dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 10h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La première fissure

Manon Cornellier   8 avril 2009  Canada
À première vue, l'affaire paraît anodine. Alors que démarraient les travaux de la commission d'enquête Oliphant sur les relations d'affaires entre Brian Mulroney et Karlheinz Schreiber, l'entourage du premier ministre Stephen Harper a affirmé la semaine dernière que l'ancien chef n'était plus membre du Parti conservateur. Le premier intéressé, indigné, a vite fait savoir, par la voix de son porte-parole, qu'il est toujours membre du parti et le sera jusqu'à la fin de ses jours. Fin de l'épisode? Pas du tout.

Les ministres Jean-Pierre Blackburn et Peter MacKay ont pris publiquement la défense de leur ancien mentor. Et lorsque le caucus conservateur s'est réuni mercredi dernier, en l'absence de M. Harper, les fidèles de M. Mulroney ont laissé éclater leur colère, a rapporté La Presse canadienne dimanche.

Cette affirmation concernant le statut de membre de M. Mulroney est considérée comme un affront par ceux qui ont travaillé sous ses ordres et qui lui sont encore reconnaissants pour une série de politiques importantes, dont le libre-échange. Ils lui attribuent aussi une grande part du mérite pour la fusion de la droite, le retour du parti au pouvoir et sa percée au Québec en 2006. Pas question pour eux de se montrer ingrats.

L'affaire suscite de l'intérêt, car le caucus conservateur est reconnu pour son étanchéité. Jamais ses discussions n'ont filtré par le passé. Le fait que les échanges au sujet de M. Mulroney ont atteint l'oreille de journalistes est révélateur en soi. C'est symptomatique d'une réelle grogne au sein de l'aile progressiste du parti. Cette dernière ronge son frein depuis les dernières élections. Durant la campagne, les plus hauts gradés de l'organisation provenaient presque tous de la frange allianciste et réformiste. Et, depuis le scrutin, plusieurs vieux bleus se plaignent du fait qu'il n'y a plus de solides progressistes-conservateurs dans l'entourage immédiat du premier ministre.

En ciblant M. Mulroney, l'entourage du premier ministre a en quelque sorte confirmé leurs craintes, celles de voir le gouvernement faire fi des sensibilités de la frange progressiste pour adopter une lorgnette allianciste et réformiste. Car, au fond, les réformistes ont créé leur parti à la fin des années 1980 en réaction à M. Mulroney et à ses politiques. Ils n'ont pas de problème, eux, à le traiter de la sorte.

uuu

Le danger de cette affaire est de rouvrir des lignes de fracture que M. Harper avait réussi à estomper depuis cinq ans. Avec l'aide de Brian Mulroney, bien souvent. C'est lui qui a eu raison de la forte résistance de ses anciens partisans à une fusion avec l'Alliance. Après être passé à quelques cheveux du pouvoir en 2004, Stephen Harper a cherché à mieux rejoindre certaines régions, dont le Québec. Là encore, il a bénéficié des conseils de M. Mulroney.

Les consultations ont pris fin avec l'affaire Mulroney-Schreiber. Ne voulant pas y être associé, Stephen Harper a ordonné à ses troupes de faire comme lui et de couper les ponts. Plusieurs vieux bleus l'ont mal digéré mais ont obtempéré. On n'en a plus entendu parler. Jusqu'à la semaine dernière. Tout ça, à cause d'une provocation totalement inutile de la part de l'entourage du premier ministre. Et qui survient à un bien mauvais moment.

La performance du chef, du parti et du gouvernement cet automne a secoué la confiance des troupes. L'entêtement du premier ministre à courtiser sa base avec des compressions en culture et des peines plus sévères pour les jeunes contrevenants a nui au parti au Québec. Or on comptait sur cette province pour arracher la majorité. La réaction froide et tardive à la situation économique, le psychodrame de l'énoncé économique, les attaques subséquentes contre les souverainistes et la prorogation des travaux de la Chambre ont terni l'image du parti. Ce dernier a perdu du terrain dans les sondages, au profit des libéraux et de leur nouveau chef, Michael Ignatieff.

Depuis trois ans, Stephen Harper a toujours réussi à maintenir l'unité de son caucus en lui imposant une discipline de fer. Ses mots d'ordre sont suivis et les positions dictées par son bureau, reprises à l'unisson. «La peur et l'intimidation», davantage que la loyauté, expliquent cette obéissance, note Bob Plamondon, auteur et historien bien branché auprès des cercles conservateurs, dans son dernier ouvrage, intitulé Blue Thunder.

«Ce que [Stephen Harper] risque avec son approche de la discipline est ceci, écrit Bob Plamondon. Si les choses se retournent contre lui, la loyauté de son cabinet ou de ses collègues du caucus se fera probablement plus rare et plusieurs ne le suivront pas volontairement dans la chute, advenant qu'il se retrouve aux commandes d'un navire en train de couler.» Toute une différence par rapport à Brian Mulroney, qui a inspiré la fidélité jusqu'aux dernières heures de son mandat.

