Culture - L'art selon Harper
Le ministre des Finances, Jim Flaherty, ne s'en rend sans doute pas compte, mais son budget apporte de l'eau au moulin de ceux qui réclament à grands cris le rapatriement complet au Québec des pouvoirs et des sommes d'argent liées à la culture. Avis aux Québécois qui croient qu'à défaut d'avoir fait le choix de l'indépendance politique, ils bénéficient au moins d'une espèce de souveraineté culturelle. Le budget Flaherty montre à quel point la reconnaissance de la «nation» québécoise par la Chambre des communes à l'automne 2006 est vide de contenu. À vrai dire, ce budget met en évidence le peu de sensibilité de ce gouvernement à la culture en général, s'il l'on en juge par la réaction dépitée de la communauté artistique du ROC.
Ainsi, le budget Flaherty a-t-il annoncé la semaine dernière la création des Prix du Canada pour les arts et la créativité, dotés d'une généreuse enveloppe budgétaire de 25 millions. Le bruit qu'Ottawa a fait autour de ces prix à vocation internationale n'a d'égal que le flou de ses modalités de gestion. Il est clair toutefois qu'ils sont très précisément destinés à faire mousser le festival Luminato de Toronto, un festival d'arts multidisciplinaires qui n'existe que depuis 2007. Le Devoir a obtenu confirmation au bureau du ministre du Patrimoine, James Moore, que la «subvention» avait été débloquée à la demande expresse des
cofondateurs et promoteurs du festival, David Pecaut et Tony Gagliano, dont le projet, disent leurs communiqués, est d'inviter «les artistes de classe internationale à venir concourir pour ces prix au Canada».
Des prix qui font à juste titre grincer des dents les milieux culturels, surtout que le festival Luminato a par ailleurs touché l'année dernière 15 millions de dollars de la part du gouvernement ontarien. Leur création est d'autant plus agaçante, faut-il le souligner, qu'Ottawa a fait la sourde oreille au tollé qu'a soulevé, l'été dernier, sa décision de couper le financement, autrement plus frugal, des tournées à l'étranger des artistes canadiens et québécois de la scène. C'est absurde, mais ce n'est pas du théâtre.
Ensuite, l'initiative témoigne du réflexe «privatisateur» du gouvernement conservateur. On ne s'étonne qu'en partie de voir cette manne fédérale tomber sur Toronto: les impératifs électoraux, ce qui n'est pas nouveau, jouent souvent un rôle dans les décisions budgétaires. Nos cultures politiques sont ainsi faites. Plus dérangeant est le fait que ces prix sont confiés au privé: dans un Canada le moindrement fidèle à ses institutions publiques, c'est le Conseil des arts du Canada (CAC) qui aurait eu la responsabilité de les gérer. Dans celui de M. Harper, on a jugé plus judicieux de ne pas augmenter cette année le budget du CAC, qui ne roule pourtant pas sur l'or, au prétexte que les conservateurs ont fait l'effort de regarnir ses coffres au cours des deux exercices précédents.
Pendant ce temps, le gouvernement Charest regarde passer le train.
gtaillefer@ledevoir.com
Ainsi, le budget Flaherty a-t-il annoncé la semaine dernière la création des Prix du Canada pour les arts et la créativité, dotés d'une généreuse enveloppe budgétaire de 25 millions. Le bruit qu'Ottawa a fait autour de ces prix à vocation internationale n'a d'égal que le flou de ses modalités de gestion. Il est clair toutefois qu'ils sont très précisément destinés à faire mousser le festival Luminato de Toronto, un festival d'arts multidisciplinaires qui n'existe que depuis 2007. Le Devoir a obtenu confirmation au bureau du ministre du Patrimoine, James Moore, que la «subvention» avait été débloquée à la demande expresse des
cofondateurs et promoteurs du festival, David Pecaut et Tony Gagliano, dont le projet, disent leurs communiqués, est d'inviter «les artistes de classe internationale à venir concourir pour ces prix au Canada».
Des prix qui font à juste titre grincer des dents les milieux culturels, surtout que le festival Luminato a par ailleurs touché l'année dernière 15 millions de dollars de la part du gouvernement ontarien. Leur création est d'autant plus agaçante, faut-il le souligner, qu'Ottawa a fait la sourde oreille au tollé qu'a soulevé, l'été dernier, sa décision de couper le financement, autrement plus frugal, des tournées à l'étranger des artistes canadiens et québécois de la scène. C'est absurde, mais ce n'est pas du théâtre.
Ensuite, l'initiative témoigne du réflexe «privatisateur» du gouvernement conservateur. On ne s'étonne qu'en partie de voir cette manne fédérale tomber sur Toronto: les impératifs électoraux, ce qui n'est pas nouveau, jouent souvent un rôle dans les décisions budgétaires. Nos cultures politiques sont ainsi faites. Plus dérangeant est le fait que ces prix sont confiés au privé: dans un Canada le moindrement fidèle à ses institutions publiques, c'est le Conseil des arts du Canada (CAC) qui aurait eu la responsabilité de les gérer. Dans celui de M. Harper, on a jugé plus judicieux de ne pas augmenter cette année le budget du CAC, qui ne roule pourtant pas sur l'or, au prétexte que les conservateurs ont fait l'effort de regarnir ses coffres au cours des deux exercices précédents.
Pendant ce temps, le gouvernement Charest regarde passer le train.
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