Un conservateur a versé 20 000 $ pour s'attaquer à Stéphane Dion
12 mars 2009
Canada
Ottawa — L'ancien bailleur de fonds conservateur Gwyn Morgan, à qui le premier ministre Stephen Harper avait tenté sans succès d'offrir un poste, a versé pendant la dernière campagne électorale fédérale 20 000 $ à la National Citizens Coalition. Cet organisme, ancien port d'attache de M. Harper, a utilisé l'argent pour acheter des publicités attaquant le chef libéral d'alors, Stéphane Dion.
C'est ce qui ressort du rapport d'élection soumis par la National Citizens Coalition (NCC) à Élections Canada et consulté par Le Devoir. La NCC a fait paraître des publicités, dont une demie-page dans le National Post, s'attaquant au plan vert libéral et intitulées «Don't get fooled again» (Ne vous faites pas avoir encore une fois).
La publicité place côte à côte une caricature de Pierre Elliott Trudeau et une de Stéphane Dion pour établir un parallèle entre le controversé Programme national de l'énergie de 1980 du premier et le Tournant vert du second. Elle indique que la taxe sur le carbone proposée par M. Dion fera mal à l'Alberta et la Saskatchewan. «Avec les marchés financiers dans la tourmente et l'économie du Canada qui ralentit, ce n'est pas le temps d'essayer une nouvelle taxe. Dites non au Tournant vert.»
En tout, la NCC a dépensé pendant la campagne près de 25 000 $. Gwyn Morgan a versé ses 20 000 $ le premier jour ouvrable de la campagne, faisant de lui, et de loin, le plus important donateur du NCC. La loi électorale impose un plafond de 1100 $ aux contributions faites à un parti politique, mais les organismes tiers n'y sont pas soumis. Par contre, ils ne peuvent pas dépenser plus de 183 000 $ à l'échelle du pays pour une élection donnée. Ce plafond, que Stephen Harper avait d'ailleurs contesté jusqu'en Cour suprême quand il était à la tête de la NCC, vise à éviter que des organismes ne servent de paravent à des donateurs bien nantis.
Alors, certains donateurs utilisent-ils les organismes comme la NCC pour contourner les lois électorales en vigueur et aider indirectement et généreusement leur parti politique préféré? Le président de la NCC, Peter Coleman, trouve cette question ridicule.
«Ce genre de discussion n'a aucune valeur, dit-il en réponse à ses détracteurs. Nous ne pouvons dépenser plus de 3666 $ par circonscription ou 183 000 $ à l'échelle du pays. Les partis politiques, eux, peuvent dépenser environ 30 millions quand on cumule les dépenses des candidats individuels. Nous sommes submergés!»
M. Coleman se défend d'être un organisme faisant la promotion du Parti conservateur. La NCC se veut un organisme non partisan. «On nous accuse de cela parce que Stephen Harper a déjà été notre président, mais nous sommes un organisme davantage orienté vers les politiques que la politique partisane. D'ailleurs, nous lancerons prochainement une campagne intitulée "Dites non aux gros gouvernements" et cela concernera aussi le gouvernement conservateur.»
Un donateur assidu
Gwyn Morgan n'a pas retourné l'appel du Devoir hier. Il est un ancien dirigeant de la pétrolière EnCana. En 2006, M. Harper avait tenté de le nommer à la tête de sa nouvelle Commission des nominations publiques, moyennant un salaire symbolique de 1 dollar, mais les partis d'opposition s'y étaient opposés. Ils reprochaient à M. Morgan sa partisanerie.
En juin 2005, soit quelques mois avant l'élection qui allait porter Stephen Harper au pouvoir, M. Morgan et sa femme, Patricia Trottier, ont envoyé une lettre demandant aux sympathisants conservateurs de verser 5100 $ — la contribution maximale permise alors — au Parti conservateur. De 2004 à 2006, le couple a versé le maximum permis (5000 $ indexé) chacun. Ils ont aussi donné le maximum en 2007 et 2008. Dans le passé, M. Morgan a versé de l'argent à l'Alliance canadienne et au Parti réformiste.
D'autres tiers bien nantis
La NCC n'est pas la seule organisation à s'être impliquée pendant la dernière campagne électorale. Cinquante autres l'ont fait aussi, notamment le Congrès du travail du Canada (qui a reçu 179 000 $ de 10 syndicats membres) ou encore la campagne ABC de Terre-Neuve («N'importe qui sauf les conservateurs») qui a dépensé plus de 81 000 $. L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada a quant à lui dépensé près de 113 000 $ de son argent pour se faire entendre pendant la campagne, notamment en élaborant une page Internet. Toutefois, aucun organisme n'a reçu de dons de particuliers aussi élevés que celui de Gwyn Morgan.