À Ottawa, on s'amuse déjà à conjecturer sur son avenir. Personne ne le pousse vers la sortie et il serait douteux qu'il mette son parti en difficulté en quittant avant le prochain scrutin, mais cela n'empêche pas certains de jauger les successeurs potentiels, comme les ministres Peter MacKay et Jim Prentice ou encore le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall. Stephen Harper n'a-t-il pas dit, la semaine dernière, que la crise économique entraînait beaucoup de pertes d'emploi et pourrait lui coûter le sien?

mcornellier@ledevoir.com(
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Marcel Arseneau - Inscrit
    8 avril 2009 08 h 29
    Plus que des fissures dans les rangs des conservateurs
    Manon Cornellier voit juste habituellement. Le conflit entre Brian Mulroney et Stephen Harper risquerait «de rouvrir des lignes de fracture dans le parti» selon la journaliste. Je pense qu'il y a des divisions profondes dans le Parti conservateur du Canada. Cela n'aidera pas M. Harper. Au contraire, il risque de perdre les prochaines élections au pays.--Marcel Arseneau, Campbellton, NB
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gabriel RACLE - Inscrit
    8 avril 2009 09 h 24
    Krazy Glue
    Il faudrait plus que de la krazy glue pour recoller les deux morceaux du parti conservateur, ou tel qu'il s'affiche sous ce nom, de Stephen Harper. Car sous ce nom se cache un bricolage artificiel de deux tendances contradictoires qui me peuvent finir que par se séparer, étant donné d'une part l'incapacité de Harper à remporter un succès électoral franc, et d'autre part l'orientation ultraconservatrice qu'il veut donner à son régime.

    C'est une bonne chose que la « fissure » dont parle Manon Cornellier s'élargisse, en provoquant un séisme politique, afin que chacun prenne l'exacte mesure de la situation. En jonglant avec habileté, Harper a jusqu'à présent pu maintenir une unité de façade et a même réussi une petite percée électorale dans certains milieux québécois. Il est temps que les illusions se dissipent et que les mirages s'estompent. Harper n'a jusqu'à présent rien fait d'important dans l'INTÉRÊt du pays et de ses citoyens, mais a joué avec astuce de certaines possibilités constitutionnelles dans lesquelles s'est prise la gouverneure générale, pour se maintenir en poste.

    Ce qu'il recherche, c'est bien évidemment un succès électoral qui le remettrait en selle et ferrait taire les récalcitrants à ses politiques conservatrices, qui n'auraient d'autre choix que de garder le silence, une politique générale chère à Harper, ou à quitter le vaisseau amiral.

    En pesant un peu sur ces plaques tectoniques que supporte le magma conservateur, directement ou indirectement en montrant au public la faille dans la doctrine conservatrice, l'Opposition pourrait accentuer le déplacement des plaques et provoquer ce séisme qui nous débarrasserait enfin de ce gouvernement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    8 avril 2009 10 h 50
    Le réflexe de punir
    L'entourage de Harper a cédé au bon vieux réflexe conservateur : punir. Dehors Brian !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Christopher Lackey - Abonné
    8 avril 2009 16 h 34
    Une idée invraisemblable
    Brian Mulroney n'appartient plus au parti conservateur. Ce n'est pas la première chose invraisemblable à laquelle notre premier ministre croit. Et si cette histoire n'est pas très signifiant en soi, ça montre quand même comment, comme toujours, ce qui semble juste dans l'esprit de Harper est aussi, d'après lui, l'avis de la majorité des canadiens.

    Selon lui, après tout, une majorité des canadiens

    -S'en fous complètement de l'environnement et des changements climatiques, qui sont des complots socialists
    -veut le droit inconditionnel de possèder autant d'armes qu'ils veulent
    -est plus pro-israel qu'Israel
    -est plus anti-Tamil que le gouvernement de Sri Lanka
    -veut que le gouvernement conservateur décide quels scientifiques ont droit au fonds de récherches
    -veut que le gouvernement donne de l'argent au Canwest et Péladeau (avec leurs journaux qui donnent un appui fort et constant aux conservateurs tous les jours) tandis que SRC/CBC étouffe.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Riopel Louis - Inscrit
    10 avril 2009 10 h 04
    Et si tous se réveillaient!
    Comment peut-t-on ne pas réaliser que les Conservateurs au Canada ne sont autre chose que des "alliancistes" déguisés en Bleu.Réveillez-vous la "droite" prime au ROC.Merci à John James de nous avoir défait de Ti-Mario.Par contre John James lui rêve de remplacer Harper à Ottawa.Si tous les Québécois de quelques origines qu'ils soient ouvraient leurs ornières;ils constateraient une seule chose.Sortir de cette CONSTITUTION,malhonnête,inutile et obsolète.Si tous les fédéralistes désabusés au Québec se réveillaient et constataient avec lucidité.Qu'un seul projet peu changer notre histoire.L'indépendance du Québec reste le projet d'avenir le plus logique qui demeure concret en ces temps si incertains.À la limite un Canada des régions doit voir le jours...À suivre!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012