Harper, le pragmatique
Après avoir regardé l'entrevue du premier ministre à la télé américaine pour une deuxième fois, je me demande à quoi rimait toute cette agitation. Après tout, M. Harper n'a dit rien de nouveau à Fareed Zakaria de la chaîne CNN au sujet de notre mission en Afghanistan. Depuis longtemps, il soutient que le rôle du Canada est de former des forces afghanes puis de leur remettre la responsabilité de la sécurité de leur pays. Avec une majorité de députés, il a voté pour quitter l'Afghanistan à la fin de 2011 — peu importera alors l'état de l'insurrection. Chacun se rappelle certainement que le premier ministre a réitéré cet engagement pendant la campagne électorale de l'automne dernier.
En vérité, la seule chose que nous avons apprise, c'est que M. Harper avait lu des livres sur l'histoire afghane. Il nous dit maintenant que le pays a toujours connu et connaîtra probablement toujours une insurrection. L'ambassadeur de l'Afghanistan au Canada, Omar Samad, est en désaccord, mais il a dit à Canwest qu'il a déjà entendu directement de M. Harper ce que le premier ministre a dit sur CNN.
N'empêche, les partis de l'opposition et certains journalistes ont insisté sur le fait que le premier ministre a franchi un nouveau pas. Je diffère d'opinion. À Bucarest l'année dernière, où il a informé nos alliés de la décision du Parlement canadien de quitter l'Afghanistan, le premier ministre a clairement dit: «Nous ne croyons pas que le succès final du côté militaire viendra de l'augmentation par l'OTAN des niveaux de troupes jusqu'au point où nous étouffions la résistance. Ce n'est pas réaliste.» Il a également déclaré que l'OTAN devrait former les soldats afghans «de sorte qu'ils puissent finalement contrôler l'environnement de sécurité dans l'avenir — contrôler et pas nécessairement éliminer l'insurrection».
***
Comment pouvons-nous alors expliquer l'intérêt intense autour de l'entrevue à CNN tandis que des entrevues semblables à CBC et au réseau TVA ont pratiquement été ignorées? Est-ce le syndrome dit de «Mordecai Richler», soit la triste réalité voulant que beaucoup de Canadiens ne prennent une personne pas au sérieux à moins que celle-ci ne soit prise au sérieux aux États-Unis? En partie. Cependant, il est également dû au fait que certains journalistes canadiens étaient irrités que le premier ministre se confie à un journaliste américain et pas à eux. Et au fait que l'opposition officielle, qui était sûre que la visite du président Obama serait un triomphe pour Michael Ignatieff, recherchait une manière de contrecarrer les opinions favorables que M. Harper s'est attirées au sud.
Heureusement, grâce à toute cette attention, les Canadiens ont appris quelque chose au sujet de notre premier ministre que les conservateurs purs et durs ne seront pas trop heureux d'apprendre, à savoir que, loin d'être l'idéologue que ses critiques décrivent, M. Harper s'avère plutôt un pragmatique.
Sur l'Afghanistan, le premier ministre des débuts était rien de moins qu'un faucon — tout comme son prédécesseur, Paul Martin, dont le gouvernement a signé un accord s'engageant à effacer l'insurrection et a déployer nos troupes à Kandahar. Aujourd'hui, M. Harper cherche des solutions pratiques, ce qui explique pourquoi il est probable que lui et le président Obama tireront des conclusions semblables.
Nous avons également appris que M. Harper est un pragmatique par rapport à l'économie. Il ne s'est pas converti au keynésisme, et il y a sans doute des objectifs politiques derrière les mesures de stimulation du gouvernement. Mais comme il a expliqué à M. Zakaria, avec le peu de marge que lui laisse la politique monétaire, il n'a d'autre option que de stimuler l'économie avec le reste de la communauté internationale.
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La vraie question consiste finalement à savoir pourquoi une entrevue étrangère était nécessaire pour que les Canadiens voient ce côté de leur premier ministre. Une partie de la réponse tient au fait que M. Harper a délaissé son esprit partisan. Une autre concerne son aisance indéniable durant cette entrevue.
