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Avantage Ignatieff

Chantal Hébert   2 février 2009  Canada
S'il fallait chercher une confirmation des sondages qui montrent que Michael Ignatieff tire son parti vers le haut au Québec depuis son arrivée à la tête du PLC, on la trouverait dans la sortie véhémente de Gilles Duceppe contre son allié d'hier à l'occasion du conseil général du Bloc québécois de la fin de semaine.

Pendant les deux années au cours desquelles Stéphane Dion a occupé la même fonction, le chef bloquiste n'a jamais dépensé autant de salive pour le vilipender. Aux débats des chefs de la dernière campagne fédérale, on avait même assisté à l'émergence d'une certaine complicité entre les chefs libéral et bloquiste. Elle allait déboucher, quelques mois plus tard, sur une singulière alliance entre le père de la clarté référendaire et le chef souverainiste fédéral.

L'arrivée d'un leader libéral plus performant aurait modifié le rapport de force entre les formations fédérales dans n'importe quelles circonstances, mais celles, exceptionnelles, qui ont présidé à l'accession précipitée de Michael Ignatieff à la tête de son parti ont eu un effet accélérant.

***

Dans les faits, Gilles Duceppe et Jack Layton viennent, malgré eux, d'être les organisateurs en chef de la lune de miel de leur adversaire libéral. Entre la prorogation du Parlement en décembre et son retour la semaine dernière, le chef du Bloc québécois et son collègue néodémocrate ont été piégés par leur projet de coalition. Tant qu'elle n'était pas officiellement enterrée, ils auraient été mal venus de tailler en pièces l'homme qui allait la diriger.

Pendant deux mois, ils ont plutôt amplifié l'idée que Michael Ignatieff était l'homme de la situation et télégraphié à leurs sympathisants le message que le remplacement des conservateurs par un gouvernement dirigé par le chef libéral éclipsait désormais toutes les autres priorités.

Depuis le ralliement de Michael Ignatieff au budget conservateur, Gilles Duceppe et Jack Layton mettent les bouchées doubles pour freiner une remontée libérale qu'ils ont alimentée. On assiste ainsi au spectacle, incongru, de partis d'opposition qui se pourfendent entre eux. Le NPD a même acheté du temps d'antenne pour attaquer les libéraux.

Jack Layton gaspille son argent. Selon un sondage de Strategic Counsel publié en fin de semaine par le Globe and Mail, la moitié des partisans néodémocrates sont d'accord avec l'adoption du budget Flaherty. Et les deux tiers des Canadiens croient que le Parti libéral a eu raison de l'appuyer.

***

À l'échelle canadienne, les deux derniers mois ont anéanti des années de travail néodémocrate pour se substituer aux libéraux comme gouvernement de rechange aux conservateurs. À l'échelle québécoise, le message bloquiste selon lequel les deux principaux partis fédéraux constituent une menace égale pour les intérêts du Québec n'a jamais eu autant de plomb dans l'aile.

Avec ou sans coalition, l'idée, plus tenace que jamais, que seuls les libéraux puissent se substituer à Stephen Harper au pouvoir constitue un puissant atout pour leur formation.

Au Québec, la descente aux enfers des conservateurs, amorcée pendant la dernière campagne électorale, ne se dément pas. La semaine dernière, CROP y chiffrait les appuis conservateurs à 16 %, quinze points derrière les libéraux et à peu près à égalité avec le NPD. Selon Strategic Counsel, 83 % des Québécois font porter à Stephen Harper la responsabilité de la crise parlementaire.

Ce n'est pas parce que le début de la fin de gouvernements fédéraux successifs a souvent eu lieu au Québec qu'il faut en conclure que ce sera automatiquement le cas pour Stephen Harper. Le fait est, néanmoins, que son problème québécois s'assortit désormais d'une crise existentielle au sein du mouvement conservateur canadien.

La décision de nommer des conservateurs au Sénat plutôt que de continuer à attendre d'en faire élire, celle de renoncer à utiliser des votes de confiance pour faire passer les principaux éléments du credo conservateur et, finalement, la production d'un budget dépensier et déficitaire: toutes ces concessions, consenties par le gouvernement Harper pour se maintenir au pouvoir, ont traumatisé sa base militante.

À l'extérieur du Québec, ce sont souvent des conservateurs qui ont eu les mots les plus durs pour le budget Flaherty depuis la semaine dernière. Les plus déçus sont les membres de l'aile pure et dure du parti, celle sur laquelle, justement, Stephen Harper a assis son pouvoir.

