Notre cousin, le président
Le président de la France a établi sa filiation: les Québécois sont la famille et les Canadiens, les amis. Or, de nos jours, les amis prennent souvent le pas sur les fratries. On ne rompt pas que ses amours, on rompt aussi avec ses frères et soeurs. À notre époque, en ce sens, pour plusieurs, la famille, ce sont les amis.
Il est triste que le président français, dont les coups de sang séduisent les uns et horripilent les autres, ait choisi la cérémonie de remise de la Légion d'honneur à Jean Charest, qui se faisait une fête et anticipait avec émotion ce moment, pour tirer à boulets rouges sur les souverainistes. D'ailleurs, il est fort regrettable que Nicolas Sarkozy confonde les Pierre Falardeau et autres fondamentalistes de l'indépendance avec les souverainistes modérés et tolérants qu'incarne le Parti québécois de Pauline Marois.
Cela étant, Nicolas Sarkozy a droit à ses opinions. Que cela déplaise ou non, il a aussi le droit légitime de parler au nom de la France. C'est lui faire insulte ici que d'expliquer son aversion pour la souveraineté du Québec en fonction des liens amicaux qui le lient à Paul Desmarais, fondateur de l'empire Power Corporation. Nicolas Sarkozy peut penser par lui-même. Il appartient d'ailleurs à une mouvance politique en rupture avec le parti du général de Gaulle. Il croit que le nationalisme-sécessionnisme est un mouvement d'arrière-garde à l'heure de la mondialisation. Il n'est ni le premier ni le seul à le penser. En France comme dans le monde.
Nicolas Sarkozy ne vibre pas au chant de la francophonie, dont il souhaiterait l'orientation plus efficace, c'est-à-dire plus axée sur l'économie, sans doute. Et pour ceux qui l'ignoreraient, le président dit tout haut, avec la langue brutale et relâchée qui est la sienne, ce que plusieurs Français pensent tout bas du Québec, mais en termes plus protocolaires. Les Québécois n'ont pas idée des conséquences que les résultats du référendum de 1995 ont eues sur les Français très nombreux qui appuyaient la cause souverainiste. À gauche comme à droite, les amis du Québec, comme ils se désignaient eux-mêmes, n'ont pas compris le refus exprimé. Certains n'ont pas saisi pourquoi le premier ministre d'alors, Jacques Parizeau, a lancé immédiatement l'éponge. «Plutôt que de mettre de l'avant ce résultat remarquable [30 000 voix de moins] en disant à ses compatriotes: "Vous avez été magnifiques. Il ne reste qu'un petit pas à franchir et nous allons y arriver", votre premier ministre a donné à penser aux Québécois, en se retirant, que la cause était perdue. Quelle erreur!» Voilà ce que m'a confié, un jour, une des personnalités françaises politiques les plus en vue et qui n'avait de cesse de nous témoigner son affection et son soutien.
C'est à partir de ce moment qu'en France la ferveur souverainiste, et plus largement l'intérêt pour le Québec, sont retombés. Comme est retombée la ferveur parmi les souverainistes blessés et douloureux après cet invraisemblable résultat. C'est ce contexte qui explique en partie le revirement actuel de la politique française en ce qui concerne le Québec. Si Nicolas Sarkozy ne connaît pas le dossier Québec, comme on le lui reproche ici amèrement, c'est que le Québec est le dernier de ses soucis et qu'il a eu vent des insultes dont il a fait l'objet lors de son passage éclair — autre indice de son désintérêt — lors du sommet de la Francophonie en août dernier.
Aujourd'hui, personne, sauf ceux qui sont dans la détestation des souverainistes, pour reprendre le mot outrancier du président, n'applaudit à sa sortie fracassante et inattendue sous les ors du palais de l'Élysée.
Ce que le président Sarkozy ignore et ce dont il devrait être conscient, c'est que le capital d'affection et le désir de maintenir des liens étroits avec la France sont plus forts chez nous, et pas seulement parmi les souverainistes, que partout sur la terre. Le premier ministre Jean Charest, certains l'ignorent, a tissé des liens étroits avec la France: il y possède un réseau prestigieux tant dans le milieu des affaires que dans celui de la politique. Notre cousin, le président, aurait pu lui épargner cette mise au point qui ne réjouit que quelques dinosaures du vieux combat «séparatisse-fédéraste» du temps où le coloré mais redoutable député de l'Union nationale, Maurice Bellemare, parlait du «P. Cul», où Pierre-Elliot Trudeau prononçait le mot «séparatisse» avec un accent nasillard très prononcé et où certains comparaient René Lévesque à Hitler. Cela notre cousin, le président, ne devrait pas l'ignorer.
Cela étant, quelle inutile tempête, ressentie essentiellement au Québec, il faut le préciser. Entre-temps, le Parti québécois est dans l'opposition pour quatre ans, l'appui à la souveraineté est en baisse et aucun référendum n'est en vue. Si le Québec était en train de voter Oui à la souveraineté, le président Sarkozy calmerait ses transports et songerait, comme il sait si bien le faire, aux intérêts de la France. Il serait trop heureux de faire entrer le second pays francophone du monde aux Nations unies. Et le reste serait oublié.
