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Le triangle Obama-Harper-Ignatieff

Chantal Hébert   16 février 2009  Canada
La visite éclair jeudi du président Barack Obama à Ottawa donnera-t-elle un nouveau souffle à la relation canado-américaine, et, par ricochet, au gouvernement de Stephen Harper?

Ce qui est certain, c'est que le front canado-américain offre au premier ministre sa dernière meilleure chance de recentrer son second mandat autour d'un chantier digne de ce nom. Sur tous les autres fronts, la combinaison de deux crises, parlementaire et économique, a eu raison de son élan.

Il n'est guère de principes conservateurs sur lequel le gouvernement n'ait été forcé de marcher ces derniers mois. La présence de 18 sénateurs nommés à la Chambre haute et le retour en force des déficits budgétaires en témoignent.

Ceci expliquant cela, Stephen Harper n'a jamais autant eu l'air d'un premier ministre qui se cherche que depuis la rentrée parlementaire. Il y a du flottement dans les rangs de sa formation; certains ont commencé à faire publiquement le deuil de son leadership.

***

Dans des circonstances analogues, en 1986, Brian Mulroney avait redonné de l'élan à son gouvernement en lançant le projet de traité de libre-échange canado-américain. Certains des architectes de l'opération ont repris du service en vue de la visite du président Obama et le gouvernement a abondamment télégraphié ses intentions en prévision de l'événement.

Comme le répétait le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, encore la semaine dernière, on rêve, dans les officines fédérales, d'arrimer autosuffisance énergétique nord-américaine et lutte contre les changements climatiques dans le cadre d'un nouveau partenariat Canada-États-Unis.

C'est un vaste programme pour un premier ministre dont l'espérance de vie politique se calcule sans doute en mois plutôt qu'en années et dont le principal interlocuteur est mobilisé, comme lui, par une tourmente financière d'une ampleur historique.

Contrairement à Brian Mulroney, Stephen Harper n'a pas le luxe d'un horizon de deux ou trois ans pour exécuter son projet. Par contre, il dispose de deux atouts sur lesquels son prédécesseur ne pouvait pas compter.

Le premier, c'est l'immense popularité canadienne du président Obama, susceptible d'ouvrir bien des esprits, normalement fermés à toute proposition émanant d'un gouvernement fédéral conservateur et impliquant les États-Unis.

L'autre, c'est la présence à la tête du Parti libéral du chef le plus pro-américain de l'histoire récente de cette formation. Cette dernière donnée constitue une rupture importante par rapport au passé.

Au Canada, le courant pro-américain est minoritaire et c'est un euphémisme de dire que le Parti libéral du Canada, dans son incarnation moderne, n'y a jamais été associé.

En 1988, John Turner avait pris les armes contre le traité canado-américain de Brian Mulroney. David Peterson, le premier ministre libéral de l'Ontario de l'époque, et les forces vives du parti dans cette province avaient joué un rôle central dans la campagne anti-libre-échange.

En 1993, Jean Chrétien était arrivé au pouvoir en promettant de renégocier l'ALENA et en insistant sur sa volonté d'instaurer davantage de distance entre son bureau et la Maison-Blanche. Ces deux engagements, qui n'ont finalement pas survécu au test de la réalité, témoignent néanmoins de l'humeur libérale ambiante envers les États-Unis.

Dix ans plus tard, la décision de ne pas participer à la guerre en Irak a fait consensus au sein du PLC bien avant de faire consensus dans l'électorat. Deux ans plus tard, Paul Martin renonçait à participer au bouclier antimissile américain sous les pressions de la base militante libérale.

De tous les attributs de Michael Ignatieff, ses atomes crochus avec les États-Unis et l'ouverture qui en résulte sont ce qui le distingue le plus de ses prédécesseurs. Il a même ses entrées à la Maison-Blanche, ce que Stephen Harper n'a jamais eu, même du temps de George W. Bush.

