergentes des siennes ; ceci dit, tout en tentant de l'autre main de noyer la spécificité Québécoise dans une espèce de vaste identité canadienne artificielle.

    Mais reconnaissons tout de même qu'au plan de sa personnalité Michael Ignatief est plutôt attrayant, surtout qu'après les multiples années de disettes que nous venons de subir...

    Mais ne perdons pas de vue non plus, que Michael Igntief ne semble vouloir que séduire dans un but fort intéressé tel un renard sans rien offrir de concret en retour...

    Maître Québec sur un arbre perché,
    Tenait en son bec un fromage.
    Maître Ignatief, par l'odeur alléché,
    Lui tint à peu près ce langage :

    «Hé! bonjour, Monsieur du Québec.
    Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
    Sans mentir, si votre ramage
    Se rapporte à votre plumage,
    Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois»

    À ces mots le Québec ne se sent pas de joie ;
    Et pour montrer sa belle voix,
    Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
    Ignatief s'en saisit, et dit :

    «Mon bon Monsieur,Apprenez que tout flatteur
    Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
    Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.»

    Le Québec, honteux et confus,
    Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus...

  • Jean Desjardins
    Abonné
    dimanche 19 avril 2009 12h29
    Errata...
    Canadian Constitution Act: 1982 et non 1980...

    Les dates se mêlent parfois dans ma tête quand je repense à ces deux événements historiques qui font toujours et encore la honte des Québécois !!! Question de coeur...

    Jean Desjardins
    Laval

    Désolé.

    Jean Desjardins
    Laval

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