***
denbombardier@videotron.ca
Il est triste que le président français, dont les coups de sang séduisent les uns et horripilent les autres, ait choisi la cérémonie de remise de la Légion d'honneur à Jean Charest, qui se faisait une fête et anticipait avec émotion ce moment, pour tirer à boulets rouges sur les souverainistes. D'ailleurs, il est fort regrettable que Nicolas Sarkozy confonde les Pierre Falardeau et autres fondamentalistes de l'indépendance avec les souverainistes modérés et tolérants qu'incarne le Parti québécois de Pauline Marois.
Cela étant, Nicolas Sarkozy a droit à ses opinions. Que cela déplaise ou non, il a aussi le droit légitime de parler au nom de la France. C'est lui faire insulte ici que d'expliquer son aversion pour la souveraineté du Québec en fonction des liens amicaux qui le lient à Paul Desmarais, fondateur de l'empire Power Corporation. Nicolas Sarkozy peut penser par lui-même. Il appartient d'ailleurs à une mouvance politique en rupture avec le parti du général de Gaulle. Il croit que le nationalisme-sécessionnisme est un mouvement d'arrière-garde à l'heure de la mondialisation. Il n'est ni le premier ni le seul à le penser. En France comme dans le monde.
Nicolas Sarkozy ne vibre pas au chant de la francophonie, dont il souhaiterait l'orientation plus efficace, c'est-à-dire plus axée sur l'économie, sans doute. Et pour ceux qui l'ignoreraient, le président dit tout haut, avec la langue brutale et relâchée qui est la sienne, ce que plusieurs Français pensent tout bas du Québec, mais en termes plus protocolaires. Les Québécois n'ont pas idée des conséquences que les résultats du référendum de 1995 ont eues sur les Français très nombreux qui appuyaient la cause souverainiste. À gauche comme à droite, les amis du Québec, comme ils se désignaient eux-mêmes, n'ont pas compris le refus exprimé. Certains n'ont pas saisi pourquoi le premier ministre d'alors, Jacques Parizeau, a lancé immédiatement l'éponge. «Plutôt que de mettre de l'avant ce résultat remarquable [30 000 voix de moins] en disant à ses compatriotes: "Vous avez été magnifiques. Il ne reste qu'un petit pas à franchir et nous allons y arriver", votre premier ministre a donné à penser aux Québécois, en se retirant, que la cause était perdue. Quelle erreur!» Voilà ce que m'a confié, un jour, une des personnalités françaises politiques les plus en vue et qui n'avait de cesse de nous témoigner son affection et son soutien.
C'est à partir de ce moment qu'en France la ferveur souverainiste, et plus largement l'intérêt pour le Québec, sont retombés. Comme est retombée la ferveur parmi les souverainistes blessés et douloureux après cet invraisemblable résultat. C'est ce contexte qui explique en partie le revirement actuel de la politique française en ce qui concerne le Québec. Si Nicolas Sarkozy ne connaît pas le dossier Québec, comme on le lui reproche ici amèrement, c'est que le Québec est le dernier de ses soucis et qu'il a eu vent des insultes dont il a fait l'objet lors de son passage éclair — autre indice de son désintérêt — lors du sommet de la Francophonie en août dernier.
Aujourd'hui, personne, sauf ceux qui sont dans la détestation des souverainistes, pour reprendre le mot outrancier du président, n'applaudit à sa sortie fracassante et inattendue sous les ors du palais de l'Élysée.
Ce que le président Sarkozy ignore et ce dont il devrait être conscient, c'est que le capital d'affection et le désir de maintenir des liens étroits avec la France sont plus forts chez nous, et pas seulement parmi les souverainistes, que partout sur la terre. Le premier ministre Jean Charest, certains l'ignorent, a tissé des liens étroits avec la France: il y possède un réseau prestigieux tant dans le milieu des affaires que dans celui de la politique. Notre cousin, le président, aurait pu lui épargner cette mise au point qui ne réjouit que quelques dinosaures du vieux combat «séparatisse-fédéraste» du temps où le coloré mais redoutable député de l'Union nationale, Maurice Bellemare, parlait du «P. Cul», où Pierre-Elliot Trudeau prononçait le mot «séparatisse» avec un accent nasillard très prononcé et où certains comparaient René Lévesque à Hitler. Cela notre cousin, le président, ne devrait pas l'ignorer.
Cela étant, quelle inutile tempête, ressentie essentiellement au Québec, il faut le préciser. Entre-temps, le Parti québécois est dans l'opposition pour quatre ans, l'appui à la souveraineté est en baisse et aucun référendum n'est en vue. Si le Québec était en train de voter Oui à la souveraineté, le président Sarkozy calmerait ses transports et songerait, comme il sait si bien le faire, aux intérêts de la France. Il serait trop heureux de faire entrer le second pays francophone du monde aux Nations unies. Et le reste serait oublié.
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