Parti conservateur bon premier
Notons enfin que la formation de Stephen Harper a été la première à soumettre à Élections Canada son rapport de dépenses pour l'élection d'octobre 2008. On y apprend que le PC a consacré 10,6 millions de dollars à la publicité et 274 000 $ aux sondages. La tournée de son chef en avion a coûté, une fois retranchés les revenus tirés des journalistes participants, 2,5 millions de dollars. Au total, le PC a dépensé 19,4 millions de dollars, soit un demi-million de moins que ce que la loi lui permettait.
C'est ce qui ressort du rapport d'élection soumis par la National Citizens Coalition (NCC) à Élections Canada et consulté par Le Devoir. La NCC a fait paraître des publicités, dont une demie-page dans le National Post, s'attaquant au plan vert libéral et intitulées «Don't get fooled again» (Ne vous faites pas avoir encore une fois).
La publicité place côte à côte une caricature de Pierre Elliott Trudeau et une de Stéphane Dion pour établir un parallèle entre le controversé Programme national de l'énergie de 1980 du premier et le Tournant vert du second. Elle indique que la taxe sur le carbone proposée par M. Dion fera mal à l'Alberta et la Saskatchewan. «Avec les marchés financiers dans la tourmente et l'économie du Canada qui ralentit, ce n'est pas le temps d'essayer une nouvelle taxe. Dites non au Tournant vert.»
En tout, la NCC a dépensé pendant la campagne près de 25 000 $. Gwyn Morgan a versé ses 20 000 $ le premier jour ouvrable de la campagne, faisant de lui, et de loin, le plus important donateur du NCC. La loi électorale impose un plafond de 1100 $ aux contributions faites à un parti politique, mais les organismes tiers n'y sont pas soumis. Par contre, ils ne peuvent pas dépenser plus de 183 000 $ à l'échelle du pays pour une élection donnée. Ce plafond, que Stephen Harper avait d'ailleurs contesté jusqu'en Cour suprême quand il était à la tête de la NCC, vise à éviter que des organismes ne servent de paravent à des donateurs bien nantis.
Alors, certains donateurs utilisent-ils les organismes comme la NCC pour contourner les lois électorales en vigueur et aider indirectement et généreusement leur parti politique préféré? Le président de la NCC, Peter Coleman, trouve cette question ridicule.
«Ce genre de discussion n'a aucune valeur, dit-il en réponse à ses détracteurs. Nous ne pouvons dépenser plus de 3666 $ par circonscription ou 183 000 $ à l'échelle du pays. Les partis politiques, eux, peuvent dépenser environ 30 millions quand on cumule les dépenses des candidats individuels. Nous sommes submergés!»
M. Coleman se défend d'être un organisme faisant la promotion du Parti conservateur. La NCC se veut un organisme non partisan. «On nous accuse de cela parce que Stephen Harper a déjà été notre président, mais nous sommes un organisme davantage orienté vers les politiques que la politique partisane. D'ailleurs, nous lancerons prochainement une campagne intitulée "Dites non aux gros gouvernements" et cela concernera aussi le gouvernement conservateur.»
Un donateur assidu
Gwyn Morgan n'a pas retourné l'appel du Devoir hier. Il est un ancien dirigeant de la pétrolière EnCana. En 2006, M. Harper avait tenté de le nommer à la tête de sa nouvelle Commission des nominations publiques, moyennant un salaire symbolique de 1 dollar, mais les partis d'opposition s'y étaient opposés. Ils reprochaient à M. Morgan sa partisanerie.
En juin 2005, soit quelques mois avant l'élection qui allait porter Stephen Harper au pouvoir, M. Morgan et sa femme, Patricia Trottier, ont envoyé une lettre demandant aux sympathisants conservateurs de verser 5100 $ — la contribution maximale permise alors — au Parti conservateur. De 2004 à 2006, le couple a versé le maximum permis (5000 $ indexé) chacun. Ils ont aussi donné le maximum en 2007 et 2008. Dans le passé, M. Morgan a versé de l'argent à l'Alliance canadienne et au Parti réformiste.
D'autres tiers bien nantis
La NCC n'est pas la seule organisation à s'être impliquée pendant la dernière campagne électorale. Cinquante autres l'ont fait aussi, notamment le Congrès du travail du Canada (qui a reçu 179 000 $ de 10 syndicats membres) ou encore la campagne ABC de Terre-Neuve («N'importe qui sauf les conservateurs») qui a dépensé plus de 81 000 $. L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada a quant à lui dépensé près de 113 000 $ de son argent pour se faire entendre pendant la campagne, notamment en élaborant une page Internet. Toutefois, aucun organisme n'a reçu de dons de particuliers aussi élevés que celui de Gwyn Morgan.
Parti conservateur bon premier
Notons enfin que la formation de Stephen Harper a été la première à soumettre à Élections Canada son rapport de dépenses pour l'élection d'octobre 2008. On y apprend que le PC a consacré 10,6 millions de dollars à la publicité et 274 000 $ aux sondages. La tournée de son chef en avion a coûté, une fois retranchés les revenus tirés des journalistes participants, 2,5 millions de dollars. Au total, le PC a dépensé 19,4 millions de dollars, soit un demi-million de moins que ce que la loi lui permettait.
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