jeudi 24 mai 2012 Dernière mise à jour 20h32
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Évaluation environnementale - Ottawa exigera dix fois moins d'études d'impacts

Louis-Gilles Francoeur   16 février 2009  Canada
La haute direction de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACEE) estime que le projet de loi annoncé par les conservateurs pour neutraliser la loi actuelle va faire passer de quelques milliers à seulement 200 à 300 le nombre d'études d'impacts exigées chaque année pour des projets majeurs en vertu des règles fédérales.

C'est ce qui ressort des 20 diapositives présentées au personnel de l'agence fédérale les 20 et 21 janvier dernier pour lui dévoiler le contenu de la future loi sur l'évaluation environnementale, une présentation dont le Sierra Club du Canada a obtenu copie, que Le Devoir a pu consulter.

Le Devoir révélait en janvier qu'Ottawa entendait notamment soustraire au processus fédéral d'évaluation environnementale tous les projets d'infrastructures de moins de 10 millions, ce que l'énoncé budgétaire devait confirmer. Selon nos sources, il s'agit d'une demande formulée par plusieurs maires importants qui veulent pouvoir construire routes, autoroutes, ponts et canalisations, remblayer les milieux humides et modifier le tracé des cours d'eau sans débat public houleux sur les impacts environnementaux des infrastructures envisagées pour créer des emplois temporaires rapidement.

Vendredi, le ministre fédéral des Infrastructures, John Baird, qui était auparavant ministre de l'Environnement, a déclaré que les amendements en préparation allaient réduire de «90 %» le nombre d'études d'impacts exigées par la réglementation fédérale parce qu'Ottawa entend s'en tenir dans la plupart des cas aux seules évaluations environnementales faites par les provinces. On ne sait pas cependant si les provinces devront évaluer les impacts environnementaux découlant des compétences fédérales, ce qu'elles ne font pas généralement.

Les chiffres du ministre Baird semblent correspondre à la réalité, car le dernier rapport de l'ACEE précise, par exemple, qu'Agriculture et Agroalimentaire Canada a mené à elle seule 2134 examens préalables en 2008, qu'Environnement Canada en a fait 32 et Parcs Canada, quelque 278.

Droit incertain à la navigation

D'autre part, le gouvernement Harper a annoncé dans son dernier budget qu'il modifierait aussi la Loi des Pêches, peut-être la plus stratégique en matière de protection de l'environnement. Mais on ne connaît pas encore les «allégements» qu'envisage le gouvernement conservateur dans ce domaine. La Loi des Pêches est une loi «gâchette», qui déclenche souvent le processus d'évaluation environnementale puisqu'elle interdit aux promoteurs de nuire à l'habitat des poissons ou de réduire la productivité des cheptels aquatiques. Dès qu'un projet est susceptible d'avoir des impacts sur les poissons, le processus s'enclenche.

Une autre loi est elle aussi dans le collimateur des conservateurs, mais celle-là est en voie d'être modifiée dans les prochains jours parce qu'elle fait partie intégrante du budget en voie d'autorisation finale. Les libéraux, qui se posent en champion de l'environnement, ont aussi voté avec les conservateurs pour modifier la Loi canadienne sur les eaux navigables, qui garantit aux autochtones et aux autres Canadiens un droit reconnu bien avant la Constitution, soit celui de naviguer en toute liberté sur toutes les eaux du pays.

Cette loi, qui relève directement du ministre John Baird, remplacera la plupart des garanties de navigabilité par des décisions discrétionnaires du ministre. Les amendements inscrits dans le budget créent des «catégories» d'ouvrages que l'on pourra construire dans les cours d'eau en même temps qu'ils créent des catégories de cours d'eau navigables pour déterminer lesquels seront protégés ou non par la loi.

En remplacement des critères objectifs de l'actuelle loi, le ministre des Transports pourra déterminer en tout temps les critères utilisés pour déterminer si un cours d'eau est navigable ou non ou si un ouvrage interfère ou non avec la liberté de navigation. Les amendements introduits par les conservateurs, dont les libéraux n'ont pas exigé la disparition puisqu'il ne s'agissait pas de mesures budgétaires à proprement parler, font aussi disparaître la liste des obstacles à la navigation reconnus par l'ancienne loi, soit les ponts, les routes, les barrages et les allingues qui retiennent les billots sur les rivières. Le ministre tranchera à l'avenir.

Une loi embarrassante

Selon la présentation faite au personnel de l'ACEE, la loi actuelle sur l'évaluation environnementale est à la fois trop limitée et trop rigide, ce qui expliquerait pourquoi les conservateurs veulent la modifier «aussitôt que possible» et non en 2010, selon son calendrier de révision cyclique.