Alors qu'ils auraient dû célébrer la survie probable de leur gouvernement minoritaire mardi soir dernier, bien des conservateurs n'avaient pas le coeur à la fête. Plusieurs appréhendaient la démobilisation des forces vives de leur mouvement; certains affirmaient ouvertement que leur parti avait renoncé à trop de principes pour mériter d'être reconduit au pouvoir au prochain scrutin. Même ceux qui ne lançaient pas la pierre au premier ministre s'entendaient pour dire qu'il dirigeait désormais un gouvernement sans âme. En cent jours, Stephen Harper a perdu tout l'élan de sa récente victoire électorale.

***

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 2 février 2009 07h02
    Mais le fond...
    « Bien difficile de ne pas être d'accord avec l'analyse de Mme Hébert. Cette excellente journaliste a une acuité de la politique canadienne que bien peu ont.
    Elle nous avait clairement dit le 31 déc. à TLMEP, que la coalition était une chose à oublier.

    Maintenant, elle consacre notre futur Prime Minister.
    Probablement des élections dans quelques mois... Nous serons débarrassés du régime Harper...
    Quel sera le changement? Le régime Ignatieff sera-t-il plus démocratique?
    Un peu plus de démocratie, un soupçon de plus de transparence, ce n'est pas un grand défi.

    Mais, son goût pour le militarisme et son appui inconditionnel à Israël... le Canada risque de ne pas changer l'évolution de sa cote vers le bas dans l'estime populaire international.

    Nous aurons, au moins, un Prime Minister ayant plus d'intellect et une image plus raffinée.

    Mais le fond...

    Il faut écouter l'intéressant portrait de Michael Ignatieff qu'a fait Dany Braün pour l'émission radio Dimanche Magazine (Radio Canada)

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia%3D/Medianet/2009/CBF/DimancheMagazine200902011009_1.asx

    http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/dimanchemag/#




    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Danielle Turcotte
    Inscrite
    lundi 2 février 2009 07h04
    Un intellectuel passionné
    « Aucun parti ne réussira à discréditer Ignatieff parce que les preuves de sa valeur sont déjà dans les livres qu'il a écrits. Voilà ce qui se produira si le contenu de ces documents révèlent l'intellectuel passionné comme on se plaît à le décrire dans le New York Times.

    Comme on dit, la balle est dans son camp. Cet homme intelligent qui a sa personnalité propre, donc que je n'essaierai pas de comparer à Obama, risque de nous séduire par son honnêteté intellectuelle. J'espère qu'il aura compris que les stratégies de destruction ne doivent pas faire partie de son arsenal de défense. Il n'a qu'à les laisser à ses adversaires qui se pendront eux-mêmes.

    Quant à Harper, il aurait pu demeurer au pouvoir plus longtemps s'il avait compris que les techniques de division ne sont plus celles que nous voulons voir chez un premier ministre qui se respecte. »

  • Danielle Turcotte
    Inscrite
    lundi 2 février 2009 07h04
    Un intellectuel passionné
    « Aucun parti ne réussira à discréditer Ignatieff parce que les preuves de sa valeur sont déjà dans les livres qu'il a écrits. Voilà ce qui se produira si le contenu de ces documents révèlent l'intellectuel passionné comme on se plaît à le décrire dans le New York Times.

    Comme on dit, la balle est dans son camp. Cet homme intelligent qui a sa personnalité propre, donc que je n'essaierai pas de comparer à Obama, risque de nous séduire par son honnêteté intellectuelle. J'espère qu'il aura compris que les stratégies de destruction ne doivent pas faire partie de son arsenal de défense. Il n'a qu'à les laisser à ses adversaires qui se pendront eux-mêmes.

    Quant à Harper, il aurait pu demeurer au pouvoir plus longtemps s'il avait compris que les techniques de division ne sont plus celles que nous voulons voir chez un premier ministre qui se respecte. »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    lundi 2 février 2009 08h32
    La politique a horreur du vide!
    « Stephen Harper a tout simplement démontré au grand jour ses limites. Lors d'une prochaine élection, il y a tout lieu de croire que l'alternative libérale avec Ignatieff gagnerait la mise. Les deux autres perdants seront sans doute les partis de Duceppe et Layton. Le premier tourne en rond et le second a brûlé ses cartouches dans cette chimérique Coalition. »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    lundi 2 février 2009 09h28
    Les fantasmes de Gilles Duceppe et cie....
    « En quoi faut-il se surprendre des changements de cap de Gilles Duceppe? Depuis son arrivée à Ottawa, il y aura bientôt 20 ans, n'est-il pas le "navigateur" par excellence détectant avec un art consommé la direction des vents (salut, Mario!) autant sinon plus pour sa carrière personnelle que pour le présumé objectif de son parti?
    Comment expliquer qu'un "souverainiste convaincu" (!?!) aurait considéré tout à fait acceptable de s'associer aux Stéphane Dion et Michael Ignatieff pour former une coalition douteuse qui, autrement, transforme ses "alliés circonstanciels" en adversaires impitoyables? Incapables, à l'instar du P.Q., de constamment jouer "franc jeu" avec leur louvoyante option soumise au gré des sondages et circontances, on crée des scénarios alambiqués de "victoires morales" en "référendums concluants" reportés aux calendes grecques par la force des choses, faisant fi de toute réalité! Tout à fait pitoyable! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 2 février 2009 09h41
    Oui, si...
    « Si j'étais un fédéraliste centralisateur pas très socialiste, je voterais pour Ignatieff et son PLC mais, je ne le suis pas mais je pourrais changer si les Québécois ne se décident pas à bouger...sur leur constitution.

