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Ottawa finance-t-il un American Idol torontois?

Les Prix des arts du Canada continuent de soulever la grogne

La cagnotte de 25 millions annoncée par le gouvernement fédéral pour créer les Prix du Canada pour les arts et la créativité continue de susciter la grogne dans la communauté artistique. Gérés depuis Toronto, ces «Nobel des arts» offerts aux artistes étrangers sont perçus par plusieurs comme une vaste opération de relations publiques au profit de la Ville reine et du festival Luminato.

Même si les modalités de gestion des Prix du Canada, annoncés avec grand bruit par le ministre du Patrimoine canadien James Moore la semaine dernière, demeurent encore obscures, il semble de plus en plus clair que le sort de ses récompenses se jouera entre les mains des promoteurs et cofondateurs du festival Luminato de Toronto, David Pecaut et Tony Gagliano.

Les deux hommes d'affaires, à qui le ministre a octroyé un fonds de dotation de 25 millions pour créer ces prix, n'ont d'ailleurs pas caché leurs objectifs. Ces «Nobel des arts» attireront le regard du monde étranger sur le Canada en «invitant les artistes de classe internationale à venir concourir pour ces prix au Canada». Plus encore, «ils attireront au Canada des touristes avides de découvrir la carrière naissante de nouveaux artistes», ont-ils précisé par voie de communiqué le 27 janvier dernier.

Or, pour plusieurs artistes, ces prix s'apparentent à une vaste opération de relations publiques en faveur du festival Luminato de Toronto, où il est d'ailleurs prévu que les artistes lauréats feront leurs débuts.

Pour Carole Lavallée, critique du Bloc québécois en matière de culture, cette nouvelle mesure des conservateurs est la preuve de l'incompréhension totale du ministre Moore à l'égard des besoins réels du milieu artistique. «Ça ressemble à un Star Académie organisé à Toronto par des gens de l'entreprise privée», a-t-elle déploré hier.

«Le ministre ne fait visiblement pas la différence entre la culture et le divertissement. Il veut faire tout un spectacle [avec ces prix] en prévision des Jeux olympiques de 2010 à Vancouver. Le ministre va devoir s'expliquer là-dessus. On va se battre pour que l'argent aille aux artistes et pas à des hommes d'affaires de Toronto», dénonce-t-elle.

Même à Toronto, cette cagnotte de 25 millions, perçue au Québec comme un pont d'or offert au festival torontois, est loin de faire l'unanimité au sens de la communauté artistique. «Plusieurs de nos membres ont l'impression d'avoir été laissés pour compte. Pourquoi aurions-nous besoin de prix internationaux alors que les budgets pour permettre à nos propres artistes de tourner à l'étranger n'ont même pas été rétablis?», a déclaré hier Jacoba Knappen, directrice générale de la Toronto Alliance for the Performing Arts (TAPA), un organisme qui réunit 182 organismes issus des milieux de la danse, du théâtre et de l'opéra à Toronto.

La directrice de la TAPA, qui a réclamé une rencontre avec les dirigeants du festival Luminato, affirme que si une minorité de ses membres saluent l'initiative pro-torontoise, la majorité y a réagi de façon très critique. «Quels seront leurs critères pour attribuer ces prix, et combien iront à des artistes torontois ou canadiens?», a-t-elle dit, soulignant que les prix prestigieux sont d'ordinaire attribués par un jury de pairs.

Plus critiques encore, des artistes torontois du milieu du théâtre qualifient sur leur site Internet les prix du ministre Moore d'American Idol torontois, destinés à «accorder plus de crédibilité à Luminato, et par ricochet, au Canada», qu'aux artistes eux-mêmes.

Demande de Toronto

Au bureau du ministre James Moore, on confirme que la subvention a été accordée à la demande expresse de MM. Pecaut et Gagliano. «Le tout va être géré par ceux qui vont administrer le prix [soit MM. Pecaut et Gagliano]», a indiqué Deirdra McCracken, attachée de presse de M. Moore. L'enveloppe d'une valeur de 25 millions pourra être utilisée durant plusieurs années (par exemple en donnant quelques prix de 100 000 $ chaque année).

