Avantage Ignatieff
S'il fallait chercher une confirmation des sondages qui montrent que Michael Ignatieff tire son parti vers le haut au Québec depuis son arrivée à la tête du PLC, on la trouverait dans la sortie véhémente de Gilles Duceppe contre son allié d'hier à l'occasion du conseil général du Bloc québécois de la fin de semaine.
Pendant les deux années au cours desquelles Stéphane Dion a occupé la même fonction, le chef bloquiste n'a jamais dépensé autant de salive pour le vilipender. Aux débats des chefs de la dernière campagne fédérale, on avait même assisté à l'émergence d'une certaine complicité entre les chefs libéral et bloquiste. Elle allait déboucher, quelques mois plus tard, sur une singulière alliance entre le père de la clarté référendaire et le chef souverainiste fédéral.
L'arrivée d'un leader libéral plus performant aurait modifié le rapport de force entre les formations fédérales dans n'importe quelles circonstances, mais celles, exceptionnelles, qui ont présidé à l'accession précipitée de Michael Ignatieff à la tête de son parti ont eu un effet accélérant.
***
Dans les faits, Gilles Duceppe et Jack Layton viennent, malgré eux, d'être les organisateurs en chef de la lune de miel de leur adversaire libéral. Entre la prorogation du Parlement en décembre et son retour la semaine dernière, le chef du Bloc québécois et son collègue néodémocrate ont été piégés par leur projet de coalition. Tant qu'elle n'était pas officiellement enterrée, ils auraient été mal venus de tailler en pièces l'homme qui allait la diriger.
Pendant deux mois, ils ont plutôt amplifié l'idée que Michael Ignatieff était l'homme de la situation et télégraphié à leurs sympathisants le message que le remplacement des conservateurs par un gouvernement dirigé par le chef libéral éclipsait désormais toutes les autres priorités.
Depuis le ralliement de Michael Ignatieff au budget conservateur, Gilles Duceppe et Jack Layton mettent les bouchées doubles pour freiner une remontée libérale qu'ils ont alimentée. On assiste ainsi au spectacle, incongru, de partis d'opposition qui se pourfendent entre eux. Le NPD a même acheté du temps d'antenne pour attaquer les libéraux.
Jack Layton gaspille son argent. Selon un sondage de Strategic Counsel publié en fin de semaine par le Globe and Mail, la moitié des partisans néodémocrates sont d'accord avec l'adoption du budget Flaherty. Et les deux tiers des Canadiens croient que le Parti libéral a eu raison de l'appuyer.
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À l'échelle canadienne, les deux derniers mois ont anéanti des années de travail néodémocrate pour se substituer aux libéraux comme gouvernement de rechange aux conservateurs. À l'échelle québécoise, le message bloquiste selon lequel les deux principaux partis fédéraux constituent une menace égale pour les intérêts du Québec n'a jamais eu autant de plomb dans l'aile.
Avec ou sans coalition, l'idée, plus tenace que jamais, que seuls les libéraux puissent se substituer à Stephen Harper au pouvoir constitue un puissant atout pour leur formation.
Au Québec, la descente aux enfers des conservateurs, amorcée pendant la dernière campagne électorale, ne se dément pas. La semaine dernière, CROP y chiffrait les appuis conservateurs à 16 %, quinze points derrière les libéraux et à peu près à égalité avec le NPD. Selon Strategic Counsel, 83 % des Québécois font porter à Stephen Harper la responsabilité de la crise parlementaire.
Ce n'est pas parce que le début de la fin de gouvernements fédéraux successifs a souvent eu lieu au Québec qu'il faut en conclure que ce sera automatiquement le cas pour Stephen Harper. Le fait est, néanmoins, que son problème québécois s'assortit désormais d'une crise existentielle au sein du mouvement conservateur canadien.
La décision de nommer des conservateurs au Sénat plutôt que de continuer à attendre d'en faire élire, celle de renoncer à utiliser des votes de confiance pour faire passer les principaux éléments du credo conservateur et, finalement, la production d'un budget dépensier et déficitaire: toutes ces concessions, consenties par le gouvernement Harper pour se maintenir au pouvoir, ont traumatisé sa base militante.
À l'extérieur du Québec, ce sont souvent des conservateurs qui ont eu les mots les plus durs pour le budget Flaherty depuis la semaine dernière. Les plus déçus sont les membres de l'aile pure et dure du parti, celle sur laquelle, justement, Stephen Harper a assis son pouvoir.
Alors qu'ils auraient dû célébrer la survie probable de leur gouvernement minoritaire mardi soir dernier, bien des conservateurs n'avaient pas le coeur à la fête. Plusieurs appréhendaient la démobilisation des forces vives de leur mouvement; certains affirmaient ouvertement que leur parti avait renoncé à trop de principes pour mériter d'être reconduit au pouvoir au prochain scrutin. Même ceux qui ne lançaient pas la pierre au premier ministre s'entendaient pour dire qu'il dirigeait désormais un gouvernement sans âme. En cent jours, Stephen Harper a perdu tout l'élan de sa récente victoire électorale.
