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Culture - Le bal des inepties

Marie-Andrée Chouinard   15 avril 2009  Canada
Nous n'en sommes pas à une absurdité près dans le dossier des compressions fédérales en culture. Le Devoir exposait hier une autre ineptie, signée Ottawa: alors que d'une main il saupoudre des centaines de milliers de dollars pour convaincre les diffuseurs étrangers d'inviter nos artistes, de l'autre, le fédéral cisaille les budgets destinés à faire voyager les troupes! Burlesque ou grotesque?

Le gouvernement fédéral verse plus de deux millions pour Scène Colombie-Britannique (Scene BC), un festival qui battra son plein à Ottawa/Gatineau dès le 21 avril. «600 artistes. 90 événements. 13 jours», précise-t-on dans la programmation. On y insiste non seulement sur l'aspect unique de cette vague culturelle dans la capitale fédérale, mais aussi sur la formidable vitrine qu'elle constitue pour des diffuseurs étrangers en quête de talents à promouvoir.

Mais voilà! À quoi bon titiller l'intérêt de cette soixantaine de «producteurs, acheteurs et dépisteurs de talents», qu'on nous dit venus de la Chine, de Taiwan, de Singapour, de l'Italie, du Royaume-Uni et des États-Unis, lorsqu'on sait que le budget de tournées des groupes artistiques canadiens vient d'être éventré? On aura beau dérouler le tapis rouge aux diffuseurs, espérant qu'ils agitent les cartons d'invitation, ce même tapis se dérobe sous les pieds des groupes d'ici, saignés par les compressions maudites. Qu'on nous explique!

Des deux millions investis par le fédéral pour Scene BC, 300 000 $ servent exclusivement à attirer ces potentiels chasseurs de talents. Au total, Ottawa verse deux millions pour un événement — en soi intéressant, n'en doutons point — qui s'étire sur 13 petites journées. Rappelons-le: le désormais célèbre et feu Prom'Art, ce programme fédéral de soutien aux tournées, valait 2,8 millions de dollars dans son volet arts de la scène. Deux poids, deux mesures?

L'aspect festival de Scene BC ne manque pas de pertinence. Il est rare que Vancouver débarque ainsi à Ottawa, et qui plus est, pour dévoiler ses atours culturels! L'an dernier, c'est d'ailleurs le Québec qui a ainsi paradé; six mois plus tard, une cinquantaine de contrats avaient été signés par des artistes et troupes québécois, leur permettant d'aller se faire voir ailleurs. Les artistes de la Colombie-Britannique auront beau récolter la même manne, rien n'indique qu'ils pourront financer le voyage. Beau paradoxe!

Dans ce dossier, décidément, l'incohérence règne. Scene BC n'encourage-t-il pas les artistes canadiens à se mesurer aux meilleurs au monde? Voilà, du côté gouvernemental, la justification creuse qui sert de pare-brise à toute réprimande. Au Patrimoine canadien, on n'a que faire d'apparentes contradictions qui, pourtant, transforment Ottawa en fantoche aussi subordonné aux événements étincelants que méprisant pour la survie des artistes.

Depuis que son ministère est à l'avant-scène pour insensibilité et entêtement, le ministre du Patrimoine James Moore a maintes fois défendu l'inexplicable en vantant les mérites d'une «efficacité» désormais recherchée. Froncements de sourcils. Grincements de dents. Efficace, vous disiez?

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Georges Paquet
    Abonné
    mercredi 15 avril 2009 08h14
    Bravo. Les mêmes inepties se constatent dans le domaine économique et commercial!
    Après avoir "snobé" la Chine, son peuple et ses dirigeants en ne se rendant même pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, voilà que Stephen Harper, constatant l'immense potentiel de ce continent qui s'éveille, déploie une nouvelle stratégie dans l'espoir de s'y faire inviter. Bien sûr, le gens d'affaires et les citoyens canadiens en seront heureux, mais il est quand même un peu tard.

  • olivier michaud
    Abonné
    mercredi 15 avril 2009 09h03
    Idéologie conservatrice: l'art est une menace
    On tentera de nous faire croire que les décisions de ce gouvernement sont basées sur une logique rationnelle et d'éfficacié. Mais il s'agit bien d'une décision purement idéologique. Au moins peut-on être heureux qu'un gouvernement conservateur soit cohérent avec ses principes...

  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    mercredi 15 avril 2009 10h36
    Bal de l'ignorance ou de l'idiotie ?
    Les artistes sont nettement perçus comme des êtres de seconde zone. Des amuseurs publics pour ne pas dire des animaux de foire qui vivent de l'air du temps. Aucune reconnaissance de leur réel travail, ce qui compte c'est d'épater la galerie si c'est rentable pour les promoteurs, La logique marchande une fois de plus. Ôter toutes les subventions à ceux qui ont déjà percé à l'international et la culture actuelle n'existe pas. En continuant ainsi, tout le chemin accompli depuis les dernières décennies est complètement saboté par une bande d'aveuglés par la rentabilité. Aider des artistes c'est prendre des risques, c'est investir dans la culture d'un pays pour qu'elle puisse s'épanouir à court et à plus long terme pour devenir une richesse collective avec des retombées économiques non-négligeables. Ça on parle moins,,,On préfère l'argent vite fait sans se préoccuper des ressources de base ni des répercussions à long terme. L'artiste comme marchandise. À quand des lois de protection ? de réglementation ? des clauses ? Produit du patrimoine certifié et emballage sous vide pour exportation ? Ça ne date pas d'hier le passage de culture à industrie culturelle, Avec la tournure actuelle, ce manège grotesque des rois d'Ottawa est une main mise dangereuse pour notre culture.

  • Raymond Turgeon
    Abonné
    mercredi 15 avril 2009 13h16
    Deux poids, deux mesures
    Je m'étonne que la rectitude politique ait parfois prise sur le jugement de nos scribes et autres gérants d'estrade des média dont j'admire généralement le fruit de leurs honnêtes cogitations ce qui est le cas aujourd'hui. S'ils utilaisaient le même jugement critique à l'endroit du ''contrôle des armes à feu'' au lieu de céder à la rectitude, à la psychose, à la démagogie et au manichéisme, on publierait moins d'inepties à ce sujet et peut-être un débat digne de ce nom verrait le jour. De l'ignorance surgissent les croyances.

    Raymond Turgeon

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