lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 01h03


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Harper contre Charest

Chantal Hébert   16 mars 2009  Canada
Il y a autant de photos de Stephen Harper sur le site Internet mis sur pied par le gouvernement fédéral pour vanter son plan d'action économique que dans un album de famille, mais on y chercherait en vain une trace de ses fréquentations, encore récentes, avec Jean Charest.

Depuis les dernières élections, le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a remplacé celui du Québec dans l'affection du premier ministre du Canada, et c'est l'Ontario qui est la cible privilégiée des efforts de séduction fédéraux.

Il y a évidemment une part de calcul électoral dans ce changement d'attitude. Trois sondages confirmaient la semaine dernière la dégringolade des conservateurs fédéraux au Québec. Dans la mesure où Stephen Harper y tire son parti vers le bas, le Québec demeurera vraisemblablement une terre aride pour les conservateurs tant qu'il sera à leur tête.

Mais sous le couvert d'un réalignement inspiré par les mathématiques électorales, c'est également de sa succession que s'occupe le premier ministre. À l'heure où la plupart des conservateurs ne croient plus que Stephen Harper les mènera à la terre promise d'une majorité, ce dernier est en bonne voie de s'assurer que ce n'est pas Jean Charest qui achèvera le parcours à sa place.

**

Les premiers ministres n'ont pas toujours de dauphin, surtout quand leur règne menace de prendre fin avant l'heure qu'ils auraient choisie, mais ils ont généralement une bonne idée de qui ils ne voudraient pas voir à leur place.

En 1992, Brian Mulroney avait retardé l'annonce de sa démission pour s'assurer que Joe Clark annonce sa retraite avant lui et, par conséquent, ne soit pas sur les rangs de sa succession. Jean Chrétien avait laissé plusieurs de ses ministres préparer une course au leadership dans l'espoir qu'ils réussiraient à bloquer la route à Paul Martin. Stephen Harper est prêt, semble-t-il, à ramener son parti à ses racines réformistes pour régler ses comptes avec Jean Charest.

Depuis les campagnes électorales à répétition de l'automne dernier, l'allié d'hier qu'était le premier ministre du Québec est devenu persona non grata dans la mouvance de Stephen Harper. Le courant ne passe plus entre les deux capitales.

Dans la bouche du chef conservateur, la défaite de son parti au Québec et la descente aux enfers qui ne s'y dément pas a un autre nom que celui du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et c'est celui du premier ministre Charest. M. Harper s'est plaint ouvertement de son homologue devant son caucus, des paroles qui n'étaient pas sitôt sorties de sa bouche qu'elles se rendaient aux oreilles du principal intéressé à Québec.

L'absence chronique du Québec au rendez-vous conservateur rend mathématiquement improbable une victoire majoritaire pour Stephen Harper. À terme, cette absence a tout pour raccourcir les jours du parti au pouvoir et ceux du premier ministre comme chef fédéral. Le message voulant que Jean Charest ait contribué à faire avorter la meilleure chance du parti conservateur de s'installer aux commandes fédérales pour une génération est particulièrement porteur au sein d'une formation où le premier ministre québécois n'a plus ses entrées d'antan.

**

Au cours des dix années que Jean Charest vient de passer dans l'arène québécoise, le mouvement conservateur canadien a changé. Son aile droite s'est installée aux commandes tandis que les tenants de la mouvance progressiste, dont M. Charest fait partie, sont devenus libéraux ou ont été marginalisés.

Brian Mulroney n'a plus guère d'influence à l'extérieur des cercles des vieux bleus québécois. Après avoir perdu le pouvoir au Nouveau-Brunswick, Bernard Lord joue un rôle nettement plus effacé que pendant ses années en tant que premier ministre. Le Terre-Neuvien Danny Williams, qui est l'homme fort actuel des conservateurs dans la région de l'Atlantique, est à couteaux tirés avec Stephen Harper.

L'ancien chef progressiste-conservateur Peter MacKay se cherche un avenir à l'OTAN. Son rôle de premier plan au sein du cabinet Harper ne s'est jamais traduit par une influence proportionnelle sur le gouvernement et le parti.

L'aile progressiste du parti conservateur a encaissé un autre coup dur quand l'Ontarien John Tory a démissionné de son poste de chef au début du mois. L'échec de son champion le plus en vue rejaillit sur l'ensemble de l'aile progressiste du mouvement conservateur. Il sera presque certainement remplacé par un tenant de la droite plus pure et dure du parti.