Parmi les défauts que l'on attribue à cette loi, les conservateurs sont d'avis qu'elle intervient trop tard dans la préparation des projets, qu'elle ne cible pas les enjeux environnementaux véritables, qu'elle est trop complexe sur le plan administratif, qu'elle englobe trop de petits projets et qu'elle met l'accent davantage sur le processus que sur l'environnement.

Avec le nouveau projet de loi, l'agence fédérale pourra donner le feu vert à un promoteur sans évaluation environnementale si son projet ne se retrouve pas dans la liste des projets réglementés. Deux autres organismes pourront aussi autoriser directement des projets dans leur secteur et les soustraire aux études d'impacts, soit la Commission canadienne de sûreté nucléaire et l'Office national de l'énergie, deux organismes à vision industrielle prépondérante.

Ottawa va aussi inverser les règles du jeu en matière d'évaluation environnementale: jusqu'ici, tout était assujetti à la loi sauf les projets exclus par règlement. Désormais, tous les projets seront dispensés d'évaluation environnementale sauf ceux nommément cités dans la réglementation. Mais même ceux-là pourront être soustraits à une évaluation de leurs impacts si l'agence estime qu'ils ne sont pas importants, si le gouvernement décide de les exempter par décision politique, s'il s'agit de dossiers dont les paramètres sont déjà connus ou couverts par une évaluation stratégique antérieure, etc.

L'agence déposera un projet de décision dans ces différents dossiers, que le public pourra commenter. Auparavant, la confection de ce bilan était le résultat d'une consultation publique. Enfin, l'agence pourra imposer des conditions à un promoteur, et le ministre fédéral de l'Environnement aura en tout temps le pouvoir discrétionnaire de déclencher une audience publique si le sujet est trop chaud politiquement.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Normand Desjardins - Abonné
    16 février 2009 00 h 48
    Pus capable!
    À combien d'années en arrière va nous ramener le gouvernement Harper? Et en plus, du fait de la complexité du sujet et du ras-le-bol généralisé de la population pour la question environnementale et de son impact "négatif" sur l'économie, les libéraux vont appuyer silencieusement ce recul écologique.

    Bon Dieu, que c'est exaspérant. Quand le fédéral donne l'exemple aux petites municipalités, comme Nominingue et ses projets de méga-hôtels sur le bord de l'eau, que les études d'impacts c'est superflu, on est pas sorti du bois.

    Décidemment, les petits politiciens capitalistes sont les pires ennemis de la planète.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Corbeil - Abonné
    16 février 2009 07 h 05
    honte
    J'ai encore un peu plus honte d'être Canadien.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Alain Cossette - Inscrit
    16 février 2009 08 h 02
    À Québec de faire son travail
    Faute d'avoir une coalition politique Libérau-conservateur à Ottawa favorable à l'environnement, Québec devra prendre la relève et faire le travail d'Ottawa. Donc, jouer le rôle d'un pays souverain
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jocelyne Brunet - Inscrite
    16 février 2009 08 h 43
    Le Canada : un pays à piller
    Les Conservateurs continuent de détruire le Canada et de salir son image internationale un peu plus chaque jour. Et nous restons là, les bras ballants, incapables de nous débarrasser de cette bande d'abrutis à la tête du pays. Quel beau gâchis!

    Jocelyne Brunet
    Gatineau
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Richard Gauthier - Inscrit
    16 février 2009 09 h 33
    Dernier de leurs soucis l'environnement.
    Sur quelle planète vivent-ils ces con,,,servateurs? Ils se ferment les yeux devant une des plus grande catastrophes environnementales que sont les sables bitumineux. Un peu de plumes et de goudron et ça presse, pour déloger ces gens qui ont une idéologie des années 1900. C'est désolant.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Beaulé - Inscrit
    16 février 2009 10 h 08
    Silence, on pollue!
    Quand c'est le temps de se mêler des compétences provinciales les gros souliers du fédéral ne se font pas attendre en général pour tout piétiner sur leur passage. Pourtant quand il s'agit d'environnement la troupe de Steven veut s'effacer.
    Il y a pourtant un sujet autour duquel la plupart des Canadiens sont en accord d'un océan à l'autre et c'est la protection de l'environnement.
    Devrons-nous mettre sur pieds une vigile sociale afin de protéger l'environnement au pays? Il semble bien que ce soit le cas parce notre propre gouvernement préfère laisser ses copains aux poches pleines salir notre environnement.
    On devrait aller puiser dans le lac de résidus de l'Athabaska, qui empoisonne les résidants à des centaines de kilomètres à la ronde, et faire cadeau de quelques barils de cette mixture toxique à Steven.
    On devrait appeler cette vigile "Environnement Canada" et on se chargerait de dénoncer les horreurs que notre ministère canadien de l'environnement ne veut pas voir.

    Claude Beaulé, ing.