Fareed Zakaria est un journaliste sérieux. Pour lui, l'économie et l'Afghanistan ne sont pas des jeux mais des questions d'intérêt américain. En tant que joueur significatif à Washington, M. Zakaria a invité M. Harper à son émission parce qu'il a voulu que les Américains entendent des points de vue qu'il partage, dans une grande mesure. Il ne s'agissait donc pas de créer une manchette ou une polémique politique, comme ce fut encore le cas au Canada. Et le premier ministre ne l'a pas déçu...
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nspector@globeandmail.cas
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
En vérité, la seule chose que nous avons apprise, c'est que M. Harper avait lu des livres sur l'histoire afghane. Il nous dit maintenant que le pays a toujours connu et connaîtra probablement toujours une insurrection. L'ambassadeur de l'Afghanistan au Canada, Omar Samad, est en désaccord, mais il a dit à Canwest qu'il a déjà entendu directement de M. Harper ce que le premier ministre a dit sur CNN.
N'empêche, les partis de l'opposition et certains journalistes ont insisté sur le fait que le premier ministre a franchi un nouveau pas. Je diffère d'opinion. À Bucarest l'année dernière, où il a informé nos alliés de la décision du Parlement canadien de quitter l'Afghanistan, le premier ministre a clairement dit: «Nous ne croyons pas que le succès final du côté militaire viendra de l'augmentation par l'OTAN des niveaux de troupes jusqu'au point où nous étouffions la résistance. Ce n'est pas réaliste.» Il a également déclaré que l'OTAN devrait former les soldats afghans «de sorte qu'ils puissent finalement contrôler l'environnement de sécurité dans l'avenir — contrôler et pas nécessairement éliminer l'insurrection».
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Comment pouvons-nous alors expliquer l'intérêt intense autour de l'entrevue à CNN tandis que des entrevues semblables à CBC et au réseau TVA ont pratiquement été ignorées? Est-ce le syndrome dit de «Mordecai Richler», soit la triste réalité voulant que beaucoup de Canadiens ne prennent une personne pas au sérieux à moins que celle-ci ne soit prise au sérieux aux États-Unis? En partie. Cependant, il est également dû au fait que certains journalistes canadiens étaient irrités que le premier ministre se confie à un journaliste américain et pas à eux. Et au fait que l'opposition officielle, qui était sûre que la visite du président Obama serait un triomphe pour Michael Ignatieff, recherchait une manière de contrecarrer les opinions favorables que M. Harper s'est attirées au sud.
Heureusement, grâce à toute cette attention, les Canadiens ont appris quelque chose au sujet de notre premier ministre que les conservateurs purs et durs ne seront pas trop heureux d'apprendre, à savoir que, loin d'être l'idéologue que ses critiques décrivent, M. Harper s'avère plutôt un pragmatique.
Sur l'Afghanistan, le premier ministre des débuts était rien de moins qu'un faucon — tout comme son prédécesseur, Paul Martin, dont le gouvernement a signé un accord s'engageant à effacer l'insurrection et a déployer nos troupes à Kandahar. Aujourd'hui, M. Harper cherche des solutions pratiques, ce qui explique pourquoi il est probable que lui et le président Obama tireront des conclusions semblables.
Nous avons également appris que M. Harper est un pragmatique par rapport à l'économie. Il ne s'est pas converti au keynésisme, et il y a sans doute des objectifs politiques derrière les mesures de stimulation du gouvernement. Mais comme il a expliqué à M. Zakaria, avec le peu de marge que lui laisse la politique monétaire, il n'a d'autre option que de stimuler l'économie avec le reste de la communauté internationale.
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La vraie question consiste finalement à savoir pourquoi une entrevue étrangère était nécessaire pour que les Canadiens voient ce côté de leur premier ministre. Une partie de la réponse tient au fait que M. Harper a délaissé son esprit partisan. Une autre concerne son aisance indéniable durant cette entrevue.
Fareed Zakaria est un journaliste sérieux. Pour lui, l'économie et l'Afghanistan ne sont pas des jeux mais des questions d'intérêt américain. En tant que joueur significatif à Washington, M. Zakaria a invité M. Harper à son émission parce qu'il a voulu que les Américains entendent des points de vue qu'il partage, dans une grande mesure. Il ne s'agissait donc pas de créer une manchette ou une polémique politique, comme ce fut encore le cas au Canada. Et le premier ministre ne l'a pas déçu...
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nspector@globeandmail.cas
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
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