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chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
Pendant les deux années au cours desquelles Stéphane Dion a occupé la même fonction, le chef bloquiste n'a jamais dépensé autant de salive pour le vilipender. Aux débats des chefs de la dernière campagne fédérale, on avait même assisté à l'émergence d'une certaine complicité entre les chefs libéral et bloquiste. Elle allait déboucher, quelques mois plus tard, sur une singulière alliance entre le père de la clarté référendaire et le chef souverainiste fédéral.
L'arrivée d'un leader libéral plus performant aurait modifié le rapport de force entre les formations fédérales dans n'importe quelles circonstances, mais celles, exceptionnelles, qui ont présidé à l'accession précipitée de Michael Ignatieff à la tête de son parti ont eu un effet accélérant.
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Dans les faits, Gilles Duceppe et Jack Layton viennent, malgré eux, d'être les organisateurs en chef de la lune de miel de leur adversaire libéral. Entre la prorogation du Parlement en décembre et son retour la semaine dernière, le chef du Bloc québécois et son collègue néodémocrate ont été piégés par leur projet de coalition. Tant qu'elle n'était pas officiellement enterrée, ils auraient été mal venus de tailler en pièces l'homme qui allait la diriger.
Pendant deux mois, ils ont plutôt amplifié l'idée que Michael Ignatieff était l'homme de la situation et télégraphié à leurs sympathisants le message que le remplacement des conservateurs par un gouvernement dirigé par le chef libéral éclipsait désormais toutes les autres priorités.
Depuis le ralliement de Michael Ignatieff au budget conservateur, Gilles Duceppe et Jack Layton mettent les bouchées doubles pour freiner une remontée libérale qu'ils ont alimentée. On assiste ainsi au spectacle, incongru, de partis d'opposition qui se pourfendent entre eux. Le NPD a même acheté du temps d'antenne pour attaquer les libéraux.
Jack Layton gaspille son argent. Selon un sondage de Strategic Counsel publié en fin de semaine par le Globe and Mail, la moitié des partisans néodémocrates sont d'accord avec l'adoption du budget Flaherty. Et les deux tiers des Canadiens croient que le Parti libéral a eu raison de l'appuyer.
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À l'échelle canadienne, les deux derniers mois ont anéanti des années de travail néodémocrate pour se substituer aux libéraux comme gouvernement de rechange aux conservateurs. À l'échelle québécoise, le message bloquiste selon lequel les deux principaux partis fédéraux constituent une menace égale pour les intérêts du Québec n'a jamais eu autant de plomb dans l'aile.
Avec ou sans coalition, l'idée, plus tenace que jamais, que seuls les libéraux puissent se substituer à Stephen Harper au pouvoir constitue un puissant atout pour leur formation.
Au Québec, la descente aux enfers des conservateurs, amorcée pendant la dernière campagne électorale, ne se dément pas. La semaine dernière, CROP y chiffrait les appuis conservateurs à 16 %, quinze points derrière les libéraux et à peu près à égalité avec le NPD. Selon Strategic Counsel, 83 % des Québécois font porter à Stephen Harper la responsabilité de la crise parlementaire.
Ce n'est pas parce que le début de la fin de gouvernements fédéraux successifs a souvent eu lieu au Québec qu'il faut en conclure que ce sera automatiquement le cas pour Stephen Harper. Le fait est, néanmoins, que son problème québécois s'assortit désormais d'une crise existentielle au sein du mouvement conservateur canadien.
La décision de nommer des conservateurs au Sénat plutôt que de continuer à attendre d'en faire élire, celle de renoncer à utiliser des votes de confiance pour faire passer les principaux éléments du credo conservateur et, finalement, la production d'un budget dépensier et déficitaire: toutes ces concessions, consenties par le gouvernement Harper pour se maintenir au pouvoir, ont traumatisé sa base militante.
À l'extérieur du Québec, ce sont souvent des conservateurs qui ont eu les mots les plus durs pour le budget Flaherty depuis la semaine dernière. Les plus déçus sont les membres de l'aile pure et dure du parti, celle sur laquelle, justement, Stephen Harper a assis son pouvoir.
Alors qu'ils auraient dû célébrer la survie probable de leur gouvernement minoritaire mardi soir dernier, bien des conservateurs n'avaient pas le coeur à la fête. Plusieurs appréhendaient la démobilisation des forces vives de leur mouvement; certains affirmaient ouvertement que leur parti avait renoncé à trop de principes pour mériter d'être reconduit au pouvoir au prochain scrutin. Même ceux qui ne lançaient pas la pierre au premier ministre s'entendaient pour dire qu'il dirigeait désormais un gouvernement sans âme. En cent jours, Stephen Harper a perdu tout l'élan de sa récente victoire électorale.
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chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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