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La crise économique a transformé le pouvoir en pomme empoisonnée d'un bout à l'autre du Canada. D'Ottawa à Queen's Park en passant par Québec et Victoria, il n'a jamais fait aussi bon être chef de l'opposition officielle. À la Chambre des communes, chaque jour apporte à l'opposition une nouvelle récolte de fruits pourris à lancer au gouvernement. Elle n'a qu'à se pencher pour les cueillir à temps pour la période des questions.
Le premier ministre Stephen Harper a exagéré la semaine dernière quand il a affirmé que les partis d'opposition n'avaient rien de constructif à apporter à la sortie de crise économique. Sans l'appui libéral à son budget, son gouvernement conservateur ne serait même plus au pouvoir. Pour autant, l'opposition libérale a été plutôt avare de propositions de rechange. Son plan de relance économique est le secret le mieux gardé au Canada.
Michael Ignatieff a beau parler de bipartisme au nom de l'intérêt supérieur du Canada, au quotidien, il se comporte comme un sauveteur qui, sous prétexte d'assister un homme à la mer, lui lancerait systématiquement des bouées de sauvetage sur la tête.
***
Dans l'immédiat, les résultats sont néanmoins concluants. Moins de six mois après une défaite historique, le PLC est de nouveau dans la course pour le pouvoir. Ce revirement tient beaucoup au fait que Michael Ignatieff est à la bonne place au bon moment.
La preuve en est dans les provinces où la crise avantage également l'opposition. En Colombie-Britannique où les élections sont tenues à date fixe, le gouvernement du premier ministre libéral Gordon Campbell affrontera obligatoirement l'électorat en mai et il y a fort à parier que ce sera une des campagnes les plus surveillées par la classe politique.
M. Campbell sera en effet le premier chef de gouvernement au Canada à devoir aller aux urnes sur fond de retour aux déficits budgétaires. Dans les circonstances, la traversée du désert du NPD en Colombie-Britannique pourrait prendre fin le jour du vote. Simultanément, à l'autre bout du pays, le ralentissement économique fragilise le gouvernement minoritaire conservateur de la Nouvelle-Écosse et pourrait ouvrir la voie au premier gouvernement néodémocrate des Maritimes.
En Alberta, le gouvernement du premier ministre Ed Stelmach a vu ses formidables redevances énergétiques dégringoler et ses brillants bilans budgétaires s'estomper. À cela s'ajoute un immense défi de relations publiques pour garder à flot la réputation de plus en plus malmenée des sables bitumineux.
En Ontario, le chef du Parti conservateur, John Tory, donné pour mort depuis sa défaite en 2007, pourrait au contraire sortir du tombeau plus tard cette semaine. Sa victoire à des élections complémentaires dans une circonscription rurale réputée sûre pour sa formation, jeudi, lui permettrait de mettre fin à un an et demi d'absence forcée de la Législature ontarienne et de se remettre en piste pour le poste de premier ministre.
Aux prises avec le déclin accéléré de l'industrie automobile qui constitue le fondement de l'économie ontarienne, le gouvernement de Dalton McGuinty se prépare à afficher des déficits plusieurs fois plus élevés que celui des autres provinces, ce qui laisse présager des lendemains électoraux pénibles pour les libéraux de l'Ontario.
***
Et le Québec dans tout cela? Parmi les premiers ministres, aucun ne dispose d'un horizon aussi long pour affronter la crise économique que Jean Charest. Il ne doit pas se passer une journée sans qu'il se félicite d'avoir forcé la tenue d'élections hâtives à l'automne. S'il avait repoussé le scrutin à 2009, il serait vraisemblablement en train de réviser son CV en vue d'une éventuelle carrière dans le secteur privé.
À terme, le contexte actuel favorise néanmoins un retour du balancier vers l'opposition. À moins qu'une grosse pointure ne se porte volontaire pour mettre l'ADQ à sa main, ce mouvement favorise par défaut le Parti québécois aux prochaines élections.
Si l'économie continue de tourner au vinaigre, Jean Charest et Dalton McGuinty ne seront presque certainement pas partants pour une autre campagne électorale. Ni l'un ni l'autre n'entend boucler sa carrière de premier ministre sur une défaite. Et à Ottawa, la prochaine campagne fédérale — que plusieurs situent dans un horizon d'une douzaine de mois — pourrait être suivie par un renouvellement du leadership de deux, trois ou même quatre partis.
La montée du NPD aux deux extrémités du pays; l'affaiblissement de la dynastie conservatrice en Alberta; le retour potentiel des conservateurs à Queen's Park et le départ éventuel de ceux d'Ottawa; un changement de classe politique à la Chambre des communes et dans les trois principales provinces et le retour possible des souverainistes au pouvoir au Québec: la crise économique actuelle pourrait entraîner la plus importante reconfiguration de la scène politique canadienne depuis les épisodes constitutionnels des années 90.
