Les libéraux fédéraux en crise - Les partisans de Chrétien veulent annuler le vote sur son leadership
Les pro-Martin réagissent avec colère
Photo : Jacques Nadeau
Beaucoup d'élus libéraux ont en effet indiqué que Jean Chrétien ne devrait pas avoir à se soumettre au vote de confiance prévu pour février prochain.
Le mot d'ordre est venu de haut, et les ministres et députés fidèles à Jean Chrétien l'ont répété à tout vent hier: les règles du Parti libéral obligeant la tenue d'un vote de révision du leadership après une élection devraient être revues pour épargner ce test inutile à un premier ministre. Une position qui a suscité la colère des pro-Martin, qui considèrent l'idée «effroyable».
Beaucoup d'élus libéraux ont en effet indiqué que Jean Chrétien ne devrait pas avoir à se soumettre au vote de confiance prévu pour février prochain. La constitution du PLC prévoit qu'au premier congrès suivant une élection, un tel vote doit être tenu. Ce test, commence-t-on à faire valoir, ne devrait être imposé qu'aux chefs ayant perdu l'élection.
Les ministres Denis Coderre (Citoyenneté et Immigration) et Stéphane Dion (Affaire intergouvernementales) sont de cette école. «J'aurais souhaité que ça n'existe pas. Quand un premier ministre se fait élire, il ne devrait pas y avoir de révision de son leadership», a dit M. Dion. M. Coderre a parlé d'une «question qui est pertinente».
Le discours était similaire de la part du député montréalais Nick Discepola, qui qualifie la règle de «ridicule», et du Torontois Paul Szabo, qui croit que cela «n'a pas vraiment de sens». «Le mandat est de cinq ans et ce serait un peu étrange» de dire qu'on veut changer de chef, pense M. Szabo. Le député fait valoir que cela est la règle ailleurs, par exemple au Parti libéral du Québec.
Jean Chrétien a déjà eu à soumettre son leadership à un vote des militants après une victoire électorale à deux reprises, soit en 1994 et 1998. Alors pourquoi la règle pose-t-elle un problème maintenant? Une député québécoise, qui partage l'avis de Jean Chrétien, mais ne voulait pas être nommée, a laissé entendre que tant qu'il était certain de remporter ce vote, cela ne causait pas de problème. Mais maintenant que la compétition est féroce...
L'idée a été lancée à la télévision par un ancien conseiller du premier ministre, Warren Kinsella, puis reprise dimanche par Jean Chrétien lui-même. «Je trouve cela un peu surprenant que quelqu'un qui a un mandat politique de la population soit sujet à une revue en cours de route.»
Une constitution
à changer
Le président du PLC, Stephen Ledrew, a déclaré au Devoir qu'il serait impossible de changer les règles en cours de route. «Je ne parle pas au nom du premier ministre et je n'étais pas là quand il a dit ça mais il n'y aura pas de changement à la constitution. Ce vote ira de l'avant. Absolument, sans aucun doute», a-t-il dit.
Pour que la constitution soit modifiée, une résolution devrait être adoptée par l'exécutif du parti et être ensuite présentée au congrès, ce même congrès de février 2003. «Même si une personne le voulait, il serait trop tard», croit-il.
Le camp Martin n'est pas rassuré pour autant. Un membre influent de son organisation a rappelé en entrevue téléphonique que la constitution du parti avait déjà été contournée afin de retarder le congrès bisannuel: le vote aurait dû avoir lieu en mars 2002 et non en février 2003. Selon lui, les déclarations de M. Ledrew visent à apaiser le caucus.
La grogne est en effet intense. Les députés pro-Martin contactés par Le Devoir sont furieux qu'on songe ainsi à ne pas tenir le vote sur le leadership de Jean Chrétien.
«D'entendre Warren Kinsella à la télévision dire que le premier ministre, parce qu'il a gagné les élections, ne devrait pas se soumettre à un vote a eu un effet effroyable sur le caucus, a confié une député torontoise. Cela est plus dommageable que tout ce qui s'est produit. La nature automatique de cette révision vise à éviter qu'on doive en demander une, ce qui serait destructeur pour le parti.»
Gary Pilliteri, un pro-Martin notoire, a qualifié la position de Jean Chrétien de «totalement inacceptable». «Il ne veut pas que le processus démocratique fonctionne. Il veut être au-dessus du parti. Je ne pense pas que personne puisse être au-dessus du parti.» Selon lui, M. Chrétien n'a pas le droit d'exiger l'appui indéfectible de ses ministres. «Ou bien cette révision existe pour être exercée, ou alors on ne devrait pas en avoir du tout.»
Brenda Chamberlain a déploré que ceux qui, comme elle, demandent une révision du leadership soient étiquetés par l'équipe de M. Chrétien de «déloyaux». «Nous avons une constitution et malheureusement, Jean Chrétien tente de changer les règles.»
