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Bernard Descôteaux   4 juin 2002  Canada
Le message est on ne peut plus clair. Le premier ministre Jean Chrétien, en congédiant Paul Martin de son cabinet, a indiqué qu'il ne tolérerait plus les rivalités à son endroit. Il est désormais interdit à quiconque de mettre en doute l'autorité du chef du gouvernement sans risquer d'en subir les foudres.

C'est l'image d'un chef autoritaire et intransigeant qu'a donnée dimanche Jean Chrétien, en procédant de façon inélégante au limogeage de son ministre des Finances. L'image d'un chef qui a de plus en plus de difficulté à supporter la contestation, qui impose ses vues plutôt que de chercher à réconcilier et à créer des consensus au sein d'un gouvernement qui devient de plus en plus impérial. S'il fallait trouver une raison pour souhaiter que le premier ministre opte enfin pour la retraite, il l'a lui-même fournie dimanche.


Il est bien connu que MM. Martin et Chrétien sont demeurés des rivaux après la course au leadership que ce dernier a remportée sur le premier, en 1990. Devenu premier ministre, Jean Chrétien a dû composer avec cette rivalité en raison de la forte popularité de son ancien adversaire auprès des militants libéraux et des électeurs. Nommé ministre des Finances, Paul Martin a acquis un poids à sa mesure dans le gouvernement, dont il fut rapidement identifié comme le pôle conservateur. Autour de lui s'est constitué un groupe plus ou moins informel de ministres et députés défendant des points de vue différents de ceux du premier ministre.


La cohabitation de Jean Chrétien et de Paul Martin s'est peu à peu transformée en guerre de pouvoir de plus en plus ouverte. Celle-ci n'est toutefois pas que le fait des personnalités en cause. La conjoncture politique canadienne a aussi favorisé l'émergence d'une contestation interne du leadership de M. Chrétien. La pression ne pouvant venir des partis d'opposition, elle est venue de l'intérieur du Parti libéral. C'est là l'un des effets pervers de sa situation de parti trop fort.


Avec l'éviction de M. Martin, les débats au sein du gouvernement seront de moins en moins vigoureux. On évoluera de plus en plus vers un discours unique défini par M. Chrétien lui-même. Il a fait en sorte de conserver près de lui les responsabilités les plus importantes du gouvernement en les confiant à son ministre le plus loyal, John Manley. Lorsqu'on additionne ses titres de vice-premier ministre, de ministre des Finances et de ministre responsable de la sécurité intérieure, on pourrait croire que celui-ci sera encore plus puissant que ne l'était Paul Martin. Mais à la différence de ce dernier, son autorité ne s'appuie que sur la confiance que lui accorde le premier ministre. En fait, celui-ci s'est donné une sorte de super-sous-ministre afin de garder la main haute sur les décisions économiques et financières au coeur de toute l'action gouvernementale. Quant à ceux qui voudraient exprimer des ambitions personnelles, ils savent désormais que le crime de lèse-majesté est sévèrement puni au PLC. Le contrôle qu'exercera Jean Chrétien sur son gouvernement deviendra excessif.


On pourrait prétendre que le premier ministre n'avait d'autre choix que d'écarter Paul Martin du gouvernement car il fallait mettre fin à une situation devenue impossible. Ce faisant, il s'est toutefois enfermé dans une dynamique perverse dont il lui sera difficile de sortir. Paul Martin poursuivra sa lutte à l'intérieur du parti et M. Chrétien n'aura d'autre choix que de continuer à lui barrer la route, obsédé qu'il est d'empêcher son adversaire de 1990 réaliser enfin son rêve. L'essentiel de ses énergies sera ainsi accaparé par la préparation du congrès de février, où il devra se soumettre à un vote de confiance qu'il doit remporter haut la main. L'essentiel sera non pas de gouverner mais de se maintenir au pouvoir. À tous égards, le gouvernement Chrétien sort affaibli de cet épisode.
 
 
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