    Vertal inc.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Thomas Baillargeon - Inscrit
    16 février 2009 10 h 10
    Les nouveaux américains...
    en espérant que les gens ne rient pas de nous comme on a longtemps ri des américains. "Merci" au gouvernement Harper pour nous apporter des politiques autant rétrogrades et sans cohérence avec les désirs des canadiens.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Frederic Fradette - Abonné
    16 février 2009 10 h 39
    Manque de vision et de connaissances
    Encore une fois le gouvernement Harper envoie ses ordures dans la cour de ses enfants, car ce sont eux qui seront pris avec les problèmes et qui devront payer pour les régler, payer car bien sur la pollution a un prix. C'est un grand manque de vision de la part du gouvernement alors que les autres pays mise sur les technologies vertes pour relancer leur économie. Alors que Paul Martin était au pouvoir une étude mené par les chercheurs du gouvernement avait démontré que si l'on aurait respecté les objectifs du protocole de Kyoto, en comptant les emplois perdus et les nouveaux créés, on obtiendrait au minimum 100 000 emplois de plus au Canada.

    Exemple de bonne conduite environnementale :
    Une usine de la compagnie Ford au État-Unis a construit il y a quelques années une nouvelle usine sur laquelle il ont construit un toit vert. Ce toit sur lequel pousse des plantes protège la structure contre les dommages liés à la rigueur du climat, augmentant ainsi sa durée de vie utile. Ce toit filtre et absorbe l'eau de pluie de façon naturelle ce qui dispense la compagnie d'installer un système de filtration des eau de pluie. Au total on a une usine plus verte dont la structure sera plus durable et dont les coût de construction seront réduit de 25 millions. Cet exemple comme bien d'autre démontre que contrairement à ce que pense Stephen Harper la défense et la protection de l'environnement n'est pas un frein à l'économie si on sait profiter des opportunités
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Simone FABRE - Abonné
    16 février 2009 11 h 59
    Resterons nous passifs?
    Il serait bon, que chacun d'entre nous qui voulons réagir, envoyons la chronique de Louis Gilles Francoeur, avec nos réactions réciproques à
    Monsieur le Chef de l'Opposition à <ignaM@parl.qc.ca> merci
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Steve Michaud - Inscrit
    16 février 2009 12 h 49
    Bonne nouvelle, le fédéral n'a pas d'affaires là-dedans !
    Pour répondre aux commentaires ci-dessous, ce n'est pas une question de protection de l'environnement, mais plutôt d'ingérence fédérale. Le gouvernement fédéral ne devrait pas réaliser des évaluations environnementales lorsque les provinces et/ou municipalités en font. Cette ingérence dans les affaires provinciales et municipales doit cesser. Le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a justement dénoncé ce problème récemment. Le fédéral retarde énorméments de projets avec ses exigences. Lorsqu'il est question d'infrastructues provinciales et municipales, Ottawa devrait transférer l'argent sans condition. C'est de l'argent qui n'aurait pas dû être récolté par Ottawa en premier lieu.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Fernand Trudel - Abonné
    16 février 2009 15 h 54
    Dix fois moins d'argent de gaspillé
    Dix fois moins d'argent de gaspillé. Des études pour remplir les goussets des groupes écolos, on en a marre.

    Il y en a qui se sont fait un métier de faire des études pour comparer les études et de faire des BAPE pour y déposer les études et alimenter les débats interminables. On a vu ça avec Stdney Steel au Cap-Breton. Pendnant trenete ans et aprèes 5 FÀBAPE, les écolos réclamaient encore des étuides. Ils ont même manifesté lors de l'annonce officiellement par les gouvernements du Canada et de la Nouvelle-Écosse du début des travaux de dépollution du site en janvier 2007.

    Ce sont les alarmistes qui demandaient d'agir vite pour sauver la planète et là ils sont prêts à ralentir les gestes qui vont en ce sens pour étudier encore. Ils n'ont pas fait assez d'argent...

    Conntinuez à étudier mais de grâce pas avec les fonds publics. L'économie est assez chancelante pour arrêter de jouer dans la dentelle d'un groupe minoritaire d'activistes de la pensée unique et qui récolte qu'un volume marginal de votes.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Réal Ouellet - Abonné
    16 février 2009 18 h 35
    Un dédoublement de moins
    Tant mieux si le fédéral se retire. On devrait applaudir. De toute façon parrtout où Harper met la main, on recule de 100 ans...Avec l'intérêt que porte ce gouvernement à l'environnement, c'est le temps de prendre en main ce volet de nos affaires.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Chryst - Abonné
    19 février 2009 17 h 22
    Fédéralisme encore utile ?
    Si le gouvernement fédéral ne protège plus la santé de ses concitoyens ou de son environnement et qu'il n'a plus que son armée pour justifier sa politique étrangère agressive, il faut se demander à quoi il peut encore servir.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
13 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012