Dans ce contexte, il ne saurait y avoir un retour pour Jean Charest sur la scène fédérale sans que Stephen Harper lui ouvre quelques portes. Or, il semble plutôt déterminé à les boucler à double tour.

On dit beaucoup combien Jean Charest ne semble pas avoir le coeur à l'ouvrage depuis qu'il a renoué avec une majorité. L'idée que son avenir politique puisse être derrière lui à Québec comme à Ottawa n'est pas nécessairement étrangère à sa morosité.

****

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • André Lavoie
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 06h33
    Bon pour le moral.
    « Chantal, votre perspicacité habituelle est un baume au coeur ce matin. Charest est fini. C'est la preuve qu'il peut encore y avoir de bonnes nouvelles dans le journal. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 16 mars 2009 07h38
    Remède à la morosité de M. Charest, le séparatisme. Fallait y penser
    « Vu que M. Charest veut gouverner un vrai pays et que les portes lui sont fermées à Ottawa, il ne lui reste qu'à virer séparatiste et faire du Québec, un pays bilingue dont il deviendrait présidant automatiquement. »

  • Steve Fortin
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 09h56
    Nous le savions pourtant! Honte à Charest!
    « Nous le savions que le Québec n'a jamais été plus qu'un club-école, une sorte de passage obligé dans les mineures pour John James Charest. Sa gestion de l'état québécois depuis 2003 en est un gage sidérant. Jamais un PM québécois n'aura tant fait pour stimuler la morosité et le cynisme; c'est comme si son ami Paul Desmarais lui avait ordonner d'étouffer le Québec pour le bien de la Noble cause canadian, ce à quoi le mouton insignifiant s'est appliqué dans tous les menus détails... jusqu'à livrer le bas de laine des Québécois à un ontarien, champion de la dérèglementation.

    En réélisant John James Charest, les québécois ont accepté l'asphyxie, tannés de se battre contre des colonisés comme Raymonde Chouinard et richard desrochers, ces apôtres du truisme inexplicable qui veut que les québécois ne soient nés que pour servir leurs maîtres canadian... Il ne nous reste qu'à espérer que cet aplaventrisme crasse soit si dégradant qu'enfin il réveille cette masse inerte qui accepte sans coup férir... »

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 10h43
    Lente désintégration du québec
    « Vous êtes la personne qui fait le moins de procratie dans vos commentaires et c'est plus facile pour vous d'avoir certains contacts.

    Comment se fait-il que de The Gazette par Arpin révèle quelques dessous du jupon de l'organisme fédéral Option Canada en mars 1997 ?

    Ou encore qu'un journal de Toronto savait en novembre avant tout le monde les problèmes de pertes de la CDP du Québec de 30 % de son actif sur papier ? Probablement de bons contacts avec la Firme Coventree de Toronto !!!

    Il semble que beaucoup de journaliste au Québec ne font que rapporter les nouvelles des nouvelles. C'est malheureux.

    L'accès à des groupes de Mécènes ou autres organisations, vous ne permet pas de tout écrire en ménageant la chèvre et le choux.

    Vos contacts entre les deux hommes pourraient aider.

    http://www.ppforum.ca/common/assets/publications/fr/ar20years_fr.pdf

    http://www.fondationmbac.ca/francais/1370.htm »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 16 mars 2009 11h33
    M. Charedt comme président, pas présidant
    « S'cusez, mon correcteur m'a induit en erreur. »

  • Yves Babin
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 11h33
    Charest et l'éternité
    « Attention, Jean Charest semble éteint mais pourquoi il ferait des efforts quand il vient d'être réélu. Il est le premier à savoir que quatre ans en politique, le temps d'un mandat, c'est l'éternité. Quand viendra le temps de reprendre le pouvoir lors d'une autre campagne électorale, il fera de petits efforts apparents comme d'habitude, sortira des phrases "chocs" pour endormir l'électorat et puis BANG ! il sera encore nommé premier ministre n'en déplaise à ceux qui ont encore espoir de le voir disparaître de notre scène politique. Un peuple endormi engendre malheureusement un premier ministre endormi. »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 11h39
    Le fruit est mur
    « M Charest va se cacher et hiverner pendant les quatre prochaines années.

    Après, il va être nommé au Sénat, un poste à sa mesure ...