Le Manitobain John Harvard a dit qu'il voulait éviter à tout prix ce vote en laissant entendre que le seul moyen était que M. Chrétien démissionne. «Je ne veux pas de cette révision. Je pense qu'elle fera mal au parti. [...] Je pense que le premier ministre devrait réfléchir et déterminer si cela vaut la peine d'imposer ce processus au parti.»
Beaucoup d'élus libéraux ont en effet indiqué que Jean Chrétien ne devrait pas avoir à se soumettre au vote de confiance prévu pour février prochain. La constitution du PLC prévoit qu'au premier congrès suivant une élection, un tel vote doit être tenu. Ce test, commence-t-on à faire valoir, ne devrait être imposé qu'aux chefs ayant perdu l'élection.
Les ministres Denis Coderre (Citoyenneté et Immigration) et Stéphane Dion (Affaire intergouvernementales) sont de cette école. «J'aurais souhaité que ça n'existe pas. Quand un premier ministre se fait élire, il ne devrait pas y avoir de révision de son leadership», a dit M. Dion. M. Coderre a parlé d'une «question qui est pertinente».
Le discours était similaire de la part du député montréalais Nick Discepola, qui qualifie la règle de «ridicule», et du Torontois Paul Szabo, qui croit que cela «n'a pas vraiment de sens». «Le mandat est de cinq ans et ce serait un peu étrange» de dire qu'on veut changer de chef, pense M. Szabo. Le député fait valoir que cela est la règle ailleurs, par exemple au Parti libéral du Québec.
Jean Chrétien a déjà eu à soumettre son leadership à un vote des militants après une victoire électorale à deux reprises, soit en 1994 et 1998. Alors pourquoi la règle pose-t-elle un problème maintenant? Une député québécoise, qui partage l'avis de Jean Chrétien, mais ne voulait pas être nommée, a laissé entendre que tant qu'il était certain de remporter ce vote, cela ne causait pas de problème. Mais maintenant que la compétition est féroce...
L'idée a été lancée à la télévision par un ancien conseiller du premier ministre, Warren Kinsella, puis reprise dimanche par Jean Chrétien lui-même. «Je trouve cela un peu surprenant que quelqu'un qui a un mandat politique de la population soit sujet à une revue en cours de route.»
Une constitution
à changer
Le président du PLC, Stephen Ledrew, a déclaré au Devoir qu'il serait impossible de changer les règles en cours de route. «Je ne parle pas au nom du premier ministre et je n'étais pas là quand il a dit ça mais il n'y aura pas de changement à la constitution. Ce vote ira de l'avant. Absolument, sans aucun doute», a-t-il dit.
Pour que la constitution soit modifiée, une résolution devrait être adoptée par l'exécutif du parti et être ensuite présentée au congrès, ce même congrès de février 2003. «Même si une personne le voulait, il serait trop tard», croit-il.
Le camp Martin n'est pas rassuré pour autant. Un membre influent de son organisation a rappelé en entrevue téléphonique que la constitution du parti avait déjà été contournée afin de retarder le congrès bisannuel: le vote aurait dû avoir lieu en mars 2002 et non en février 2003. Selon lui, les déclarations de M. Ledrew visent à apaiser le caucus.
La grogne est en effet intense. Les députés pro-Martin contactés par Le Devoir sont furieux qu'on songe ainsi à ne pas tenir le vote sur le leadership de Jean Chrétien.
«D'entendre Warren Kinsella à la télévision dire que le premier ministre, parce qu'il a gagné les élections, ne devrait pas se soumettre à un vote a eu un effet effroyable sur le caucus, a confié une député torontoise. Cela est plus dommageable que tout ce qui s'est produit. La nature automatique de cette révision vise à éviter qu'on doive en demander une, ce qui serait destructeur pour le parti.»
Gary Pilliteri, un pro-Martin notoire, a qualifié la position de Jean Chrétien de «totalement inacceptable». «Il ne veut pas que le processus démocratique fonctionne. Il veut être au-dessus du parti. Je ne pense pas que personne puisse être au-dessus du parti.» Selon lui, M. Chrétien n'a pas le droit d'exiger l'appui indéfectible de ses ministres. «Ou bien cette révision existe pour être exercée, ou alors on ne devrait pas en avoir du tout.»
Brenda Chamberlain a déploré que ceux qui, comme elle, demandent une révision du leadership soient étiquetés par l'équipe de M. Chrétien de «déloyaux». «Nous avons une constitution et malheureusement, Jean Chrétien tente de changer les règles.»
Le Manitobain John Harvard a dit qu'il voulait éviter à tout prix ce vote en laissant entendre que le seul moyen était que M. Chrétien démissionne. «Je ne veux pas de cette révision. Je pense qu'elle fera mal au parti. [...] Je pense que le premier ministre devrait réfléchir et déterminer si cela vaut la peine d'imposer ce processus au parti.»
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