***

De passage à Montréal en janvier, M. Ignatieff a lourdement insisté sur l'importance stratégique des sables bitumineux de l'Alberta pour le Canada. Devant les étudiants au MBA des HEC, il les a décrits comme un atout majeur dans la manche du Canada par rapport aux États-Unis et un élément susceptible de changer le rapport de force entre les deux pays. C'est une déclaration qui ne serait jamais sortie de la bouche de Stéphane Dion. Elle laisse présager une volonté, sinon de changer la culture libérale fédérale, tout au moins de réaligner cette formation dans le débat canado-américain. Dans le cabinet fantôme de Michael Ignatieff, le critique à l'environnement cumule la tâche de critique à l'énergie. David McGuinty est également le frère du premier ministre libéral de l'Ontario. Si Stephen Harper sème l'idée d'un partenariat énergie-environnement entre le Canada et les États-Unis jeudi, on peut raisonnablement s'attendre à ce que Michael Ignatieff cherche à la faire fructifier.

Et l'on ne doit pas s'attendre à ce que, sous son leadership, la coalition anti-libre-échange à forte saveur libérale de la fin des années 80 resurgisse de ses cendres pour s'y opposer.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

chebert@star.ca






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 16 février 2009 02h32
    Une entrée ratée
    « Puisque M. Ignatieff a ses entrées à la Maison Blanche, il est de moins en moins compréhensible qu'il ait refusé de s'associer à la coalition pour défaire le gouvernement Harper à l'occasion du budget. Ses petits calculs politiques, qui ont servi de base à son approbation du budget, avec l'excuse symbolique des rapports que le gouvernement Harper fournira à sa guise et selon ses humeurs, sont une erreur manifeste.

    En devenant premier ministre d'un gouvernement de coalition, ce que la gouverneure générale ne pouvait refuser après l'avis des spécialistes dans la lettre « Le Parlement est roi », il aurait fait souffler un vent nouveau dans la politique fédérale, un vent de changement à la Obama, en instaurant une véritable politique démocratique.

    La petite politique partisane l'a emporté et les entrées de M. Ignatieff à la Maison Blanche ne lui garantissent aucunement une entrée à la résidence du Premier ministre du Canada. Ignatieff a raté son entrée, non seulement comme Premier ministre, mais comme acteur novateur de la scène politique canadienne. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 16 février 2009 07h36
    Facile de comparer M. Ignatieff à M. Harper
    « M. Harper ne fait pas et ne fera le poids devant M. Ignatieff, à la prochaine élection : La rigidité contre la flexibilité, l'ennuyant personnage contre le charisme incarné, le pollueur contre le chef préoccupé par l'environnement etc.

    Pas difficile, pour un fédéraliste, de savoir comment voter sauf s'il est de gauche et pacifiste, le NPD qui n'étant pas prêt de gagner une élection, est-ce qu'il devrait voter "stratégiquement" Libéral ? »

  • Marcel Arseneau
    Inscrit
    lundi 16 février 2009 08h06
    Brillante analyse des relations Canada-États-Unis
    « Heureusement que nous avons des personnes comme Chantal Hébert qui sont capables de faire l'analyse des relations entre notre pays et nos voisins du sud. M. Ignatieff doit être fort heureux de se voir le chef de l'Opposition officielle à Ottawa avec la situation économique qui règne non seulement en Amérique du Nord mais partout dans le monde. Il pourra prendre le pouvoir lorsque l'économie aura fait un regain et on dira que les libéraux ont contribué à remettre le pays sur la bonne voie.
    Marcel Arseneau, Campbellton, NB »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    lundi 16 février 2009 08h39
    Garder ses distances!
    « Ignatieff a bien fait de se retirer de la Coalition. Cette hypothèse ne tenait tout simplement pas la route de la realpolitk. Quant au leader libéral, il devra tenir ses distances du président américain, chaque pays(États-Unis, Canada) étant souverain et ayant à l'occasion des intérêts distincts. Mieux vaut garder ses distances que d'imiter la théorie des "chums" de Mulroney. »

  • JM
    Abonné
    lundi 16 février 2009 09h58
    Votre analyse est à la hauteur d'un pays qui se veut démocratique, comme le Canada.
    « Toujours un plaisir de lire vos judicieux propos. Vous êtes d'une rigueur imparable. D'accord ou pas, il reste tout de même que j'ai toujours une grande admiration pour vous.