    Le fruit est mur, il va tomber. »

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    lundi 16 mars 2009 11h57
    Merci à Stève Fortin...
    « "En réélisant John James Charest, les québécois ont accepté l'asphyxie, tannés de se battre contre des colonisés comme Raymonde Chouinard et richard desrochers," (Steve Fortin)

    C'est nous rendre hommage que de prétendre que nous avons réussi, à nous-deux, M. Desrochers et moi-même, ce que n'ont pu réussir tous les référendistes pour leur sacro-sainte formation politique.

    Merci infiniment pour ces bons mots encourageants...! »

  • Christopher Lackey
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 13h16
    Quatre mauvaise nouvelles
    « Mauvaise nouvelle pour Harper: Après avoir échoué deux tentatives de tromper l'éléctorat canadian de lui donner une majorité en faisant semblant qu'il était un modéré, il est frustré et se comporte de plus en plus de façon insouciante, ce qui ruinera certainement et heureusement ses chances d'en avoir une.

    Mauvaise nouvelle pour le Canada: Même si nous serons débarassé de lui éventuellement, Harper est parvenu de rédéfinir le parti conservateur comme républicain.

    Mauvaise nouvelle pour Charest: Les "modérés" comme lui ( de point de vue idélogique) ont tous étaient écartés dans le nouveau parti conservateur reformiste et il ne sera pas le bienvenu.

    Mauvaise nouvelle pour le Québéc: Les québécois sont pogné avec un chef qui a l'esprit ailleurs et ne semble pas, depuis son réélection, de se ficher trop d'eux. »

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 15h46
    Le français à la Charest
    « Je vous invite à écouter le PM Charest présenter le nouveau permis de conduire avec un français bâtard où les anglicismes abondent de fautes. C'estg honteux pour un médaillé français décoré par Sarkozy et appuyé par Desmarais... »

  • Jean-Renaud Dubois
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 17h37
    Très, très, très bizarre ce silence assourdissant des journalistes...
    « Bonjour,

    ....«..... mais on y chercherait en vain une trace de ses fréquentations, encore récentes, avec Jean Charest.», dites-vous.

    Vous avez raison, de le souligner, et vous savez bien comme nous que ce n'est pas Harper qui a coupé les ponts avec Jean. C'est ce dernier. Et c'était voulu, Sun Tsu m'a mis au parfum!

    M.Charest l'a fait pour plusieurs raisons :

    1- pour prendre le pouvoir éventuellement -- dans la région de Québec -- quitte à s'écraser devant le mandat qu'il a reçu de "son Canada" pour pactiser cette fois avec Harper et pour banaliser le 400ème qui est devenu la naissance du canada. Faut le faire! Décontruction.

    2- pour prendre le pouvoir éventuellement -- quitte à s'en prendre au PCC pour y arriver -- en lui reprochant son manque de sensibilité dans l'affaire des coupes aux artistes. C'était gagnant-gagnant!

    3- pour prendre le pouvoir éventuellement, en dressant une liste de demandes qui allaient dans le sens des demandes du Bloc. Habile, de nous le faire croire, lui le Canadien en premier! Manipulation?

    4- pour prendre le pouvoir éventuellement -- en s'en prenant au PCC pour consolider son vote libéral ; et espérer l'appui du grand frère canadien. Sun Tsu et l'art de la guerre.

    5- pour prendre le pouvoir éventuellement -- quitte à mettre en risque les transferts de péréquations! Déconstruction.

    6- pour prendre le pouvoir -- en devenant tout à coup le "grand défenseur des intérêts du Québec", lui le premier de tous les premiers ministres québécois à n'avoir aucun programme sur les demandes historiques du Québec.
    Depuis 6 ans le fruit n'est pas mûr : dixit Pelletier qui prêchait dans le désert. Déconstruction.



    Depuis 2003 le PLQ semble tout faire pour déconstruire le Québec ; faites une étude un peu exhaustive de toutes les actions de ce gouvernement et vous serez frappé par cette évidence, tue par tous les journalistes!

    Très, très, très bizarre ce silence assourdissant ...


    Bonne journée, »

  • André Bouchard
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 19h42
    Et une cinquième mauvaise nouvelle
    « Les libéraux vont revenir au pouvoir ! Marionnettes avec la main ontarienne dans le tissu. Changement de pattes à graisser...; les circonscriptions anglaises de Montréal vont quand même réintégrer le pouvoir et ramasser quelques miettes en téléphonant à leurs chums de Bay street. Quand au Québec francophone, il peut toujours crever, il n'avait qu'à se dire oui quand c'était encore le temps...

    André R. Bouchard
    Québec »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
12 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009