«Ces prix vont apporter de l'attention sur le Canada, ajoute Mme McCracken. Ce sera un des plus grands prix du monde. Ça va vraiment faire du Canada un lieu d'excellence dans le domaine artistique et culturel.» Le concours n'est pas réservé aux artistes canadiens, reconnaît-elle, mais rien n'empêche que ceux-ci y participent. «Nous croyons que nos artistes sont capables de faire concurrence aux meilleurs du monde», dit-elle.

Le critique en matière de Culture et de Communications du Parti québécois, Makka Kotto, estime que «ces fausses représentations du ministre Moore, pour faire oublier les compressions de 45 millions dans la culture» rappellent l'urgence de rapatrier au Québec les pouvoirs et les sommes liés à la culture. «Tant que le fédéral aura les deux mains dans la chose culturelle, on aura ce genre de frustrations récurrentes», a-t-il déploré.

Non seulement le ministre Moore n'a rien compris aux demandes des artistes, juge le député Kotto, mais la création d'un fonds géré par le privé va totalement à l'encontre de la philosophie québécoise. «Au Québec, ce sont les pairs qui jugent des demandes et qui évaluent les dossiers», note-t-il, donnant l'exemple des prix et subventions attribués chaque année par le Conseil des arts et des lettres du Québec.

La responsable des dossiers culturels à la Ville de Montréal, Catherine Sévigny, a indiqué hier qu'elle entendait faire des démarches auprès du gouvernement au sujet de ce fonds de 25 millions lors du prochain comité de pilotage né en 2007 des suites du sommet montréalais sur la culture.

Milieu surpris

La création de ces prix a autrement surpris l'ensemble du milieu culturel. En l'absence de nouveaux programmes de soutien à la tournée, «pourquoi investir 25 millions dans les Prix du Canada alors que nos propres artistes, reconnus internationalement, sont sur le point de faire faillite?», s'étaient demandé le Conseil québécois du théâtre et la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS) la semaine dernière.

Interrogé hier, un intervenant bien au fait des humeurs du milieu culturel canadien ajoutait que tout le milieu est perplexe devant cette décision qui apparaît être «la cerise sur un gâteau qu'on n'a pas. Ça sort vraiment de nulle part».
 
 
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  • Linda Hart
    Inscrite
    mardi 3 février 2009 09h26
    Le Canada, vache à lait de l'Ontario, c'est reparti !
    Il n'y a pas d'argent pour Génome Canada et pour la recherche fondamentale, mais il y a des millions pour des conneries qui n'ont de culturelles que le nom. Ce Gagliano est-il parent avec l'autre de funeste mémoire ? Si c'est le cas, on peut dire que la famille est polyvalente et sait se ramasser là où c'est payant. Quant au reform, il a compris que l'argent des Canadiens doit être utilisé où c'est payant électoralement, en Ontario, la province la plus peuplée. On en revient au Canada, vache à lait de l'Ontario, business as usual. Au Québec, l'argent va à Québec, qui vote du bon bord, pour qu'elle puisse fêter notre défaite avec un paquet de caves de Montréal, qui vont aller s'amuser à se voir perdre sur les plaines, pendant que les Québécois leur crachent dessus le reste de l'année.

  • Michel Dufour
    Inscrit
    mardi 3 février 2009 16h20
    Ma chère Linda...
    Ma chère Linda, j'aurais préféré que vous n'eûssiez pas laisser aller votre frustration au point de nous traiter de
    "paquet de caves de Montréal" puisque c'est bien ici où la pression démographique se fait le plus sentir. À titre de Montréalais, je serai présent sur les plaines afin de crier mon indignation devant l'humiliation constante que mon peuple subit de la part du conquérant. D'ailleurs je partage la majorité de vos propos à chaque fois que j'ai l'occasion de les lire sur les Blog du Devoir! Il est faux de croire que les "Québécois" Montréalais sont des vendus! Notre position de minorité dans notre propre ville est un combat de tous les instants comparé aux autres régions qui ne semblent pas se rendre compte que, après Montréal se sera leurs tour de faire face à l'assimililation. Il faut plutôt chercher à s'unir que de se déchirer. Nous sommes tous les mêmes!

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