Culture - Le bal des inepties
Nous n'en sommes pas à une absurdité près dans le dossier des compressions fédérales en culture. Le Devoir exposait hier une autre ineptie, signée Ottawa: alors que d'une main il saupoudre des centaines de milliers de dollars pour convaincre les diffuseurs étrangers d'inviter nos artistes, de l'autre, le fédéral cisaille les budgets destinés à faire voyager les troupes! Burlesque ou grotesque?
Le gouvernement fédéral verse plus de deux millions pour Scène Colombie-Britannique (Scene BC), un festival qui battra son plein à Ottawa/Gatineau dès le 21 avril. «600 artistes. 90 événements. 13 jours», précise-t-on dans la programmation. On y insiste non seulement sur l'aspect unique de cette vague culturelle dans la capitale fédérale, mais aussi sur la formidable vitrine qu'elle constitue pour des diffuseurs étrangers en quête de talents à promouvoir.
Mais voilà! À quoi bon titiller l'intérêt de cette soixantaine de «producteurs, acheteurs et dépisteurs de talents», qu'on nous dit venus de la Chine, de Taiwan, de Singapour, de l'Italie, du Royaume-Uni et des États-Unis, lorsqu'on sait que le budget de tournées des groupes artistiques canadiens vient d'être éventré? On aura beau dérouler le tapis rouge aux diffuseurs, espérant qu'ils agitent les cartons d'invitation, ce même tapis se dérobe sous les pieds des groupes d'ici, saignés par les compressions maudites. Qu'on nous explique!
Des deux millions investis par le fédéral pour Scene BC, 300 000 $ servent exclusivement à attirer ces potentiels chasseurs de talents. Au total, Ottawa verse deux millions pour un événement — en soi intéressant, n'en doutons point — qui s'étire sur 13 petites journées. Rappelons-le: le désormais célèbre et feu Prom'Art, ce programme fédéral de soutien aux tournées, valait 2,8 millions de dollars dans son volet arts de la scène. Deux poids, deux mesures?
L'aspect festival de Scene BC ne manque pas de pertinence. Il est rare que Vancouver débarque ainsi à Ottawa, et qui plus est, pour dévoiler ses atours culturels! L'an dernier, c'est d'ailleurs le Québec qui a ainsi paradé; six mois plus tard, une cinquantaine de contrats avaient été signés par des artistes et troupes québécois, leur permettant d'aller se faire voir ailleurs. Les artistes de la Colombie-Britannique auront beau récolter la même manne, rien n'indique qu'ils pourront financer le voyage. Beau paradoxe!
Dans ce dossier, décidément, l'incohérence règne. Scene BC n'encourage-t-il pas les artistes canadiens à se mesurer aux meilleurs au monde? Voilà, du côté gouvernemental, la justification creuse qui sert de pare-brise à toute réprimande. Au Patrimoine canadien, on n'a que faire d'apparentes contradictions qui, pourtant, transforment Ottawa en fantoche aussi subordonné aux événements étincelants que méprisant pour la survie des artistes.
Depuis que son ministère est à l'avant-scène pour insensibilité et entêtement, le ministre du Patrimoine James Moore a maintes fois défendu l'inexplicable en vantant les mérites d'une «efficacité» désormais recherchée. Froncements de sourcils. Grincements de dents. Efficace, vous disiez?
machouinard@ledevoir.com
Le gouvernement fédéral verse plus de deux millions pour Scène Colombie-Britannique (Scene BC), un festival qui battra son plein à Ottawa/Gatineau dès le 21 avril. «600 artistes. 90 événements. 13 jours», précise-t-on dans la programmation. On y insiste non seulement sur l'aspect unique de cette vague culturelle dans la capitale fédérale, mais aussi sur la formidable vitrine qu'elle constitue pour des diffuseurs étrangers en quête de talents à promouvoir.
Mais voilà! À quoi bon titiller l'intérêt de cette soixantaine de «producteurs, acheteurs et dépisteurs de talents», qu'on nous dit venus de la Chine, de Taiwan, de Singapour, de l'Italie, du Royaume-Uni et des États-Unis, lorsqu'on sait que le budget de tournées des groupes artistiques canadiens vient d'être éventré? On aura beau dérouler le tapis rouge aux diffuseurs, espérant qu'ils agitent les cartons d'invitation, ce même tapis se dérobe sous les pieds des groupes d'ici, saignés par les compressions maudites. Qu'on nous explique!
Des deux millions investis par le fédéral pour Scene BC, 300 000 $ servent exclusivement à attirer ces potentiels chasseurs de talents. Au total, Ottawa verse deux millions pour un événement — en soi intéressant, n'en doutons point — qui s'étire sur 13 petites journées. Rappelons-le: le désormais célèbre et feu Prom'Art, ce programme fédéral de soutien aux tournées, valait 2,8 millions de dollars dans son volet arts de la scène. Deux poids, deux mesures?
L'aspect festival de Scene BC ne manque pas de pertinence. Il est rare que Vancouver débarque ainsi à Ottawa, et qui plus est, pour dévoiler ses atours culturels! L'an dernier, c'est d'ailleurs le Québec qui a ainsi paradé; six mois plus tard, une cinquantaine de contrats avaient été signés par des artistes et troupes québécois, leur permettant d'aller se faire voir ailleurs. Les artistes de la Colombie-Britannique auront beau récolter la même manne, rien n'indique qu'ils pourront financer le voyage. Beau paradoxe!
Dans ce dossier, décidément, l'incohérence règne. Scene BC n'encourage-t-il pas les artistes canadiens à se mesurer aux meilleurs au monde? Voilà, du côté gouvernemental, la justification creuse qui sert de pare-brise à toute réprimande. Au Patrimoine canadien, on n'a que faire d'apparentes contradictions qui, pourtant, transforment Ottawa en fantoche aussi subordonné aux événements étincelants que méprisant pour la survie des artistes.
Depuis que son ministère est à l'avant-scène pour insensibilité et entêtement, le ministre du Patrimoine James Moore a maintes fois défendu l'inexplicable en vantant les mérites d'une «efficacité» désormais recherchée. Froncements de sourcils. Grincements de dents. Efficace, vous disiez?
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