    Jacques Morissette (montréal) »

  • Richard Brin
    Inscrit
    lundi 16 février 2009 10h27
    ignatieff
    « je ne sais pas pourquoi mais je me méfie d'ignatieff. c'est viscéral. richard brin ste-adèle »

  • loiselet
    Abonné
    lundi 16 février 2009 11h33
    Et la pollution, Chantale?
    « Et qu'en est-il, Chantale, des dangers mortels du pétrole dans l'environnement et du fait que cette énergie n'aura plus d'avenir dans une société civilisée? Vous ne l'avez pas mentionné.
    À quand la générosité, "l'humanisme" des pétrolières qui injecteront un fort pourcentage des profits accumulés (ou excédetaires) dans la recherche d'énergies mixtes ou de remplacement au carburant néfaste? »

  • Nicole Savoie
    Inscrite
    lundi 16 février 2009 12h13
    Le vouvoiement svp
    « M. Loiseau, Loiselet,

    La langue française met à notre disposition dans la relation interpersonnelle une instance marquant la politesse et la distance. C'est le vous. D'une très grande richesse ce pronom indique le respect et évite la familiarité déplacée envers des interlocuteurs avec lesquels nous n'entretenons pas de liens personnels. Les femmes y compris.

    Nicole Savoie
    Montréal »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    lundi 16 février 2009 15h44
    Monsieur Loiseau a une courte vue
    « Mnsieur Loiseau aime crier au loup mais n'est pas là pour décider. Il oublie de penser que le gouvernement du Canada qu'il conspue constamment, fait des choses pour capter la source le CO2 si essentiel à son bonheur et celui de ses semblables accrochés aux subventions étatiques. Cet argent provient des redevances de cette exploitation au même titre que nos impôts. Si on n'avait pas cette source de revenus, faudrait taxer plus et on serait peut-être aussi mal pris que notre voisin du sud. C'est vrai que pour un anticapitaliste, c'est le nirvana de surtaxer et de tout socialiser...

    Oui, ce gouvernement Harper fait des gestes concrets pour l'environnement. Mais au nom de l'environnement on ne peut stopper toute activité économique qui sont sources d'énergies. Ce n'est sûrement pas l'éthanol qui affame le monde et est une composante importante de la crise financière actuelle qui va remplacer l'énergie fossile. Nous avons plusieurs décennies devant nous pour trouver des alternatives, cessez de crier, on vous a entendu. Mais nous n'irons pas ébaucher des alternatives à la hâte, sinon nous serons devant un cul-de-sac énergétique. Mais aàsavez-vous que les réserves de ces sables bitumineux assure le Canada d'une AUTONOMIE énergétique pour les prochaines 250 ans. DÉpêchons vite de nous en séparer et on sera dépendant d'étrangers comme la Russie.

    Entretemps, le gouvernement Harper a placé ses billes dans la capture du carbone à la source et continue en ajoutant dans le dernier budget 600 millions au programme I-Can. Voici l'annonce du gouvernement Harper en mars 2007, ou étiez-vous Monsieur Loiseau ???


    Le nouveau gouvernement du Canada investit dans la recherche sur la capture du carbone et produit des résultats concrets sur les réductions des gaz à effet de serre

    Le 12 mars 2007

    CALGARY - Le ministre des Ressources naturelles, l'honorable Gary Lunn, de concert avec les partenaires d'Innoventures Canada (I-CAN), a annoncé aujourd'hui, à l'Economic Club de Calgary, le financement d'un projet de création du Centre I-CAN pour la conversion du dioxyde de carbone (CO2).

    Sous la direction de l'Alberta Research Council, du Saskatchewan Research Council, de l'Industrial Technology Centre du Manitoba et du Centre de recherche industrielle du Québec, le Centre I-CAN pour la conversion du dioxyde de carbone (CO2) permettra de mettre au point des réseaux de microalgues qui auraient la capacité de capter jusqu'à 100 millions de tonnes de CO2 provenant des industries, telles que les usines alimentées au charbon et les projets d'exploitation des sables bitumineux. L'algue, une source précieuse de biomasse, pourra ainsi être transformée en une gamme de produits industriels et de sous-produits comme le gaz naturel renouvelable, l'hydrogène et les biocombustibles.

    « Ce projet est un exemple probant de l'engagement de notre gouvernement à trouver des nouveaux projets prometteurs qui aideront le Canada à acquérir une meilleure compréhension de la capture, du stockage et de l'utilisation du carbone, de déclarer le ministre Lunn. Il prend appui sur nos initiatives écoÉNERGIE, dont le Groupe de travail annoncé par le premier ministre la semaine dernière. Nous sommes résolus à fournir des résultats concrets aux Canadiens et à réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

    Ressources naturelles Canada (RNCan) verse des fonds de 100 000 $ pour la première phase du projet. Le financement de RNCan appuiera les principales fonctions de recherche et développement et les études de définition, contribuant ainsi à l'élaboration d'une analyse de rentabilisation pour une installation pilote intégrée.