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chebert@thestar.ca
Chantal Hébert
est columnist politique
au Toronto Star.
Le premier ministre Stephen Harper a exagéré la semaine dernière quand il a affirmé que les partis d'opposition n'avaient rien de constructif à apporter à la sortie de crise économique. Sans l'appui libéral à son budget, son gouvernement conservateur ne serait même plus au pouvoir. Pour autant, l'opposition libérale a été plutôt avare de propositions de rechange. Son plan de relance économique est le secret le mieux gardé au Canada.
Michael Ignatieff a beau parler de bipartisme au nom de l'intérêt supérieur du Canada, au quotidien, il se comporte comme un sauveteur qui, sous prétexte d'assister un homme à la mer, lui lancerait systématiquement des bouées de sauvetage sur la tête.
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Dans l'immédiat, les résultats sont néanmoins concluants. Moins de six mois après une défaite historique, le PLC est de nouveau dans la course pour le pouvoir. Ce revirement tient beaucoup au fait que Michael Ignatieff est à la bonne place au bon moment.
La preuve en est dans les provinces où la crise avantage également l'opposition. En Colombie-Britannique où les élections sont tenues à date fixe, le gouvernement du premier ministre libéral Gordon Campbell affrontera obligatoirement l'électorat en mai et il y a fort à parier que ce sera une des campagnes les plus surveillées par la classe politique.
M. Campbell sera en effet le premier chef de gouvernement au Canada à devoir aller aux urnes sur fond de retour aux déficits budgétaires. Dans les circonstances, la traversée du désert du NPD en Colombie-Britannique pourrait prendre fin le jour du vote. Simultanément, à l'autre bout du pays, le ralentissement économique fragilise le gouvernement minoritaire conservateur de la Nouvelle-Écosse et pourrait ouvrir la voie au premier gouvernement néodémocrate des Maritimes.
En Alberta, le gouvernement du premier ministre Ed Stelmach a vu ses formidables redevances énergétiques dégringoler et ses brillants bilans budgétaires s'estomper. À cela s'ajoute un immense défi de relations publiques pour garder à flot la réputation de plus en plus malmenée des sables bitumineux.
En Ontario, le chef du Parti conservateur, John Tory, donné pour mort depuis sa défaite en 2007, pourrait au contraire sortir du tombeau plus tard cette semaine. Sa victoire à des élections complémentaires dans une circonscription rurale réputée sûre pour sa formation, jeudi, lui permettrait de mettre fin à un an et demi d'absence forcée de la Législature ontarienne et de se remettre en piste pour le poste de premier ministre.
Aux prises avec le déclin accéléré de l'industrie automobile qui constitue le fondement de l'économie ontarienne, le gouvernement de Dalton McGuinty se prépare à afficher des déficits plusieurs fois plus élevés que celui des autres provinces, ce qui laisse présager des lendemains électoraux pénibles pour les libéraux de l'Ontario.
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Et le Québec dans tout cela? Parmi les premiers ministres, aucun ne dispose d'un horizon aussi long pour affronter la crise économique que Jean Charest. Il ne doit pas se passer une journée sans qu'il se félicite d'avoir forcé la tenue d'élections hâtives à l'automne. S'il avait repoussé le scrutin à 2009, il serait vraisemblablement en train de réviser son CV en vue d'une éventuelle carrière dans le secteur privé.
À terme, le contexte actuel favorise néanmoins un retour du balancier vers l'opposition. À moins qu'une grosse pointure ne se porte volontaire pour mettre l'ADQ à sa main, ce mouvement favorise par défaut le Parti québécois aux prochaines élections.
Si l'économie continue de tourner au vinaigre, Jean Charest et Dalton McGuinty ne seront presque certainement pas partants pour une autre campagne électorale. Ni l'un ni l'autre n'entend boucler sa carrière de premier ministre sur une défaite. Et à Ottawa, la prochaine campagne fédérale — que plusieurs situent dans un horizon d'une douzaine de mois — pourrait être suivie par un renouvellement du leadership de deux, trois ou même quatre partis.
La montée du NPD aux deux extrémités du pays; l'affaiblissement de la dynastie conservatrice en Alberta; le retour potentiel des conservateurs à Queen's Park et le départ éventuel de ceux d'Ottawa; un changement de classe politique à la Chambre des communes et dans les trois principales provinces et le retour possible des souverainistes au pouvoir au Québec: la crise économique actuelle pourrait entraîner la plus importante reconfiguration de la scène politique canadienne depuis les épisodes constitutionnels des années 90.
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Chantal Hébert
est columnist politique
au Toronto Star.
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