    Moi, je prône sur une confédération canadienne d'États souverains qui comprendrait probablement 3 à 5 parties dont l'État nouveau du Québec. Enfin, une vraie confédération. »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 2 février 2009 10h04
    Il a eu son bonbon du New York Times
    « Il est aller faire sa génuflexion puis sa confession devant le saint Israel et le New York Times tout puissant l'a consacré "grand intellectuel".

    Encore un peu plus bas et plus long et ils lui donne un Nobel.

    Son arrière grand père doit se retourner dans sa tombe. »

  • Christopher Lackey
    Abonné
    lundi 2 février 2009 13h45
    Le vrai étoffe d'un chef
    « C'est sur qu'aucun homme ou femme ne pourra jamais faire consensus en tant que chef d'un parti dans ce pays. Cela me parait très clair dernièrement. Mais je trouve que Mme Hébert est une chroniqeuse indispensable dans sa capapcité d'avoir un sens de la humeur politique générale et de quelle diréction le vent souffle au pays au moment quand elle écrit son analyse. Par exemple, en voulant éviter des histoires politiques un peu après de m'en être si tanné ces derniers mois, j'étais pas du tout au courant de la bataille intérieur qui déchire désormais les parti et mouvement conservateurs, fachés sans doute qu'il devaient complètement rénoncer leur principes et introduire un budget auquel il ne croyaient pas »

  • Charles-Eugène Bergeron
    Inscrit
    lundi 2 février 2009 18h15
    Conservateurs minoritaires , impuissants à la merci ces libéraux
    « IMpossible de commettre des insolences face à une polique canadienne ahurissante. Les conservateurs sont coïncés dans un pouvoir impossible. En 3 ans Ils n'ont pas réussi à vaincre la force d'inertie de la haute fonction publique fédérale. Un budget présenté et auquel il ne croient même pas, forcés par l'opposition à quémander aux ministères une reddition de compte distillée par une majorité de hauts-fonctionnaires d'allégeance libérale, les conservateurs et leur chef Stephen Harper pourront se dire comme notre Lise Payette nationale: "le pouvoir... connais pas!". Leur calvaire va être long et les ocnsrvateurs vont finir pas le renier Harper. Monsieur Ignatieff, héritier de Stéphane Dion, notre Obama canadien méprisé, deviendra en son temps notre prochain Prime Mininster: un autre Claude Ryan à la canadienne. Il y une intelligence du vent qui tourne, du balancier qui est indispensable à la durée en politique. Jean Charest, Lui y connaît ça. Je ne serais pas surpris que les libéraux fédéraux laissent mariner jusqu'au bout les conservateurs canadiens dans leur pouvoir impossible, le temps de se refaire une bonne caisse électorale et de raviver leur viellle consanguinité avec les mandarins d'Ottawa. De guerre lasse, Jean Charest, un proche idéoligique des Desmarais et cie apparaît de plus en plus comme, l'homme fort, non seulemet au Québec , mais encore au Canada pour les conservateurs, tandis que le pauvre Harper aux cheveux blanchissants à la Classels, dansera à chaque coup de revolver dans les jambes tiré par Ignatieff . Pour ce dernier, point besoin de prendre le pouvoir, quand on a le gros bout du bâton. Les gaffes du gars d'en face nous évite l'odieux d'en faire. Facile. Mais rien n'est facile en politique, parce que c'est l'art du possible. Les tiers partis vont sécher, pas à peu près, même si la créativité législative pourrait venir de leur côté. Le marasme au parlement d'Ottawa est très favorable aux indépendantiste québécois, mais le paradoxe est que le Bloc Québécois, malgré sa légitimité ne sera qu'un parti régional, comme le deviendra le aprti conservateur dans l'Ouest. La Colombie Britannique va-elle basculer dans le cap du NPD? Nous nous retrouverons à la prochaine législature fédérale avec une collage de différents partis régionaux...un new deal confédératif d'états souverains est en vue... La souveraineté-Associatin est en bone voie partout au Canada.Charest aura tôt fait de sauter du train Québec pour enfourcher le véhicule de ses rêves: la présidence du Conseil de la confédération des Républiques canadiennes...
    Charles-Eugène Bergeron »

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