    « En réunissant un groupe important d'experts venant de partout au Canada, I-CAN est le véhicule choisi pour entreprendre des projets complexes de grande envergure qui aideront l'économie canadienne à innover, à se développer et à prospérer, d'affirmer John McDougall, président-directeur général de l'Alberta Research Council et président du conseil d'administration d'I-CAN. Nous sommes très heureux de voir le gouvernement fédéral se joindre à nous dans cet important projet, qui constituera un progrès de plus pour trouver des façons innovantes de réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

    I-CAN est le mécanisme qui allie les ressources de l'industrie, des gouvernements et des organismes de recherche pour diriger de grands projets de recherche et développement au Canada. Les partenaires financiers d'I-CAN pour ce projet comprennent : Shell Canada Limitée, Epcor Utilities Inc., Graymont, RNCan et le gouvernement de l'Alberta.

    Fin du communiqué du gouvermnement du Canada

    Je me rappelle que le Journal de Québec a publié le 13 juillet 2008 en page 26, un reportage d'une page de l'INRS sous le titre évocateur : LE CO2 TRANSFORMÉ EN CARBURANT PROPRE.

    Vous n'avez sûrement pas lu ce publi-reportage de l'INRS dans le cadre du projet I-CAN.

    Par la suite, Vivian Song, ardente écolo, a repris le 10 août 2008 dans le même journal en page 15, une pleine page de l'article de l'INRS sous le titre : 'Les algues comme carburant propre"

    Encore là, les alarmistes qui démonisent le gouvernement Harper "ad nauséam" ont ignoré cette nouvelle pourtant provenant de l'une des leurs. C'est plus facile de crier au loup et comme Monsieur Loiseau avoir une courte vue, juste celle qui fait notre affaire dans un prisme vert... »

  • loiselet
    Abonné
    lundi 16 février 2009 20h03
    @ Madame Savoie
    « J'ai été bien éduqué et j'ai respect, amour et admiration pour la femme. Je lis tous les édito de Mme Hébert avec respect mais j'avais un peu perdu mon calme en constatant qu'elle semblait, par son mutisme, cautionner la pollution au profit du big business. Ça me chagrine toujours. il n'y en a que pour la promotion du pétrole, partout. C'est la vache à lait mais c'est très dangereux.
    Je vous félicite pour votre esprit batailleur et honnête
    "La femme est l'avenir de l'homme" et Mme Hébert, l'experte consultée partout.
    Vous aviez raison, madame Savoie. »

  • loiselet
    Abonné
    lundi 16 février 2009 20h13
    @l'aimable monsieur Trudel
    « Cher monsieur, je suis confondu encore une fois par votre argumentation passionnée et par votre fougue à défendre les plus forts.
    Cependant, grâce à votre confiance sans faille envers les politiques de M.Harper et à la documentation publiée, j'ai mis mes lunettes et il m'a fait plaisir de connaître votre préoccupation pour l'écologie et votre bonheur envers les progrès scientifiques qui appuient vos espoirs et les miens. Ce plaisir mis à part, votre grande foi en un système économique qui fait ses preuves et que vous désirez immuable et inchangeable m'empêche de manger à votre table avec grand appétit. »

  • Christopher Lackey
    Abonné
    lundi 16 février 2009 22h40
    Des parties du triangle
    « Il ne serait pas réaliste de m'attendre d'être d'accord avec chaque déclaration ou propos émettant du chef de l'opposition. Mais ce qu'il est en train de faire, se rendre dans des divers régoins du pays, y compris celles ou son parti ne jouit pas d'une très grande popularité, pour en finir avec le passé et dire des choses vraies, est un geste honnête et admirable. Et je vois que cet homme est assez sage d'être à l'écoute de citoyens au lieu de la rigidité dont souffre le gouvernement actuel très entêté.
    Quant à Harper, lui, je ne vois d'où viendrait cette vague acclablant de soutien pour les conservateurs. Il n'aura simplement pas de quoi faire l'association dans l'esprit des canadiens entre son gouvernement et l'immense popularité de M. Obama, faute d'éxistence. »

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